‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 257 sur 288 · LE PRÉSIDENT AUGEARD · texte numérisé non relu

LE PRÉSIDENT AUGEARD

bienfaisant, dont les malheurs présentaient à l'Europe étonnée un contraste avec ses vertus. »

« Le désir du bien public, l'amour de nos devoirs, dit en terminant le président Augeard, nous ont inspiré cet arrêt. J'ai honoré mon nom en le signant ^i). »

A ce langage digne et fier vint sejoindre la lettre plus hardie encore du procureur général Dudon, qui s'étonnait « qu'on osât, sous un peuple libre, interpréter et calomnier les intentious d'un magistrat, celles d'une compagnie toute entière et au préalable les punir ! Et pour quel crime? Celui de lèse-nation, mot vague, indéterminé, arme ordinaire du despotisme !

« Obéir aux lois, réfléchir et parler, voilà la marche d'un homme libre. Si je cesse de m'exprimer comme magistrat, il faudra toujours m'entendre comme citoyen, et je TiQ prostituerai pas les éloges et les félicitations, lorsque les événements n'arrachent de mon âme que des gémissements et des pleurs.

« Faites-nous donc des lois, et nous serons libres ! Que le nom sacré du roi reparaisse avec toute l'influence et l'éclat de sa puissance, et nous serons tranquilles ! Ne soyez que ce que vous devez être : des législateurs. Renvoyez au pouvoir exécutif tout ce qui n'est point du ressort du pouvoir législatif. Voilà la Constitution que désire la France ; c'est le dernier vœu que forme pour sa patrie un citoj^en dont l'âge a blanchi la tête et qui voit la tombe ouverte sous ses pieds '^'. »

Loin d'accepter les justifications présentées par les magistrats de la Guyenne, l'Assemblée nationale les repoussa énergiquement^^>; elle ne pouvait admettre aucune résistance à ses décrets, et elle oubliait les services rendus

(1) Moniteur du 10 avril 1790. — (2) Lettre de Dudon, procureur général au Parlement de Bordeaux, in-8, 16 pages. — Floquet, Hist. du Parlent, de Normandie, 7.649. — (3) Décret du 24 avril 1790. Pand. fr., 2.65.

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par les Cours souveraines pour ne se souvenir que de leurs fautes. Le président Augeard dut entendre à la barre la lecture du décret qui improuvait la conduite des magistrats de Bordeaux ; mais, au moment de son entrée dans l'Assemblée, les députés de la minorité se levèrent et se tinrent debout comme lui pendant la lecture, pour ne se rasseoir qu'après sa sortie. L'Assemblée subit ainsi le désaveu public de ceux de ses membres qui détestaient son dessein avoué d'envahir tous les pouvoirs dans le royaume <^' .

Les autres Parlements subirent en silence le décret du 3 novembre 1789. Moins de quatre mois après, l'Assemblée nationale, dont les véhémentes philippiques contre les Parlements, qu'elle redoutait, ne cessaient point, ne craignit pas de s'immiscer dans le pouvoir judiciaire et de violer ouvertement l'article 19 de la Constitution acceptée le 5 octobre 1789, en annulant, comme contraire aux droits de l'homme, tme procédure dirigée par le Parlement de Paris contre Raynal, l'auteur de V Histoire 'philosophique et politique des deux Indes *-'.

Désormais, toutes les résistances étaient brisées, et les parlementaires qui naguère avaient exercé le pouvoir législatif en partage avec le roi, et remis de leur plein gré à la nation le dépôt de ses lois, de ses droits et de sa liberté, allaient tomber sans exciter ni sympathies, ni regrets.

A partir du mois de novembre 1789 jusqu'à sa suppression, la Chambre des vacations du Parlement de Paris, « sans cesse à l'œuvre maintenant, infatigable, héroïque'-^\ » s'efforçait de suffire à l'immensité de sa tache, et refusait de s'en laisser divertir même tm seul jour. Au

(1) yioniteur du 2^) avril au 1" mai 1790. — Fîoquet, Hist. du Parlern. de Normandie, 7.650. — (2) Le 18 août 1790. Pand. fr., 2.23. — (3) Floquet, Hist. du Pari, de Xorniandie, 7.638.

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