IM. HAVILAND
grande netteté. Cette mixtion permet de réserver en blanc les détails les plus délicats.
Le reste de l’exposition de M. Haviland présente les progrès que la maison a obtenus dans divers genres. Nous citerons entre autres des échantillons de tasses à thé avec des fleurs de convention. Ces fleurs sont peu finies, et cependant elles paraissent très ouvragées et font un bon effet; leur prix varie entre 85 c. et i fr. 25 c. ; des génieux à ornements blancs enlevés sur fonds tendres de différentes nuances et décorés en or, sont, cotés de 7 à 10 fr. Ces enlevages se font au moyen du procédé décrit plus haut. Jusqu’ici les pièces ainsi décorées n’avaient pu entrer dans le commerce.
Les objets ornementés acquièrent une valeur nouvelle lorsqu’on peut les recouvrir d’un fond ou glaçure tendre. M. Haviland apporte un soin extrême à cette partie de la fabrication , et là encore il a obtenu des résultats inattendus. Nous avons vu une charmante assiette dont le fond , couleur de chair et bordé de perles vert chrome, est cuit au feu de four. Ordinairement on obtient le chair rosé en trempant les objets en cru dans un bain d’or; à ce procédé coûteux, M. Haviland en a substitué un autre qui est d’une grande économie. Une petite coupe porte sur un fond vert-bleu des émaux et des paillons d’or qui ont été cuits en un seul feu ordinaire de moufle; il y a encore des potiches décorées avec des rubans et des filets en spirale , en or et en
LÀ PORCELAINE
couleur, qu’il serait impossible d’exécuter avec les procédés ordinaires , et qu’on obtient par des tournettes fabriquées spécialement pour cet objet.
Le manque de temps et d’espace nous oblige à clore ici celle description bien incomplète cependant. Mais nous croyons avoir suffisamment démontré que M. Haviland a donné un essor immense à la peinture sur porcelaine. Chacun dé ses essais est une découverte, chacun de ses pas un progrès, une amélioration ; et les nombreux élèves qu’il forme répandent chaque jour dans l’industrie les préceptes qu’ils ont reçus de lui. Son nom est donc acquis désormais à l’histoire de notre belle industrie.
M. Haviland s’est décidé à ouvrir un dépôt à Paris, et il a traité à ce sujet avec M. Dommartin , jeune industriel très avantageusement connu dans le commerce de la porcelaine.
Qu’il nous soit permis, avant de clore cet article, de dire un mol de la magnifique usine que M. Haviland fait construire dans l’avenue du Crucifix. Tous ceux qui l’ont visitée s’accordent à dire que les proportions en sont habilement calculées, les dispositions fort heureuses. Les ateliers de peintures sont inondés de lumière et communiquent , par de larges issues , dans un vaste hangar, où vingt moufles attendent leurs produits. D’immenses magasins correspondent à toutes les portes de l’édifice et, par leur distribution , permettent de classer les marchandises avec ordre et méthode.
M. SAZERAT
L’idée fondamentale de cette construction est due à M. Haviland , et M. Régnault, architecte de la ville de Limoges , en a exécuté le plan et dirigé les constructions d’après son programme. Pendant la durée de l’exposition, M. Haviland, semblait heureux d’en faire voir les détails à ses nombreux visiteurs : c’est dire assez combien il apprécie le beau talent et le caractère honorable de son habile auxiliaire.
M. SAZERAT
A côté des brillants produits deM. Haviland, figurait une modeste collection de porcelaines en blanc, sur lesquelles l’œil glissait d’abord sans s’arrêter, niais qui fixaient peu à peu l’attention par la beauté de la matière et la pureté des formes. C’était l’exposition partielle de M. Sazerat , jeune fabricant instruit qui, quoique à peine établi depuis deux ans à Limoges, a su déjà prendre une place honorable dans notre industrie.
