PRÉOCCUPATIONS POLIT. QUES
du roi, par l'organe de Quesnoy, son médecin, qui agrandit le prince pour soulager le peuple, et qui multiplie les imposés pour alléger les impôts. »
D'autres questions, non moins neuves, préoccupaient les esprits (^K Tandis que le peuple prétendait que les hommes revêtus de la puissance publique « lui devaient justice, abondance et bonheur ^2', » un ministre disgracié écrivait : « La France est-elle une monarchie tempérée et représentative, ou un gouvernement à la turque ? Vivonsnous sous la loi d'un maître absolu , ou sommes-nous régis par un pouvoir limité et contrôlé ^^ ? » II ajoutait : « Voyez combien il y a aujourd'hui d'écrivains instruits et philosophes. Le vent souffle d'Angleterre depuis quelques années sur ces matières-là ; ce sont des matières combustibles. Voyez dans quel style sont écrites les remontrances du Parlement et des Etats sur le vingtième. Ces procureurs généraux des Parlements, ces syndics d'Etat, tous ces gens-là deviendront, au besoin, des grands hommes. Toute la nation prendrait feu, et, s'il en résultait la nécessité d'assembler les Etats généraux du royaume pour régler les finances et les demandes d'argent pour la suite, les Etats ne s'assembleraient pas en vain. Qu'on y prenne garde, tout ceci est fort sérieux. Quod Deiis avertat^^K »
Pendant que ces tendances nouvelles s'emparaient de la société, pendant que les esprits clairvoyants en signalaient les conséquences, l'enlèvement, à Paris, de jeunes enfants destinés à être envoyés dans les possessions d'Amérique pour les peupler, vint exciter, au mois de mai 1750, de violentes émeutes, que le Parlement réprima en condamnant à mort trois de leurs auteurs. Ils furent exécutés en
(1) Taine, Les Origines de la, Fr. contemp., 384. — (2) D'Argenson, Me'tn., 6.?15. Juin 1759. — (3l D'Argenson. Mé,n., 4.141, cité par Auhertin, L'Esprit public au xy m' siècle, 274. — (,4i DArgenson, .Ve-V/i., 6.320.
( 1750) IMPÔT DU VINGTIÈME 8è
place de Grève <^^ et la population parisienne s'apitoya sur le sort de ces trois malheureux, qui avaient voulu s'opposer à des enlèvements odieux commis par des agents de la police.
Les difficultés que le gouvernement éprouvait au sujet des impôts lui firent songer à assujettir le clergé à l'impôt du vingtième, récemment établi^-). Lesévêquesne goûtèrent point ce dessein. Ils rappelèrent, dans un mémoire imprimé'^*, la déclaration de 1726, par laquelle le gouvernement , reconnaissant que les biens ecclésiastiques étaient de droit divin, s'engageait à ne les imposer jamais, et ils dirent, dans une lettre adressée au roi : « Nous ne consentirons jamais que ce qui a été jusqu'ici le don de notre amour devienne le tribut de notre obéissance (^\ » On trouvait juste d'obliger les ecclésiastiques à contribuer, comme les autres sujets du royaume, aux charges de l'E'at*^), mais l'impôt du vingtième n'était pas mieux accueilli des populations qu'il ne Tétait du clergé. On voyait clairement que le gouvernement n'agissait pas dans des vues « de sage réformation. » Aussi, il ne rencontra pas dans le public l'appui qu'il en avait espéré.
Le besoin d'argent était tel l'année suivante, qu'il fallut emprunter cinquante millions aux receveurs généraux et créer deux millions de rentes viagères sur l'Hôtel-de- Ville de Paris et 900,000 livres de rentes héréditaires sur la ferme générale des postes, pour faire face à cet emprunt. Le Parlement se montra un peu moins facile qu'en 1749; il présenta des remontrances, parla de l'extrême misère du peuple et se borna, en définitive, à faire des réserves. L'édit fut enregistré, mais avec la clause du
(1) Le 3 août 1750. Journ.de Barbier, 4.454. — (2) Barbier, Journ. 4.390. — (3) En septembre 1749. Ce mémoire parut au commencement de l'année 1750. Rocquain, L'Esprit révol. avant la Révol., 132. — (i) Lettre du 10 septembre 1750. Luynes, 10.470. — (5) Barbier, Journ., 4A16.
86 ENREGISTREMENT FORCÉ (l'ôl)
très-exprès commandement du roi . (^' Il en fut de même, en 1751 , pour deux édits du mois de mai, portant l'un création de trente millions de contrats à trois pour cent d'intérêt, remboursables tous les ans, par voie de loterie, sur les postes; l'autre, création de deux millions de rentes viagères ^~^. Le Parlement, à cette occasion, adressa au roi des remontrances très-vives, et « qui étaient moins d'un Parlement que d'Etats généraux (3>. » Tout le monde ne parlait que des dépenses immodérées de la cour, et le mécontentement était général. Un « politique » définissait le gouvernement une anarchie dépensière ^"^^ signalant par ces mots un double principe de désordre, qui eût suffi pour conduire le gouvernement à sa ruine, si des causes plus profondes ne l'eussent déjà préparée <^-'^'.
« // était visible que le peuple n^ aimait plus les rois qu'il avait tant ai^nés^-^K »Dans des vers placardés au Louvre, on disait au roi de craindre le désespoir de la nation et de prendre garde, que la noblesse avait encore des Guise, Paris des Ravaillac et le clergé des Clément (~). « Il nous souffle d'Angleterre, écrivait alors d'Argenson, un vent philosophique de gouvernement libre et anti-monarchique ; cela passe dans les esprits, et l'on sait comment l'opinion gouverne le monde. Il se peut faire que ce gouvernement soit déjà arrangé dans les têtes pour l'exécuter à la première occasion ; et peut-être la Révolution se passerait-elle avec moins de contestation qu'on ne le pense. Il n'y faudrait ni prince, ni seigneur, ni l'enthousiasme de la religion. Cela se ferait par acclamation, comme les bons papes s'élisent quelquefois. Tous les
(1) 29 mai 1751. Ane. lois, 22.248. — Journ. de Barbier, 5.53. — (2) 29 mai 1751. Journal de Barbier, 5.50.51. — (3) D'Argenson, Mémoire, 6.432. — (4) D'Argenson, Me'm., 6.463. — (5) Rocquain, L'Esprit révol. avant la Re'voL, 141. — (6) D'Argenson, Mém., 6.473. — (7) D'Argenson, Me'm., 7.20.