LOUIS XVI VIENT A PARIS
liberté. Le Parlement prend alors un arrêté portant « que M. le premier président se retirera à l'instant par devant le roi, à l'elfet de le remercier des preuves qu'il vient de donner de son amour pour ses peuples et de sa confiance dans leurs représentants, dont le zèle et le patriotisme ont contribué à ramener la tranquillité publique '^'^K »
Le lendemain, 17 juillet, le roi se rend à Paris pour calmer, par sa présence, les inquiétudes de la capitale et annoncer qu'on a déjà envoyé des ordres pour le rappel de Necker.
Bailly et Lafayette, à la tête de la municipalité et de la garde bourgeoise, reçoivent le roi à l'entrée de Paris : « Sire, lui dit le nouveau maire de Paris, j'apporte à Votre Majesté les clés de sa bonne ville de Paris; ce sont les mêmes qui ont été présentées à Henri IV. Il avait reconquis son peuple, ici le peuple a reconquis son roi <^). » Louis XVI répondit d'une voix émue « que le peuple pouvait toujours compter sur son amour ^^). »
Le Parlement s'empressa également de féliciter Sa Majesté, espérant, par cette manifestation, contribuer au rétablissement de la paix. Le premier président Bochard de Saron donna ensuite avis, par une simple ^"^^ lettre, de l'arrêté du 16 juillet à l'Assemblée nationale, et cette Assemblée s'indigna de voir que le Parlement se permît de traiter ainsi d'autorité à autorité avec la nation ^5'. « Puisque le premier président, disait Clermont-Tonnerre, se retire par devers le roi, il pouvait bien aussi se retirer par devers l'Assemblée. » Trois conseillers du Parlement :
(6) Le 16 juillet 1789. Archives nationales, Cons. sec, X. \b. c. 8990. — (2) 3fem. de Bailly, 2.67. — (3) GabourJ, Hist. de Fr., 18.166. — (4) La lettre du premier président était ainsi conçue : Monsieur le président, le Parlement m'a chargé de faire part à l'Assemblée nationale d'un arrêté qu'il vient de prendre ce matin. Je m'empresse de remplir cette mission en vous envoyant une copie de l'arrêté. Je suis, etc. Bochakd de Saron. Bailly, Mém., 2.40. — (5) Bailly, Mém., 2.41.
398 BOCHARD DE SARON A l'aSSEMBLÉE NATIONALE (1789)
Fréteau , Duport et Saint-Fargeaii , membres de l'Assemblée nationale , s'étaient eiforcés d'excuser leur compagnie en disant « que dans un ordre si nouveau , elle avait bien pu ne pas connaître encore toutes les convenances "^i^. »
Le Parlement avait fait une démarche dont il n'avait pas calculé les conséquences, mais il n'avait pas eu la prétention qu'on lui supposait. Dans un second arrêt du 20 juillet, il inséra : « Que le premier président se retirerait par devant l'Assemblée nationale et lui exprimerait le respect dont la Cour était pénétrée pour les représentants de la nation, dont les travaux éclairés allaient assurer à jamais le bonheur de la France ('\ » Le premier président de Saron se rendit en conséquence à la barre de l'Assemblée nationale et lui offrit, en balbutiant, « les respects et les remerciements de sa compagnie "^^^ »
Le duc de Liancourt, président de l'Assemblée, répondit « que l'Assemblée voyait avec plaisir la justice , le respect que le Parlement de Paris rendait à ses décrets. Le chef de l'illustre compagnie qui avait demandé la convocation des Etats généraux devait jouir d'une douce satisfaction en étant introduit dans cette auguste Assemblée. » Il ajouta « que l'Assemblée, en faisant respecter les lois, acquerrait ainsi un titre de plus à la reconnaissance de tous les citoyens honnêtes et vertueux, particulièrement à celle des tribunaux^^K » Le Parlement reconnut et salua ainsi les Etats généraux pour ses maîtres , et son exemple fut suivi avec empressement par toutes les autres compagnies de Paris.
Ce degré d'abnégation auquel le Parlement descendait
(1) Moniteur du 15 au 16 juillet 1789. — Mém. du marquis de Ferrières, liv. 3. — Beaulieu, Essais hist. sur les causes et les effets de la révol. fr., 1.371, — (2) Arch. nation.. Cens, sec, X. 1&. c. 8990. — (3) Moniteur uni' versel, 23 juillet 1739. — (4) Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, 7.495.