ARRÊT DU PARLEMENT DE TOULOUSE
Jamais aucune Cour souveraine n'avait opposé une résistance plus déclarée à l'Assemblée nationale. Le roi dénonça lui-même l'arrêt des magistrats de Toulouse aux représentats du peuple, et Robespierre dit dédaigneusement à la tribune : « Que c'était un acte de délire, et que « l'Assemblée pouvait déclarer aux membres de l'ancien « Parlement de Toulouse, qu'elle leur permettait de con- « tinuer à être de mauvais citoyens '^^ » L'Assemblée ne se borna pas à ce blâme cruel. Elle décida, quelques jours après, que les magistrats rebelles seraient traduits devant le tribunal qui allait être institué pour juger les crimes de lèse-nation. Tous les autres Parlements se soumirent à peu près sans réserves. Celui de Bordeaux, le jour suprême arrivé, se sépara sans faire aucune protestation. Celui de Navarre exhorta le peuple à la tranquillité et à la soumission au fatal décret qui le faisait cesser d'être. A Grenoble, les magistrats, moins faciles à conduire, cessèrent d'aller au palais pour ne pas signer leur arrêt de mort'^\ Les magistrats des Parlements de Douai et de Nancy et ceux du conseil supérieur de Colmar osèrent davantage. Ils déclarèrent, en faisant transcrire et publier l'édit, les uns qu'ils obéissaient à la force, les autres que, contraints par les circonstances, ils cessaient leurs fonctions '3'.
A Aix, le Parlement publia l'édit sans observations, mais il reçut de l'ordre des avocats et de la corporation des procureurs des témoignages de respect et de regrets dont M. Pascalis, le plus éloquent des avocats du barreau de Provence, se fît l'interprète. Le premier président Des Gallois de la Tour fit une réponse « où paraissaient les sympathies du Parlement et sa sensibilité pour des adieux si touchants''*^»
{1} Séance du 27 septembre 1790. Louis Blanc, Hist. de la révol. fv., 5.76. —{2) Moniteur du 7 octobre 1790. — (3) Moniteur des 7 et 23 octobre 1790. — (4) Cabasse, Essai sur le Pari, de Provence, 3.487, — Floquet, Hist. du Pari, de Normandie, 7.670.