DISCOURS DU ROI
au trône, s'est encore accrue sous mon règne. Une guerre dispendieuse, mais honorable, en a été la cause; l'augmentation des impôts en a été la suite nécessaire et a rendu plus sensible leur inégale répartition.
« Une inquiétude générale, un désir exagéré d'innovations se sont emparés des esprits et finiraient par égarer totalement les opinions, si on ne se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et modérés.
« C'est dans cette confiance que je vous ai rassemblés. J'ai déjà ordonné dans les dépenses des retranchements considérables. Vous me présenterez encore, à cet égard,
des idées que je recevrai avec empressement Les
esprits sont dans l'agitation, mais une Assemblée des représentants de la nation n'écoutera sans doute que les conseils de la sagesse et de la prudence. Tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bien public, tout ce qu'on peut demander à un souverain, le premier ami de ses peuples, vous devez l'espérer de mes sentiments.
« Puisse, Messieurs, un heureux accord régner dans cette Assemblée, et cette époque devenir à jamais mémorable pour le bonheur et la prospérité du royaume. C'est le souhait de mon cœur; c'est le plus ardent de tous mes vœux; c'est enfin le prix que j'attends de la droiture de mes intentions et de mon amour pour mes peuples '^>. »
Ces royales paroles ne trouvèrent que des approbateurs et elles furent couvertes d'unanimes applaudissements. Le garde des sceaux Barentin prit ensuite la parole. Il rappela les circonstances qui avaient amené la convocation des Etats généraux, et fit entendre un langage bien différent de celui que l'orateur de la noblesse avait tenu aux derniers Etats généraux. « Il y a autant de différence entre nous et le Tiers, comme entre le maître et le valet^^^, » avait dit cet orateur, et le garde des sceaux disait :
(1; Pand. fr.^ p, 7. — (2) Florimoii'.l Rapine, Ass, des trois Etats, en 1614.
(1789) DISCOURS DE BARENTIN ET DE NECKER 3'Jl
« Les vices et l'inutilité méritent seuls le mépris des hommes, et toutes les professions utiles sont honorables, soit qu'on remplisse les fonctions sacrées du ministère des autels, soit qu'on se voue à la défense de la patrie dans la carrière périlleuse des armes..., soit qu'on soumette à son crédit et aux spéculations d'un génie inventif, prévoyant, calculateur, les richesses et l'industrie des divers peuples de la terre, soit qu'en exerçant cette profession, mise enfin à sa place dans l'opinion des vrais sages, on féconde les champs par la culture, le premier des arts, auquel tient l'existence de l'espèce humaine ; tous les citoyens, quelle que soit leur condition, ne sont-ils pas les membres d'une même famille? Si l'amour de l'ordre et la nécessité assignèrent des rangs qu'il est indispensable de maintenir dans une monarchie, l'estime et la reconnaissance n'admettent pas ces distinctions et ne séparent point des professions que la nature réunit pour les besoins mutuels des hommes '^\ » Malgré ce langage si nouveau dans la bouche d'un ministre de la couronne, le discours du garde des sceaux, prononcé d'une voix très-faible, fut peu écouté.
Necker prit à son tour la parole, et l'Assemblée devint attentive. Il était le ministre populaire, et on attendait avec impatience son discours; mais il parla en contrôleur général. Il exposa la situation des finances, accusa un déficit de cinquante-six millions, se complut à développer ses plans pour le combler « et fatigua de ses longueurs ceux qu'il n'offensa pas par des leçons (-\ » Quanta la question de savoir si l'on voterait par ordre ou par tête, Necker sembla plus préoccupé de la tourner que de la résoudre. « N'est-il pas convenable, dit-il, de laisser au moins les deux premiers ordres décider, séparément,
(1) Moniteur, Séance du 5 mai 1789. - (2) Thiers, Hist. de la révolution franc., 1.17.