A part quelques coffrets , de la décoration desquels Very de Paris s’est chargé, à part une potiche de grande dimension qui est encore au globe, toutes les pièces de celte exposition sont prises dans la masse de celles que M. Sazerat livre au commerce; il n’offre donc au public que ce qu’il fait chaque jour.
LA PORCELAINE
Le premier objet qui frappe la vue est un joli service à thé, forme Sèvres, très blanc et très léger, qui a le grand avantage d’être d’un usage facile. Il arrive en effet trop souvent que les marchands en gros se plaignent des défauts des services en porcelaine. Tantôt le fabricant, pour donner au col d’une théière une ondulation gracieuse , l’arrondit trop fortement , et la veine fluide ne peut plus sortir que par sacèades ; tantôt il en aplatit trop le bec, et la veine s’éparpillant, le liquide coule sur la paroi extérieure du vase ; tantôt enfin, l’anse n’ayant pas une longueur suffisante , demande dans le traversement un effort de poignet identique à celui qu’il faudrait à un levier trop court pour vaincre une résistance de un ou deux kilogrammes. M. Sazerat a cherché , autant que possible , dans toutes ses pièces de service, à obvier à cet inconvénient, et il nous semble qu’il a réussi.
La question de la porcelaine mince a été résolue partiellement par plusieurs fabricants de Limoges. Nous (lisons partiellement , parce qu’ils n’ont pas employé le procédé du coulage qui seul permet d’obtenir une grande régularité. Ce procédé rs’a pas pris faveur à Limoges , en raison des frais qu’il occasionne. Indépendamment des soins qu’en nécessite l’application , la porcelaine faite en versant dans des moules de plâtre convenablement préparés la matière prise à un état de liquidité convenable, décompose rapidement la sulfate de chaux, et forme. une cou*»
M. SAZERAT
elle cristalline qui ne jouit plus d’aucune propriété absorbante ; il faut, par suite, compter sur une dépense de plâtre dix fois plus considérable que pour le moulage à la housse. Enfin le mode particulier de préparation des pâles, ratteution qu’il faut apporter au broyage, élèvent dans une proportion assez forte le prix de la main-d’œuvre.
Dans les conditions ordinaires du moulage sur le tour, il est impossible de faire rondes les tasses auxquelles on veut donner une légèreté approchant de la coque d’œuf. Quelque légère que soit l’anse, qu’on peut d’ailleurs faire creuse, la tasse se gauchit du côté de l’anse, dés que la température du four a amené le ramollissement de la matière. Pour éviter cet inconvénient, on cuit les tasses légères à houcheton , c’est-à-dire l’ouverture tournée en bas , reposant sur une rondelle de porcelaine très droite qui ne peut servir qu’une fois , puis on polit sur le tour le baril de la tasse ainsi obtenu.
Par une disposition d’une simplicité extrême , une seule rondelle suffit à M. Sazerat pour cuire deux tasses. Il obtient ainsi l’avantage d’avoir la moitié de ses pièces cuites avec un pied émaillé et toujours exemptes de grains; de plus, ses tasses çnt une ténuité qui en double le prix , sans que la réussite en souffre.
Parmi ies articles de M. Sazerat , nous avons vu une potiche du travail le plus consciencieux et d’une harmonie parfaite entre les détails et l’ensemble ; une
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carafe à bouquets de feuilles et de Heurs mats retombant sur les côtés ; un cornet avec grappes en pendentifs; un beau petit vase élancé dont les garnitures laissent voltiger de£ campanules de jardin qui produisent une décoration de bel effet. La même carafe, portant des garnitures enroulées, donne naissance à des fleurs de Gobea formant torchères. Cette pièce, d’une difficulté réelle, sera appréciée. Le système de supports employés par M. Sazerat est tel, que la réussite de cet objet lui est aussi facile que celle de ses articles de fabrication ordinaire.
