APPRÉHENSIONS DE NECKER
ancien ministre de Louis XV, disait au secrétaire de la reine : « Je suis bien vieux, mais je verrai le tombeau de la monarchie avant de descendre dans le mien <i\ » I)e son côté, Necker, qui était surtout préoccupé de sa situation comme ministre, disait : « Je vois la grande vague s'avancer. Est-ce pour m'engioutir*^^ ? » La grande vague montait en etfet. L'opposition passait du Parlement, de la noblesse et du clergé au peuple, et la Révolution était faite (3>. Dès lors, il ne s'agissait plus de la prévenir, mais de la diriger. La lutte était définitivement engagée entre les deux principes de la souveraineté du peuple et du droit divin de la royauté.
Le 4 mai, veille de l'ouverture des Etats, le roi et les trois ordres se rendirent processionnellement à la messe du Saint-Esprit. L'évêque de Nancy, MgrLaFare, chargé de prêcher dans cette solennité, s'exprima en ces termes : « Sire, recevez les hommages du clergé , les respects de la noblesse et les très-humbles supplications du Tiers- Etat '•**. » Le lendemain, le roi, porteur du simple manteau de ses ordres, ouvrit les Etats par un discours dont il importe de rappeler les principaux passages : « Messieurs, le jour que mon cœur attendait depuis longtemps est enfin arrivé, et je me vois entouré des représentants de la nation à laquelle je me fais gloire de commander.
« Un long intervalle s'était écoulé depuis les dernières tenues des Etats généraux, et quoique la convocation de ces Assemblées parût tomber en désuétude, je n'ai pas balancé à rétablir un usage dont le royaume peut tirer tme nouvelle force et qtii peut ouvrir à la nation une nouvelle source de bonheur.
« La dette de l'Etat, déjà immense à mon avènement
tl) Le 27 août 1789. Augeard, Mém. sec, 169. — (2) Michaud, Biogr. univ., V Necker. — (3) Mignet, Révol. française, préface. — (4) Droz, Histoire de Louis XVI, 2.130.