DERNIÈRE MERCURIALE PRONONCÉE PAR SÉGUIER
reuses prises dans son propre sein, étaient déterminées à pa3'er de leur sang leur attachement à la monarchie. Séguier prit pour sujet de son discours : « La stabilité de la magistrature . » C'était un véritable testament. Il le terminait par ces paroles remarquables : « Paissent les fondements de l'Etat et de la magistrature être désormais inébranlables! Puissent les magistrats, en réunissant toujours la prudence aux lumières, préparer un avenir moins agité et des jours plus heureux à ceux qui doivent un jour les remplacerai^ »
La réunion des Etats généraux préoccupait alors tous les esprits. Elle devint l'unique pensée de la France. Quelle serait leur composition, leur forme et quel j serait le rôle du Tiers-Etat? Y paraîtrait-il en égal ou en suppliant? Délibérerait-on par tête ou par ordre, n'aurait-il qu'une voix contre les deux de la noblesse et du clergé ? Telles étaient les questions agitées, qui préoccupaient déjà au plus haut degré l'opinion publique, lorsque parut la fameuse brochure de Sieyès : QiC est-ce que le Tiey^s- Etat? tout; qua-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique? rien; que demande-t-il à y devenir? quelque chose.
Dans cette situation des esprits, Necker, toujours porté aux ménagements, toujours espérant ramener les opinions opposées '■^^j avait fait convoquer de nouveau, pour
(1) Michaud, Biogr. univ. v° Séguier. — i2j De Barante, Etudes hist., 1.216.— Necker ne perdit jamais son illusion à cet égard et sa confiance dans les moyens extrêmes, même lorsqu'il tomba définitivement devant l'assemblée constituante, et devant Mirabeau il s'écria : « Quels moyens on a préférés ! tandis qu'avec wn peu de retenue dans ces systèmes, avec un peu d'égard envers les opprimés, avec un peu de ménagement pour les antiques opinions, surtout avec un peu d'amour et de bonté, c'est par des liens de soie qu'on eût conduit au bonheur toute la France. » A cette date , il crut encore qu'avec tous ces un peu combinés ensemble et acceptés de tous, on eût fait face au torrent et qu'on l'eût transformé, dirigé en un canal tranquille. Sainte-Beuve, Caus. du lundi, 7.?84.