LE PARLEMENT CESSE DE RENDRE LA JUSTICE
mier président fit connaître à la compagnie les ordres du roi, une vive rumeur s'éleva de tous les bancs, et le Parlement, par l'organe de son doyen, déclara qu'il cessait tout service. Le cours de la justice fut interrompu'^), le Palais resta quelque temps désert « et tout cela, dit Voltaire, pour deux femmes d'un hôpital. Jamais plus petite affaire ne causa une plus grande émotion dans l'esprit public (^). » Paris, toujours frondeur, applaudit, et des rumeurs inquiétantes parvinrent jusqu'à Versailles. Louis XV fit porter par ses mousquetaires des lettres de cachet aux membres du Parlement '^\ pour leur rappeler que leurs charges n'étaient que des commissions du roi, et pour leur enjoindre de reprendre leurs fonctions ordinaires. Ils voulurent délibérer, malgré cet ordre du roi, sur l'affaire de l'hôpital, mais ils finirent par y renoncer, ainsi qu'à la prétention d'être une seconde puissance, établie par les lois du royaume, entre le roi et les sujets, pour se mêler des afi'aires d'Etat'^'.
Après avoir rendu un arrêt par lequel il avait eu grande attention de se conserver le droit de délibérer quand il le jugeait à propos(^), le Parlement reprit les audiences le 3 décembre, et un règlement du 28 janvier 1752 lui enleva toutes les causes de l'hôpital pour les attribuer au Grand-ConseiP^'. Le Parlement considéra cette diminution de sa compétence comme un nouvel acte arbitraire, et il résolut de s'y opposer énergiquement sans sortir des limites d'une opposition légale. Il paraissait gagné, à son tour, par l'esprit de révolte qui remtiait toute la nation (~\
(1) Journ. de Barbier, 5.125. — (2) Le 2S novembre 1751. Voltaire, Hist. du Pari, di Paris , 322. — (3) Voltaire, Hist. du Pari, de Paris , 322. — (4) Journ. de Barbier, 5.133. — (5) Le 2 décembre 1751. Journ. de Barbier, 5.135. — (6) De Tocqueville, Hist. phil. du règne de Louis X F, 2.90. — Dareste, Hist. de Fr., 6.422. — Ce règlement fut enregistré au Grand-Conseil le l" février 1752. Journ. de Barbier, 5.154. — (7; Rocquain, L'Esprit réool. avant la RévoL, 144.