LES PHILOSOPHES
entre les jansénistes et les ultramontains , s'ajoutaient aux germes d'incrédulité qui avaient apparu dès la régence. En même temps, les incertitudes du cardinal Fleury, les actes de faiblesse succédant à des mesures de rigueur, contribuaient à discréditer l'autorité royale, dont l'étendue commençait à être discutée dans le public. Ces ferments d'irréligion et d'opposition politique étaient des signes non équivoques d'une révolution profonde dans l'état des esprits. Les philosophes, les gens de lettres comme on les appelait alors, s'annonçaient, dès 1734, par des écrits en si grand nombre, que le Parlement ne pouvait condamner que les plus audacieux et les plus retentissants. L'un de ces écrits, les Lettres philosophiques , de Voltaire, était condamné comme « propre à inspirer le libertinage le plus dangereux pour la religion et l'ordre de la société civile (^\ » Un autre de ces écrits, dont l'auteur, disait-il, « tendrait de dessein formé à détruire tout principe, tout esprit de religion, » était également supprimée^*. Ces écrits des jansénistes exaltés discréditaient la religion et étaient justement condamnés, comme ceux des ultramontains « qui excitaient au schisme et soufflaient la discorde*"^'. »
Tandis que le Parlement réprimait sans distinction les entreprises de ceux qui tendaient également, quoique par des vues et des moyens différents, à détruire les croyances et à troubler la tranquillité publique, le chancelier d'Aguesseau s'occupait à refondre la législation, avec le concours des Parlements, dans lesquels il avait institué des conférences dont il prenait les avis. Ce fut ainsi qu'après
(1) Arrêt du Parlem. du 10 juia 1734. Rocquain, L'Esprit révol. avant la RévoL, 81. — (2) Cet écrit, intitulé les Princesses Malabres, ou le célibat philosophique, fut condamné au feu par arrêt du 31 décembre 1734. — (3) Arrêt du Parlem. du 16 avril 1734, condamnant au feu deux écrits intitulés, l'un : Instruction sur l'obéissance due aux décisions de l'Eglise, l'autre : Réplique aux tolérants de ce temps. Rocquain, L'Esprit révo'. avant la Révol., 87.