MÉCONTENTEMENT DU ROI
semblée du 13 juin. Le Parlement reçut ordre de se rendre à Compiègne par députation. Le roi exprima aux députés son mécontentement, et leur enjoignit d'être plus circonspects à l'avenir. Le 20 juin \7S2^'^\ le premier président rendit compte à Messieurs de ce qui s'était passé à Compiègne, et, sur son ordre, le greffier lut l'arrêt du Conseil qui avait cassé l'arrêt rendu le 13 par le Parlement. Les magistrats se levèrent aussitôt après la lecture de la lettre royale et sortirent du palais en robe, deux à deux, au nombre de cent cinquante, pour se rendre chez le premier président et déposer leur démission entre ses mains. Cette retraite prodtiisit un grand effet sur le peuple ; l'opinion était sympathique à des magistrats qui montraient de l'indépendance et une témérité courageuse pour la défense des lois. La foule disait, en les voyant passer : «Voilà de vrais Romains, et les pères de la patrie (^^ » Barbier ajoute : « Ceux qtii ont vu cette marche disent qu'elle avait quelque chose d'auguste et qui saisissait. » On ne voit pas dans l'histoire un trait de fermeté, de courage et de désintéressement pareil à celui-ci.
Fleury n'osa pas pousser les choses à l'extrémité et recommencer les orages de la Fronde; il comprit qu'il fallait faire cesser un état de choses qui donnait l'exemple et l'habitude de la division. Des négociations furent entamées avec la cour par le premier président Portail, mais elles n'abotttirent que lorsque ce magistrat, d'accord avec les ministres, « prit sur lui de demander pardon au roi de la démarche du Parlement et d'implorer sa clémence <^>. » La députation ayant été introduite auprès du roi, Sa Majesté lui dit : « Je veux bien votis remettre les démissions des charges de vos confrères, pourvu qu'ils en fassent, à
(1) Anciennes lois, 21.374. — (2) Dareste, Histoire de France, 6.305.— Jourtial de Barbier, 2.296. — (3) Le 7 juillet 1732. Journal de Barbier, 2.311.