BATAILLE DE FONTENOY
leur des finances clans un embarras continuel et, en 1745, les profusions de la nouvelle dispensatrice ^^^ des libéralités royales dépassèrent tout ce qu'on avait jamais vu.
Cette même année, la bataille de Fontenoj '^), à laquelle assistait Louis XV, fut heureuse pour les armes de la France. La joie causée par le gain de cette bataille fut très-vive dans tout le royaume. Le Parlement envoya à Tournay une députation pour complimenter le roi'^'. Son exemple fut suivi par toutes les autres Cours souveraines, qui furent admises à saluer le roi dans son camp, devant Tournay. Quelques mois après, le Parlement, qui avait la grande police du royaume, voulut régler lui-même les fêtes et les cérémonies pour la rentrée du roi dans Paris. Il rendit, en conséquence, un arrêt <-^) pour tapisser les rues, illuminer les maisons et faire sonner la cloche du palais.
Ces réjouissances publiques ne pouvaient faire oublier les embarras financiers. L'exagération croissante des dépenses royales et les charges créées par la guerre avec les Pays-Bas nécessitèrent la présentation d'édits pour l'établissement de nouveaux impôts, qui excitèrent des clameurs. Témoin de cette situation, d'Argenson écrivait, le 26 décembre 1747, : « Les peuples sont aujourd'hui, par défaut d'estime, peu attachés à leurs princes. Quelqu'un osera-t-il proposer d'avancer de qtielques pas vers le gouvernement républicain? Je n'y vois aucune aptitude dans les peuples. La noblesse^ les seigneurs, les tribunaux, accoutumés à la servitude, n'y ont jamais tourné leurs pensées, et leur esprit en est fort éloigné. Cependant, ces idées viennent, et l'habitude chemine promptement chez les Français ^^^. »
il) M°" (l'Etiolés, depuis marquise de Pompadour. — y2) Le limai 1745. Hénault, Abr. chron., 373. — (3i Journ. de Barbier, 4.44. — (4) Arrêt du 2 sept. 1745. Journal de Barbier, 4.77. — (5) D Argenson, Méra., 5.142.
( 1749) ENREGISTREMENT DE l'iMPÔT DU VINGTIÈME 83
Le Parlement fit des remontrances modérées au nom du peuple, déjà accablé par les taxes, et enregistra Timpôt du vingtième, proposé par le contrôleur général Machault*^^ en insistant surtout sur son affectation au paiement des dettes et non aux dépenses courantes. Cet impôt frappait tout le monde, c'était un progrès, et il ne fut Tobj et de sérieuses protestations que de la part du clergé et des pays d'état, qui prétendaient que le don gratuit était la seule forme selon laquelle ils dussent concourir aux charges de l'Etat. Le gouvernement n'en tint pas compte, alléguant les nécessités du Trésor et la justice d'une répartition uniforme. Ces motifs étaient trop puissants pour ne pas triompher, et le clergé et les pays d'état finirent par s'exécuter, de plus ou moins mauvaise grâce '^\ C'est ainsi que les réformes les plus nécessaires étaient rendues impossibles par tous les grands corps, qui subordonnaient les intérêts nationaux aux intérêts collectifs. C'était une étrange aberration, en présence des signes du temps. De graves symptômes annonçaient le mouvement inquiet des esprits. Les savants et les philosophes désiraient et demandaient des réformes nécessaires, ils recherchaient les motifs de toutes choses, et. dans leur ardeur, ils ébranlaient les institutions en touchant à leurs abus, r « Vers 1750, dit Voltaire, la nation, rassasiée de vers, de tragédies, de comédies, de romans, d'opéras, d'histoires romanesques, de réflexions morales plus romanesques encore, de disputes sur la grâce et les convulsions, se mil à raisonner sur les blés*^). D'où vient la cherté du pain ? Pourquoi le laboureur est-il si misérable? Quelle est la matière et la limite de l'impôt? etc. Voilà les questions qui entrent dans les salons, sous les auspices
(1) Le 19 mai 1749. Journal de Barbier, 4.370. — Ane. lois, 22.223. — (?) De Sismondi, Hist. des Fr., 29.17. — (3) Voltaire, Dict. phil., v^ Blé.