CARADEUC DE LA CHAL0TAI
seillers du Parlement de Rennes, prévenus d'avoir cherché à exciter des troubles dans la Bretagne. Deux lettres anonymes avaient été adressées au roi sur les troubles de cette province. Un jeune maître des requêtes, de Galonné, qui les vit chez M"'® de La Vrillière, prétendit qu'elles étaient de la main du procureur général de La Chalotais. Arrêtés aussitôt, le procureur général, son fils, MM. Kerselin, de La Gascherie et de Montreuil, furent accusés d'avoir voulu mettre des bornes à l'autorité royale, en réunissant tous les Parlements dans une résistance commune, et l'affaire prit les proportions d'un vaste complot contre la couronne.
Ce procès fut attribué à une commission composée de conseillers d'Etat et de maîtres des requêtes. Elle se réunit à Saint-Malo. La Bretagne frémit de ce coup d'autorité et révéra, dans les magistrats qu'on lui enlevait, les soutiens de sa liberté*'^\ Les Parlements s'étaient trouvés atteints dans leurs droits, par le fait des magistrats ainsi arrachés à leurs juges naturels, et ils avaient présenté de fortes remontrances. Le Parlement de Paris avait été le premier à protester contre l'établissement d'un tribunal « du genre de ceux que tant de traits de l'histoire avaient dévoués à l'indignation publique *^^^ » Le gouvernement s'offensa de cette protestation, qui représentait un acte de la royauté comme une violation des lois.
Louis XV, après avoir exprimé, dans le lit de justice tenu au Palais de Justice le 3 mars, qu'il ne devait aucun compte à personne de la manière dont il en avait usé à l'égard des Parlements de Pau et de Rennes, et qu'il avait déjà proscrit le système d'unité des Parlements du royaume qu'on voudrait établir en principe, en même temps qu'on osait le mettre en pratique, ajouta : « Je ne souffri-
(l) Villemain, Cours de litt. franc., 3.410. — (2) Arrêt du 11 février 1766. Rocquain, L'Esprit révol. avant la Révol., 256.