LES CINQ PLAIES DE LA FRANCE
sait aux religions particulières la religion naturelle, qui seule, à ses yeux, satisfait la raison; et, associant en Dieu les idées de justice et de bonté, il demandait, qu'à l'exemple de la loi divine, la loi humaine, jusqu'alors si prodigue de supplices, tempérât ses rigueurs par la clémence ^^>. Dans une brochure intitulée les Cinq plaies de la France^'^\ le règne entier de Louis XV était attaqué avec une extrême violence. Le mécontentement, dit un contemporain, était général et national <-^'.
La fermentation politique continuait, quand il s'éleva dans l'Eglise une nouvelle cause de troubles. A la tête du clergé de Paris se trouvait alors Christophe de Beaumont, homme ardent, d'un esprit étroit^-** mais d'une grande charité et d'une obstination que rien ne faisait tiéchir. Ce prélat se persuada qu'il extirperait le jansénisme en engageant les curés de son diocèse à refuser la communion aux mourants qui avaient appelé de la bulle Unigeniius et qui s'étaient confessés à des prêtres opposants. Cette mesure inhabile souleva l'opinion publique et réveilla l'attention des Parlements sur la haute surveillance du gouvernement de l'Eglise. Le curé de la paroisse de Saint-Etienne-du-Mont, moliniste fervent, Pierre-François Bouettin^, qu'on appelait frère Bouettin, parce qu'il était chanoine de l'abbaye de Sainte-Geneviève , refusa d'administrer un conseiller au Chàtelet , Coffin, parce qu'il avait reçu l'absolution d'un prêtre non attaché à la constitution. Le Parlement décréta le vindicatif curé (^*, lui enjoignit d'être à l'avenir plus circonspect envers la Cour et le condamna en trois livres
(1) Arrêt du Pari, du 6 mai 1748. — (2) La constitution, les convulsions, le système de Law, le ministère du cardinal de Fleury et la paix d'Aix-la-Chapelle. — (3) D'Argenson, J/ew., 5.365. — (4) Guizot, Hist. de Fr. rac, 5.174. — (5) C'était pour se venger des difficultés que le sieur Coffin lui avait suscitées à la mort de son oncle Coffin, principal du collège de Beauvais. Journ. de Barbier, 4.504.
90 FRÈRE BOUETTIN (1750)
craiimône*^). Le curé de Saiiit-Paiil consentit à recevoir la confession de Coifin, et un prêtre de la paroisse de Saint-Etienne lui apporta les derniers sacrements. Bouettin fut alors élargi par le Parlement, qui ordonna un plus ample informé sur le refus des sacrements. Les poursuites furent arrêtées par ordre du roi , qui désapprouva l'emprisonnement du curé de Saint-Etienne-du-Mont ^^> ; mais la discussion s'anima à l'occasion d'un acte arbitraire de l'archevêque, président de l'administration de l'Hôtel- Dieu.
Ce prélat voulut destituer, sous prétexte de jansénisme, la sœur économe de l'Hôtel-Dieu, placée depuis longtemps dans ce poste par les administrateurs de cet hôpital, pour la plupart membres des Cours souveraines. Il la remplaça par une dame de Meisan, quoique l'élection de cette dame eût été repoussée par douze voix contre dix. Quelques-uns des administrateurs donnèrent leur démission, les autres interjetèrent appel comme d'abus au Parlement, qui déclara qu'il y avait usurpation de la part de l'archevêque de Beaumont, et ordonna qu'il serait procédé à une nouvelle élection dans la forme ordinaire. De son côté, l'archevêque s'adressa au roi, qui modifia par un acte d'autorité^^* la composition du conseil de l'Hôtel- Dieu et attribua à l'archevêque la nomination de la supérieure.
D'Aguesseau n'était plus, pour s'entremettre entre le clergé et les magistrats. Le Parlement pouvait refuser d'enregistrer la déclaration, il préféra en modifier les articles. Un second arrêt du Conseil lui enjoignit d'enregistrer la déclaration sans y rien changer en la forme et teneur. Le Parlement fit alors des remontrances. Il ex-
(1) Le 30 septembre 1750. Voltaire, Le Pari, de Paris, 320. — Journ. de Barbier, 4.505. — (2) Journ. de Barbier, 5.2. — (3) Décl. du 24 mars 1751. Ane. lois, 22.248. - Luynes, 11.341.
prima « que les lois ne pouvaient être modifiées arbitrairement, que leur observation seule affermissait les empires, qu'il importait que des puissances secondes fussent chargées d'assurer leur exécution <^i). » Ces remontrances ne furent pas accueillies. Le roi répondit: «La soumission est le premier devoir de mes sujets, c'est à mou Parlement à donner l'exemple de cette loi fondamentale de mon royaume. Lorsque je lui ai permis de me faire des remontrances sur les édits et déclarations que je lui envoie pour enregistrer, je ne lui ai point donné le pouvoir de les anéantir ou altérer sous prétexte de les modifier.
« J'entends que ma déclaration du 24 mars dernier soit enregistrée purement et simplement; j'enverrai à cet effet mes ordres au Parlement »(^^. Le lendemain le Parlement reçut des lettres de jussion, portant ordre de procéder à l'enregistrement pur et simple de la déclaration. Le Parlement refusa de se conformer à ces lettres de jussion et supplia le roi de ne point imputer à désobéissance , s'il ne pouvait procéder à l'enregistrement pur et simple d'une déclaration dont l'exécution entraînerait la ruine d'un établissement aussi intéressant pour ses sujets que pour l'ordre public *^3\ De nouvelles lettres de jussion ne purent déterminer le Parlement à faire l'enregistrement qui lui était demandé.
La question politique que sotilevaient les débats fit bientôt otiblier la cause particulière qui les avait provoqués. Le roi, après avoir mandé à Versailles le premier président et les présidents à mortier, leur fit défense de se mêler dorénavant des affaires de l'hôpital et de présenter aucune remontrance stir cette affaire. Lorsque le pre-
(l)Le 16 août 1751. Dareste, Hist. de F,\,6A21.~ Journ. de Barbier, 5.82. — (2) Journ. de Barbier, 5.84. — (3) Arrêté du 20 août 1751. Journ. de Barbier, 5.86.