PROTESTATIONS DU CLERGÉ
Le clergé lui-même fit des remontrances^^) et se dépouilla de sa vieille rancune contre le Parlement pour demander le rappel des magistrats "^^^ et la convocation des Etats généraux ^3*, qui pouvaient seuls modifier l'organisation de la magistrature. « Notre silence, disaient les prélats, serait un de ces crimes dont la nation et la postérité ne voudraient jamais nous absoudre. Le clergé de votre royaume, Sire, vous tend des mains suppliantes; il est beau et touchant de voir la force et la puissance céder à la prière. Votre Majesté vient d'opérer, dans le lit de justice du 8 mai, un grand mouvement dans les choses et dans les personnes. Nous pouvons espérer que si la destruction des Parlements devait arriver, elle serait la suite plutôt que le préliminaire des Etats généraux. Telle est la constitution de ce royaume que toutes les lois sont connues dans le conseil privé du souverain, et ensuite vérifiées et publiées dans les conseils publics et permanents. Les remontrances, les lenteurs et les libertés des Cours font une partie de leurs devoirs et de leur obéissance ; et Votre Majesté, ayant confirmé le droit des remontrances dans son édit de 1774, s'est imposé l'obligation de le soutenir, parce que nous vivons sous un empire tempéré qui se régit plutôt par des communications, des rapprochements et des conseils, que par des exécutions soudaines qui mettent la crainte à la place de la confiance et de l'amour. La volonté du prince qui n'a pas été éclairée par ses Cours peut être regardée comme sa volonté momentanée. Elle n'acquiert cette majesté qui assure l'exécution et l'obéissance que, préalablement, selon le langage de nos prédécesseurs aux Etats de Blois, en 1576, les motifs et les remontrances de vos Cours, n'aient
(1) Le 15 juillet 1788. — Cahiers des Etats généraux, introduction 373. — (2) Soulavie, Mém. sur Louis XVI, 6.196. — (3) De Sismondi, Hist. des Franc., Z.Z%Q,