‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 226 sur 288 · DÉPUTATIONS DU PARLEMENT ENVOYÉES A VERSAILLES · texte numérisé non relu

DÉPUTATIONS DU PARLEMENT ENVOYÉES A VERSAILLES

Il euvova des dépiitations à Versailles pour y porter des demandes hardies, voulant, par exemple, que la liberté fiit rendue aux citoyens de tous les ordres qui pouvaient se trouver encore dans les prisons à Toccasion des derniers troubles, et qti'on renonçât au dessein de lui faire reprendre l'état de vacances jusqu'au 12 novembre. « La cotir n'avait garde, dit M. Floquet, de se priver d'un moyen si légal de donner atix esprits le temps de se rasseoir. » Atix réclamations pour les exilés, Louis XVI répondit avec fermeté : « Ma bonté a prévenu mon Parlement, en rappelant les personnes que j'avais jugé à propos d'éloigner ; la distribtition des grâces et la discipline militaire sont des objets étrangers à mon Parlement. »

S'expliquant ensuite sur le désir manifesté par les magistrats de continuer l'exercice de letirs fonctions sans prendre de vacances, le roi ajotita : « La continttationdes services démon Parlement ne serait pas tttile, à cause des délais nécessaires pour mettre les affaires en état. Mon intention est qtt'il soit procédé à l'enregistrement de la déclaration portant établissement de la Chambre des vacations (^\ » Le roi ftit obéi, et le Parlement dut ajourner à un autre temps ses remontrances.

Par ses actes comme par son langage, le Parlement avait gagné ttne prolongation trompeuse de la faveur populaire. Elle Tabandonna pour toujours, lorsqu'on conntit les termes dans lesquels il avait enregistré la déclaration royale du 23 septembre 1788 '-', qui tîxait Totiverture des Etats génératix au mois de janvier 1789.

Une vive reconnaissance, tine joie bruyante avaient

(1) Intr. au Monit. univ., 117. — Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, 6.264. — ',2) Le 25 sept. 1788. Arch. nat., Cons. sec, X. 1&, c.8989. — Sallier, Ann. fr., 207. — Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, 7.422. — De Tocqueville, Coup d'œil sur le règne de Louis XVI, 314.

(1788) LE PARLEMENT PERD LA FAVELR PLBLIQLE 377

signalé le retour du Parlement, qui devait être le dernier ; et presque aussitôt l'indignatio n éclata contre ce corps pour avoir maintenu les formes surannées de la convocation des Etats généraux de 1614^^^ , qui enchaînaient l'élément nouveau dans les liens de l'impuissance. Le Parlement avait compris que le Tiers n'allait pas arriver en auxiliaire, mais en maître, et il avait voulu paralyser d'avance son influence en prescrivant la convocation et la composition des Etats généraux, suivant les formes observées en 1614 ^^\ qui annulaient complètement le rôle du Tiers-Etat en comptant les votes par ordre. C'était une faute de la part du Parlement, déjà dépopularisé par les difficultés qu'il avait apportées à l'édit qui rendait l'état civil aux protestants <^3^ et par la défense contre le peuple de vieux privilèges que la cour voulait détruire pour le bien de tous^^'. En abandonnant ainsi les intérêts du peuple, dont il s'était constitué si souvent le défenseur, le Parlement abdiqua, et la faveur publique s'éloigna sans retour. Dès ce moment les magistrats furent délaissés par l'opinion. « Un vide immense se fit autour d'eux, et ils restèrent dans leur sanctuaire comme d'inutiles idoles dans lesquelles le peuple n'avait plus foi^-^'. » Jamais révolution dans les esprits ne fut plus prompte; jamais la malédiction ne remplaça plus subitement l'enthousiasme ^'^^ ; jamais l'impopularité ne fut plus complète et plus irrémédiable. Déjà commençait le grand mouvement d'opinion qui ne tarda pas à devenir la Révolution française.

Le Parlement, néanmoins, n'avait pas agi dans un intérêt exclusivement de corps en prenant cette détermina-

(l)Michelet, Hist. de Ir., 6.250. — Droz, Hist du règne de Louis XVI, 2.8-1. — W'eber, Mém., 1.157. — Thibeaudeau, Hist. des Etats f/én., 2.489.

— (2) Arrêt du 25 septembre 1788. Intr. au Mon. univ., 143. — (3) Thiers, Hist. de la rdvol. /"r., 1.398. — (4) Rœderer, Esprit de la révol. de i 789, 59.

— (5) Laferrière, Hist. du droit fr.. 1.398. — (6) AVeber, Mém., 1.257,

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