INQUIÉTUDE DANS PARIS
les évêques ! » On craignit une révolte et, durant huit jours, tout le guet à cheval parcourut la ville, pour agir au premier mouvement du peuple ^en faveur du Parlement disgracié. La publication des remontrances qui justifia l'attente des Parisiens, n'avait eu lieu que de l'aveu tacite du Parlement. Aussi , la Grand'Chambre , par déférence pour le roi, qui avait refusé de les entendre, les supprima « comme imprimées sans permission f^^. » Par le même arrêt, elle condamnait au feu deux estampes en l'honneur du Parlement, mais offensantes pour le souverain. L'une avait pour titre : Justitia relegata, flecti nescia; l'autre, Senatus optimo prmcijn. Les rigueurs du gouvernement allèrent ainsi contre leur but. Jamais le prestige du Parlement ne fut plus grand. Le Châtelet, les Cours des aides, des comptes, des monnaies, l'Université, envoyèrent à la Grand'Chambre des députés chargés de la féliciter. Le barreau de Paris et les Parlements provinciaux s'associèrent aux doctrines de la magistrature parisienne, et le mal de tout ceci fut que les aiFaires des particuliers se trouvèrent complètement abandonnées.
Loin de s'éteindre, la guerre du schisme et des évocations s'étendit de Rouen jusqu'à Aix. Le Parlement de Rouen se distingua, entre tous, par l'esprit de ses poursuites relatives aux refus de sacrements, et il fallut recourir à la force armée pour biifer un de ses arrêts contre le clergé ^^K Le Parlement protesta contre ces voies de fait et rédigea des remontrances dans lesquelles on lit : « Le schisme qui excite votre zèle menace également la religion de l'Etat. Les ecclésiastiques sont redevables au peuple des sacrements, dont ils sont les ministres et non LES MAITRES. Lorsqu'ils les confèrent aux malades, ce n'est point une grâce qu'ils accordent, mais un devoir
(1) Arrêt du 28 mai 1753. Rocquain, L'Esprit révol. avant la RévoL, 172. — (2) Floquet, Histoire du Pari, de Normandie, 6.284.
dont ils s'acquittent. Refuser les sacrements à un malade, c'est l'excommunier, le priver des secours les plus nécessaires et les plus précieux, le déshonorer aux yeux du peuple. C'est se rendre coupable envers l'Etat et enfreindre les lois. La diffamation des sujets, le scandale public, le trouble de la société, suites nécessaires de cette prévarication, en font un délit, que les dépositaires de votre autorité sont tenus, en état et en droit, de poursuivre. Mais qu'est-ce, lorsque ces refus, fruits d'un projet formé, fondé sur un prétexte qui s'étend à une multitude de personnes, diffament des ecclésiastiques et des fidèles de tout état, de toute condition, et les mettent au rang des ennemis de l'Eglise, lorsqu'ils opèrent un schisme dont les suites, si funestes à la religion, sont propres à ébranler les fondements de la société politique !... Vos Parlements, dépositaires des maximes fondamentales et des lois du royaume, ne pouvaient se dispenser de réprimer tout ce qui altère la liberté légitime des citoyens et tend à blesser les droits inaliénables de la souveraineté. Or, les refus publics, arbitraires et injustes des sacrements, intéressant, au premier chef, le repos et la tranquillité publique, tendent aux divisions les plus funestes, donnent souvent naissance à des émotions séditieuses. Les arrêts du Conseil^ des 26 mai, 13 et 23 juin, ne pourraient subsister sans jeter le trouble dans l'Eglise et dans l'Etat; le schisme y trouverait un appui, les ennemis de la paix, assurés de l'impunité, se livreraient à toute l'ardeur de leur faux zèle ; il n'est point de degré d'autorité qu'on ne donnât bientôt à la bulle <^^. »
Trois présidents, six conseillers et les gens du roi furent mandés à Versailles à l'occasion de ces remontrances, et le chancelier de Lamoignon leur adressa une dure semonce, que le Parlement de Normandie refusa formel-
(1) Le 16 août 1753. Floqnet, Hist. du Pari, de Normandie, 6.295.