ARRÊT RELATIF A LA BULLE UNIGENITUS
les héros de la cause de la tolérance <^i\ Cet arrêt, toutefois, en imposant des conditions au sacerdoce dans l'administration des sacrements, ne pouvait mettre un terme aux funestes divisions qui existaient. Le clergé protesta, et le Conseil rendit un arrêt « pour empêcher les juges séculiers d'excéder les bornes de l'autorité qui leur est confiée, en imposant aux ministres de l'Eglise des lois sur des matières purement spirituelles, telles que la disposition des choses saintes, dont ils ne tiennent les pouvoirs que de Dieu seub^'. » Cet arrêt du Conseil, qui ménageait les jansénistes et les molinistes, ne satisfit personne ^"^K
L'exemple de Paris fut suivi ailleurs; le clergé persévéra dans l'exigence des billets de confession, et souvent le refus des sacrements fut accompagné du refus de sépulture, espèce de déshonneur qui révoltait les familles <^"*\ On prodigua l'accusation d'athéisme, et les chaires retentirent d'anathèmes contre les magistrats. De leur côté, les Parlements instruisirent contre les curés, les condamnèrent à l'amende, à l'exil, même à la prison, et ordonnèrent, par arrêt, l'administration des sacrements. Le désordre était partout et la religion se trouvait atteinte, parce que chacun allait au-delà de son droit. C'est en appréciant ces luttes et l'état des esprits, que lord Chesterfield écrivait, en 1752, à son fils : « Tout ce que j'ai jamais rencontré dans l'histoire de symptômes avant-
ci ) Paillard , Les grandes remon. Retue de F,', août 1876,417. — On acheta, dans Paris, plus de dix mille exemplaires de l'arrêt du 18 avril 1752. Chacun disait : -< Voilà mon billet de confession. .. Dans- quelques maisons, on l'encalrait sous verre avec une baguette d'or. Rocquain, L'Esprit révol. avant la Révolution, 156. — (2) Le 29 avril 1752. Anciennes lois, 22.252. — (3) Journal de Barbier, 5.214. — (4) « Pour apprécier le caractère de l'intervention du Parlement, il faut, en cette matière, ne pas oublier, dit M. Martin. Histoire de France, 15.445, que le refus de sacrement entraînait le refus de sépulture, et, par conséquent, une note d'infamie pour le défunt et pour sa famille. La magistrature était donc bien fondée à intervenir au nom de l'ordre public et du droit social. »