ILLUSIONS DE BRIENNE
de son ministre, ne crut pas déchaîner les théories philosophiques. Il interrogeait le savoir, et la passion répondit. Les Etats généraux n'avaient jamais eu de loi constitutive, et on ne savait, ni pour leur convocation, ni pour la tenue de leurs séances, quelles formes adopter ; aussi l'on obtint non pas une, mais vingt solutions dilfé rentes (i*. De Brienne espérait ressaisir quelque popularité par cet appel au pays. Il pensait diviser la noblesse et le clergé, faire intervenir le monarque dans leurs querelles et détruire leur influence par le secours du Tiers-Etat. Comme de Calonne, l'archevêque de Toulouse devait être déçu dans ses projets et trompé dans ses espérances.
Un arrêt du Conseil, du 8 août, fixa l'ouverture des Etats généraux au P"" mai 1789 et suspendit jusqu'à cette époque le rétablissement de la Cour plénière'^'. Ainsi, trois mois exactement après son institution solennelle, la Cour plénière fut supprimée sans avoir fonctionné. C'était s'humilier devant l'opinion qu'on avait bravée et qu'on n'avait pas su vaincre. L'opinion ne tint pas compte de cette concession tardive et forcée.
Peu de jours après l'arrêt du Conseil du 8 août 1788, les fonds allaient manquer au Trésor, Brienne prononça alors la suspension des paiements, en numéraire, de la Caisse d'escompte et donna un cours forcé à ses billets *^^ La consternation fut au comble et l'épouvante se répandit à la cour. Les deux frères du roi le supplièrent de mettre un terme à cet état d'anarchie, et la reine n'osa plus soutenir le premier ministre. Le présomptueux de Brienne, « qui prétendait avoir tout prévu, même la guerre civile^-*>, » était à bout d'expédients. Maupeou impuissant de l'infortuné Louis XVI , il dut se reti-
(1) Aubry-Vitet, Les Etats génér.. Revue des Deux-Mondes, 15 mcii 1873, p. 311. - (2) Isambert, Ane. lois. ?8.611. — (3) Le 18 août 1788. — (4) Droz, Hiyt. du règne de Louis XVI, 2.16. — Sallier, Ann. franc., 195.