SCISSION ENTRE LES TROIS ORDRES
l'abandon de leurs privilèges pécuniaires? Pourquoi leur enlever riionneur de cette renonciation volontaire et généreuse? Car enfinj de pareils actes de justice n'étaient pas communs, et l'histoire n'en présentait pas d'exemple ^^). » Les députés des communes se montrèrent surpris et presque irrités de ce langage, qui laissait indécise une question que le gouvernement, par une sage politique, aurait dû trancher; mais, loin de vouloir régulariser les Etats généraux, il voulait les annuler.
Après le départ du roi, le clergé et la noblesse se retirèrent dans deux salles particulières qui leur étaient réservées. Le Tiers-Etat demeura dans la salle commune, qui lui était destinée. Il eut l'air, étant ainsi chez lui, d'attendre les autres ordres. Une scission était facile à prévoir, et, dès les premiers jours, la vérification des pouvoirs donna lieu à une dissidence profonde entre les trois ordres. Des conférences eurent lieu et elles n'aboutirent pas.
Le 17 juin, sur la motion de l'abbé Sieyès, les députés du Tiers, après avoir invité une dernière fois les députés du clergé et de la noblesse à s'unir à eux, se constituèrent en Assemblée nationale '2^. Trois jours après, la salle des Etats ayant été fermée sous prétexte de préparatifs qu'exigeait une séance royale, les députés se réunirent dans la salle du Jeu de Paume et, sur la proposition de Meunier, prêtèrent serment de ne se séparer qu'après avoir donné une nouvelle Constitution à la France. Le serment du Jeu de Paume retentit comme un premier cri de guerre. La cour et les deux premiers ordres furent épouvantés de tant d'audace et d'énergie. Louis XVI tint, le 23 juin, une séance royale qui ressembla fort à un lit de justice. Le roi, après avoir fait donner lecture de la célèbre déclaration du 23 juin con-
(1) Moniteur du 5 mai 1789. — (2j Gabourd, Hist. de Fr., 18.125.