CONVOCATION DES NOTABLES
le 5 novembre 1788^^', l'assemblée des notables, telle que de Galonné l'avait composée l'année précédente. Les notables avaient voté la double représentation du Tiers-Etat aux assemblées provinciales, Necker se flattait qu'ils penseraient de même pour les Etats généraux ; il n'en fut rien. Sur sept bureaux, un seul, celui présidé par Monsieur, comte de Provence, l'aîné des frères du roi, à la majorité de treize voix contre douze <^\ vota ce doublement du Tiers-Etat *^^^, mais le passé ne se refait pas. Le public éprouva une grande déception. Il accusa les notables, qui n'avaient su rien vouloir, ni rien répondre, de ne pas comprendre les besoins du temps et de défendre les privilèges parce qu'ils appartenaient aux ordres privilégiés'^^"^\ De son côté, le gouvernement, après le refus des notables de participer aux charges de l'Etat, se vit dans la nécessité de s'adresser à la France entière, et il convoqua les Etats généraux, dont il redoutait l'intervention etl'appui^^^ Quand l'autorité entre dans une certaine nature d'idées, elle multiplie les écrits, les publications favorables à son système. Des pétitions combinées furent donc envoyées dans les provinces pour demander le dotiblement du Tiers, réalisé une fois déjà en 1355 ^'^*. Ces pétitions revinrent couvertes de signatures <"'. Des députations les apportèrent au pied du trône. Elles étaient toujours écoutées, tandis que qtiiconque voulait faire des représentations contraires, était écarté ou défavorablement reçu^^^ La royauté renouvelait ainsi l'antique alliance qu'elle avait contractée avec le peuple contre les privilégiés.
(,1) De Lacreteile, Hist. de Fr. au xviir siècle, Q.2%2. — Hénault, Abrégé chr., 532. — (2) Granier de Cassagnac, D^s causes de la révol. fr., 2.386. — Monsieur regretta plus tard son vote, qui permit à Necker de parler d'une importante minorité lors de la déclaration du 27 déc. 1788. Barentin, Mém., 52. — (3) Sallier, A?i7i. fr., 233. — (4) Dareste, Hist. de Fr., 7.142. — (5) Mignet, Hist. de la révol. fr., 1.33. — (6) Aubry-Vitet, Les Etats gén.. Revue des Deux-Mondes, 23 mai 1873, p. 312. — (7) Sallier, Ann. fr., 234. — (8) Sallier, Ann. fr., 234.
Le Parlement, fidèle k la monarchie, s'inquiéta de l'agitation qui régnait dans les esprits et fit des représentations pour conjurer le roi de porter son attention sur les difficultés de la situation'^). « Sire, dit le premier président d'Ormesson , nouvellement arrivé à la tète du Parlement (^), une effervescence dangereuse s'est répandue insensiblement dans tout le royaume. Des idées d'innovation agitent les esprits. L'enthousiasme les échauffe, la contradiction les aigrit, l'opposition les irrite. Des écrits téméraires nourrissent ces funestes dispositions. Ce qui n'était d'abord que des opinions devient des prétentions trop réelles. Il s'élève des disputes sérieuses : elles se tournent en combats d'ambition et d'intérêt. Leur feu allume partout de véritables divisions et bientôt on ne tiendra plus ni à des principes certains, ni à des vues uniformes, ni à des intérêts communs, ni à ces nœuds de tout genre qui doivent lier entre eux les citoyens d'un même empire et tous les membres de la société.
« Des ordres ditférents n'avaient jusqu'ici distingué les Français que pour les unir davantage. A présent. Sire, par des manœuvres indiscrètes et populaires, ils sont près de devenir des titres de concurrrence, de jalousie et d'inimitié. Les partisans des idées opposées croient conduire VEtat à une réforme et ils ne le conduisent qu'à sa ruine. Une secousse fatale l'ébranlé actuellement de tous côtés. On ajoute encore à cette commotion générale par des idées d'égalité qu'on s'eiïorce d'établir en système, comm.e s'il était possible que l'égalité subsistât en réalité. Cette spéculation, toute vaine qu'elle est, sème parmi les citoyens les germes de l'anarchie. Elle est la perte de l'autorité royale en même temps que la destruction de
(1) Sallier, Annales françaises, 223. — (2) Le 12 novembre 1788, après la retraite du premier président d'Aligre , Nouvelle biographie générale , v° d'Ormesson.