‹ Aperçu historique sur le Parlement de ParisChapitre 39 sur 288 · RAPPEL DES MAGISTRATS · texte numérisé non relu

RAPPEL DES MAGISTRATS

détacher du reste de la compagnie, enregistra purement et simplement la déclaration royale, ce qui lui valut le déchaînement du public. Grâce à la médiation de d'Aguesseau, les magistrats furent rappelés après lesVacances, et la déclaration du 18 août fut suspendue ^'^K Les magistrats rentrèrent et la justice reprit son cours. Le gouvernement n'avait obtenu qu'une victoire inutile, et le Parlement avait montré au public sa complète impuissance politique ^^K Le mal qui avait été produit laissa des traces profondes, et la mésintelligence entre le Parlement et l'autorité royale continua à subsister presque constamment jusqu'à la fin du règne de Louis XV.

La question du refus des sacrements aux dissidents suscita d'autres difficultés. Un arrêt, rendu en forme de règlement, défendit d'exiger des mourants des billets de confession signés par des prêtres soumis à la bulle Unigenitus^'^\ et le calme parut renaître, mais il ne fut pas de longue durée. Pendant les querelles engagées à l'occasion de la bulle Unigenitus, l'archevêque d'Arles ne craignit pas de traiter, dans une instruction pastorale, les Parlements de séditieux, de rebelles, et d'insérer dans son

(1) Journal de Barbier, 2.37. — Le chancelier avait dit à la députation du Parlement : a Sa Majesté a été mécontente de son Parlement , mais elle se laisse toucher aux assurances qu'elle reçoit de son respect et de sa soumission. Elle compte que les effets y répondront par une conduite qui puisse plaire à Sa Majesté. Elle veut bien que la déclaration du 18 août dernier demeure en surséance, et lui donner par là l'occasion de mériter la marque de sa confiance et de sa bonté. » — Cette déclaration fut retirée le 5 janvier 1733. Boullée, Histoire de d'Aguesseau, 2.64. — Hénault, Abrège' chronologique, 358, dit que cette déclaration fut regardée comme un aveu, et que, par ce moyen , le Parlement conserva le droit de condamner les entreprises des évêques contre la juridiction civile. — (.2) Dareste, Histoire de France, 6.307. — La main de fer de Richelieu, la suprême adresse de Mazarin, n'étaient plus nécessaires pour lui imposer silence ; la prudente modération, la froide réserve du cardinal Fieury, avaient suffi à l'entreprise. «Le ministre, vainqueur du Parlement, était devenu l'arbitre de l'Europe, » a dit Frédéric II dans son Histoire de mon temps. Guizot, Histoire de France, rac, 5.85. — (3) De Bastard, Les Parlements, 2.15.

72 MANDEMENT DE l'aRCHEVÈQUE d'aIX (1732)

mandement une clause contre le Parlement de Paris, qui finissait par ces vers ^^^ :

Thémis, j'implore ta vengeance, Contre le rebelle troupeau ; Mais non, je ne vois plus dans tes mains la balance, Pourquoi devant les yeux gardes-tu ton bandeau ? Le Parlement d'Aix n'hésita pas à faire brûler l'instruction pastorale, et le cardinal Fleur j fît exiler l'auteur du mandement (^\

Nous devons signaler encore pendant l'année 1732 une déclaration ^3) ordonnant de fermer le cimetière de Saint- Médard, pour prévenir les scènes extravagantes et scandaleuses des convulsionnaires qui s'étendaient sur le tombeau du diacre Paris, mort en odeur de sainteté en 1727. Le ridicule fît justice de cette folie, et un plaisant écrivit sur les murs du cimetière :

De par le roi, défense à Dieu De faire miracle en ce lieu (4) !

N'oublions pas également de rappeler un arrêt du Parlement ('^), qui prescrivit à tous propriétaires et fermiers de faire écheniller sous peine d'amende et de dommages et intérêts. Depuis cet arrêt, les magistrats administratifs ont publié et publient encore chaque année des ordonnances pour l'échenillage.

Les préoccupations de la guerre avec l'Autriche en 1733 fîrent diversion aux luttes intérieures. Le Parlement reprit ses fonctions judiciaires, et une Chambre de la Tournelle civile fut créée de nouveau, pour accélérer l'expédition des affaires en retard*^). A cette époque, le doute et le scepticisme, nés de l'excès des disputes religieuses

(1) Le 5 septembre 1732. Voltaire, Le Pari, de Paris, 315. — (2) Voltaire, Le Pari, de Paris, 316. — (3) Le 27 janvier 1732. Ane. lois, 21.369. — Journ. de Barbier, 2.242. — (4) Duruy, Hist. de Fr., 170. — (5) Le 4 février 1732. Ane. lois, 21.269. — (6) Le 12 janvier 1735. Ane. lois, 21.384.

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