‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 275 sur 288 · LA FRONDE (\\n<^ SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA FRONDE (\\n<^ SIÈCLE

éphémère des Cours souveraines démontra leur impuissance à diriger les affaires d'Etat, mais il prouve que les parlementaires du xvii® siècle devançaient leur époque en voulant faire recevoir en France le bill à'IIabeas corpus des Anglais et la vériiication préalable de toute imposition nouvelle.

Comme sous la Ligue, dès que le Parlement entrevit l'influence étrangère, ses jeux se dessillèrent. Loin de pactiser avec l'Espagne, il fit la paix avec la cour et remit Paris dans le devoir. Tel fut le résultat de la première Fronde, si diversement jugée, suivant qu'on considère les passions misérables qui s'y agitèrent et les incidents burlesques de la guerre conduite par des généraux décrétés par le Parlement; ou, qu'au contraire, on tient compte à cette Cour souveraine de ses efforts pour faire consacrer les grands principes sur les droits de la nation et les devoirs de la royauté.

Malgré les efforts des seigneurs et la violence du peuple, le Parlement ne prit part à la seconde Fronde que pour arrêter la guerre civile, suscitée par la rivalité entre les princes et Mazarin. Le cardinal l'emporta sur ses compétiteurs, et la Fronde, révolution bourgeoise prématurée et réaction aristocratique impuissante, aboutit à la monarchie absolue de Louis XIV. Entre la liberté expirante et Végalité naissante, il ne pouvait y avoir que le despotisme (^^ ; mais, dès ce moment, commença la lutte de la démocratie avec la couronne, qui devait aboutir, un siècle et demi plus tard, à la grande transformation politique et sociale de 1789.

Louis XIV avait été trop frappé de l'opposition des Parlements, pendant la Fronde, pour maintenir leurs prérogatives. Il les contraignit à se renfermer dans le cercle de leurs fonctions judiciaires ; il remplaça le nom

(1) Chateaubriand, Etudes hist., 4.443.

(xviie siècle) abolition DE LA FACULTÉ DES REMONTRANCES 455

de Cours souveraines par celui de Cours supérieures, et abolit la faculté de faire des remontrances avant Tenregistrement des lois. Cette dernière mesure, la plus grave contre l'indépendance des Parlements, fut l'objet de la déclaration du 24 février 1673, qui donna lieu à une protestation , que d'Aguesseau nomma « le dernier cri de la liberté mourante. » Depuis lors , jusqu'à la mort du grand roi, le Parlement de Paris se renferma dans un silence à peu près absolu. Il ne fit plus, pour ainsi dire, qu'office forcé de greffier, etle premier président de Harlaj put dire, avec une profonde tristesse : « Enregistrons, enregistrons, sans rien craindre pour notre conscience, ni pour notre honneur, puisqu'on ce temps, aucun examen ne nous est permis (^^^ »

Plein de fermeté dans ses doctrines sur la séparation des puissances temporelle et spirituelle, le Parlement ne pouvait qu'enregistrer avec empressement l'édit qui confirmait la célèbre déclaration de l'Assemblée du clergé, de 1682, relative à l'indépendance de la couronne. S'il résista à l'enregistrement de l'orageuse bulle Umgenitus, dont l'acceptation entretint, pendant quarante ans, une guerre intestine entre la magistrature et l'autorité royale, ce fut pour assurer cette indépendance de la couronne et le triomphe des idées de tolérance ; mais ni l'impolitique révocation de l'édit de Nantes, ni l'élévation scandaleuse des enfants adultérins de Louis XIV au rang de princes du sang, ne furent l'objet d'aucune remontrance de sa part.

Pour triompher de toutes les résistances, Louis XIV avait transformé la noblesse féodale en noblesse de cour,' fait taire la voix de la liberté dans les Parlements , brisé toutes les institutions libres , et paralysé toutes les forces politiques de la France. En agissant

(1) Saint-Simon, Mém., 5.301, édit. de 1829.

Page 1