I.E PARLEMENT EST EFFRAYÉ DE LA SITUATION DE LA FRANCE
tion. Etfrayé des malheurs dont la France était menacée, il avait voulu, d'après Sallier, prévenir les troubles que la diversité des opinions sur le mode de convocation des Etats généraux pouvait faire naître, et il n'avait pas hésité à remplir son devoir qui devait lui enlever sa popularité (^^ Il l'avait donc déclaré par un arrêt du 25 septembre 1788, rendu presque à l'unanimité, sur la proposition du conseiller Robert de Saint-Vincent, auquel les factions, dès ce moment, vouèrent une haine implacable.
Cette déclaration du Parlement révélait sa vive inquiétude de ce qui allait advenir. Un grand nombre de magistrats, effrayés de la convocation des Etats généraux regrettaient de l'avoir demandée, et auraient voulu qu'elle n'eût pas lieu. Le premier président d'Aligre se rendit l'interprète des craintes de la Cour. Il sollicita une entrevue secrète avec le roi et Necker , et leur donna lecture d'un mémoire dans lequel il signalait les dangers d'une convocation des Etats généraux et les maux qu'ils devaient amener. Louis XVI et son ministre, pendant et après cette lecture, gardèrent un silence absolu. Le premier président, découragé , ne reprit la parole que pour remettre entre les mains du roi un acte par lequel il se démettait de ses fonctions (^^
Necker ne partageait nullement les idées du Parlement sur la convocation des Etats généraux. Le 5 octobre 1788*^^^, il avait fait rendre, parle Conseil, un arrêt qui déclarait que dans les précédentes assemblées des Etats généraux le Tiers-Etat avait été illusoirement représenté. Ces faits n'étaient point exacts. L'abbé Lecoigneux les releva avec énergie devant le Parlement, et d'Eprémesnil, qui commençait à craindre le peuple (^' , au moment où il
(1) Sallier, Ann. fr., 209. — (2) Michaud, Biogr. univ., v° d'Aligre. — Floquet, Hist. du Pari, de Normandie., 7.430. — (3) Sallier, Ann. fr., 211. — (4) En 1792, peu de jours après la nouvelle fédération du 14 juillet, d'Epré-
(1788) d'éprémesnil reste fidèle a la. royauté 379
était encore l'objet de ses acclamations ^^^, n'hésita pas à donner son adhésion aux principes que ses collègues avaient consacrés pendant son exil.
Malgré les fêtes et les couronnes qu'on lui avait prodiguées sur son passage, d'Eprémesnil resta fidèle à ses devoirs et fortement attaché à la monarchie. Necker redoubla d'elïorts pour l'engager à faire rapporter l'arrêt du 25 septembre, et il parvint à le décider. D'Eprémesnil, dans une pensée de pacification, agit dans ce sens et entraîna le Parlement à déclarer « qu'il n'avait entendu, par les formes de 1614, que la convocation par les bailliages et les sénéchaussées, plus convenable que celle par gouvernement ou par généralité, que le nombre des députés n'étant déterminé par aucune loi, ni par aucun usage constant, il n'était ni dans les pouvoirs ni dans l'intention de la Cour d'y suppléer, que la Cour s'en rapportait à la sagesse du roi sur les modifications que la raison, la liberté, la justice et le vœu général pouvaient indiquer (^'. » Le Parlement supplia en même temps le roi de consacrer d'avance la périodicité régulière des Etats généraux, la répartition égale des impôts, la responsabilité des ministres, la liberté individuelle, la liberté de la presse, enfin l'incapacité pour la Cour souveraine de concourir à l'exécution d'aucune loi que les Etats n'auraient pas consentie <^3). Pour recouvrer sa popularité évanouie
mesnil , que les factieux accusèrent d'avoir trahi la cause du peuple, lorsqu'il eut mis à la défense de la religion et de la monarchie la même ardeur qu'il avait montrée en s'élevant contre les abus d'autorité, fut assailli dans le jardin des Tuileries, dépouillé de ses vêtements et traîné sanglant jusqu'à l'Hôtel du Trésor royal, où Pétion vint le visiter. <• Et moi aussi , M. Pétion , lui dit d'Eprémesnil, je fus l'idole du peuple. ■■ Hue, Dernières années de Louis XVI, p. 320
(r)De Lacretelle, Hist. de Fr. au xviii' siècle, 6.275. — (2) Le 5 décembre 1788. Arch. nat., Cons. sec, X. 16. c. 8989. — Martin, Hist. de Fr., 16.618. - De Sismondi, Hist. des Fr., 30.421. — Sallier, Ann. fr., 229. — De Tocqueville, Coui^ d'œil sur le règne de Louis XVI, 330. — (3) Dareste, Hist. de Fr., 7.141.