DISCOURS AU ROI PAR MAUPEOU
comme attentatoire à mon autorité, et que je défends à mon Parlement de suivre une procédure qu'il aurait dû suspendre, en exécution de mes premiers ordres; je vous ordonne d'instruire mon Parlement de mes volontés. »
Le premier président de Maupeou répondit : « Sire, nous ne pouvons nous dissimuler l'excès de notre douleur. Est-il possible que Votre Majesté désapprouve la conduite de votre Parlement, dans le temps même que toutes ses démarches n'ont eu pour objet que de vous donner les marques les plus éclatantes de son zèle et de son attachement, en s'élevant avec force contre un schisme naissant, qu'on ne peut envisager sans en être véritablement effrayé. Vous arrêtez, sire, les poursuites d'un délit dont les exemples, même les plus sévères, pourraient à peine suffire pour contenir ceux qui ne sont que trop disposés à en commettre de pareils ^^\ »
Lorsque le premier président eut fait connaître à ses collègues l'arrêt du Conseil et les volontés du roi, le Parlement arrêta des remontrances, dans lesquelles il exposait au roi : « Qu'il avait la grande police au nombre de ses attributions, et que le maintien de la discipline ecclésiastique, même par l'exercice du ministère sacré, en faisait partie, que le roi avait plusieurs fois ordonné le silence sur les matières religieuses ; or, l'exigence des billets de confession tendait à faire renaître des disputes propres à propager le scepticisme, l'impiété et une philosophie superbe, qui avait produit le malheureux système de l'incrédulité. » Le Parlement ajoutait « que craignant un schisme et redoutant une émotion publique, il croyait devoir défendre à la fois la religion, l'Etat et les droits
(1) Journ. de Barbier, 5.192.— Le premier président, dans une conférence particulière qu'il eut avec Louis XV, lui dit, les larmes aux yeux : « Sire, on vous trompe, il est temps de le voir. Le schisme détrône les rois avec moins de monde que les nombreuses armées n'en peuvent soutenir. » D'Argeoson, Mém.,~.lS8.
de la couronne (^'. » Le roi répondit: « J'ai pris des mesures pour retirer le curé de Saint -Etienne -du - Mont d'une paroisse dans laquelle il s'est conduit d'une manière plus capable d'échautfer les esprits que de les ramener à la lumière et à la concorde. Mon intention n'a jamais été d'ôter à mon Parlement toute connaissance des faits dont il s'agit, mais de me readre compte des dénonciations qui lui sont adressées sur de pareils objets, pour me mettre à même déjuger par moi-même des voies qu'il convient d'employer dans chaque circonstance; mon Parlement étant pleinement instruit de mes ordres , il cessera toute poursuite sur cette atfaire et continuera ses fonctions sans dilFérer, pour rendre la justice à mes peuples '2'. » Le Parlement avait obtenu gain de cause au fond, mais l'archevêque lui échappait et il n'était pas pleinement satisfait.
Le lendemain de la décision royale, il suspendit les poursuites commencées et défendit, par un arrêt du 18 avril 1752 '^•^^, à tous ecclésiastiques de faire aucun refus public de sacrements, sous prétexte de défaut de représentation d'un billet de confession, ou de déclaration du nom du confesseur, ou de l'acceptation de la bulle Unigenitus. Il leur fit pareillement défense « de se servir, dans leurs sermons, à l'occasion de la bulle Unigenitus^ des termes d'hérétiques, de schismatiques, de novateurs, de jansénistes, de demi-pélagiens, et d'autres noms de partis ; le tout à peine, contre les contrevenants, d'être poursuivis comme perturbateurs du repos public et punis selon la rigueur des ordonnances. » Cet arrêt fut accueilli avec une joie universelle, et les parlementaires devinrent
(1) Le 15 avril 1752. Journal de Barbier, 5.196. — (2i Anciennes lois , 22.251. — (.3) Dufej, Histoire des Parlements, 1.219. — De Tocqueville, Histoire philosophique du régne de Louis XV, 2.9ô. — Journal de Barbier^ 5. 208. — Anciennes lois, 22.252.