Puisque nous parlons de difficultés vaincues , nous devons signaler d’une manière spéciale une coupe tournée, dont la tige, mince comme la paille, supporte trois consoles sur lesquelles repose la vasque ainsi isolée de la tige. Indépendamment de la difficulté du tournage, il fallait surtout éviter que la coupe, lorsqu’elle produirait au four son mouvement de détorsion , n’isolàt les consoles soit de la vasque, soit du pied , et de plus, il fallait placer ces consoles dans une position symétrique.
Il existe au musée de Limoges une pièce semblable qui vient de Sèvres ; mais elle a été cuite en trois parties, recollées ensuite par un feu doux. Dans le système de M. Sazerat, la coupe cuit à uu seul feu , et les consoles sont parfaitement droites. Notre compatriote se propose d’envoyer, pendant le courant de l’Exposition, un guéridon à trois étages, monté
M. SAZERAT
d’une manière aussi délicate que ces petites coupes, et cuit à un seul feu.
Le moulage sur nature a fourni !e motif d’un beau baguier. C’est une feuille de choux frisé,, supportée sur une troncature de tige. La branche est enroulée avec des campanules des champs. M. Lesme pourra, avec ce modèle, tirer un beau parti de ses peintures en Palissy.
Nous ne croyons pas devoir insister beaucoup sur les charmantes boîtes à bonbons qui ont valu à M. Sazerat les félicitations de Constance Aubert. Tout Limoges les a admirées, le 1er janvier, dans les magasins de M Beaubrun ; mais nous devons louer sans réserve de beaux biscuits, dont quelquesuns sont dus au talent naissant de M. Ferru fils, qui, après un an et demi de pratique , se révèle en artiste d’avenir.
La pâte de ces biscuits, déjà fort belle, est rendue plus délicate encore par une addition d’une certaine quantité de silicate de magnésie trouvé dans le pays. Ce mélange augmente sensiblement l’onctuosité de la pâte sans en altérer la plasticité.
Enfin , pour terminer 1 , mentionnons encore un
1 Au moment de mettre sous presse, nous apprenons que M. Farge vient de se décider à exposer. M. Sazerat lui a gracieusement cédé une place dans le compartiment qui lui est réservé, et, en retour, notre habile artiste a décoré diverses pièces exclusivement sorties des ateliers de son jeune ami.
En première ligne, citons une potiche de i mètre de hauteur, sur
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coffret sur lequel repose un faisan, un autre qui supporte une jeune fille, dont le torse est parfaitement modelé et se montre à nu. Un troisième a pour
laquelle M. Farge a déversé à flots toute la richesse de son imagination. A travers des touffes de fleurs des nuances les plus fraîches et des tons les plus vrais, l’œil aperçoit des groupes de nymphes qui se perdent et se fondent, pour ai n i dire, dans le lointain. Ce dessin est d’un vaporeux, d’un effet que l’on comprendrait difficilement sans l’avoir vu.
Puis vient une potiche de plus petite dimension, dont le fond bleu est rehaussé par des pampres d’or. Sur le col de cette pièce se détache une guirlande de roses dont chaque fleur est une miniature. Pour montrer la beauté de sa palette, l’artiste a donné à chacune d’elles une nuance différente, et ces nuances font de son bouquet un magnifique spécimen de toutes les variétés de cette reine de nos jardins.
Mais comment décrire la grande coupe, qui est, à nos yeux , la pièce principale de l’exposition -de M. Sazerat?
La vasque, qui a plus de 6 pouces de diamètre sur à peine 1 pouce de hauteur à son centre , a la ténuité d’une soucoupe de Sèvres, et cependant, ni le poids de la main de l’ouvrier, ni le travail de la cuisson n’en ont gauchi les contours. C’est un chefd’œuvre de légèreté, et le talent de M. Farge en rehausse encore la valeur.
Puis viennent des tasses légères comme la coque de l'œuf, sur lesquelles des oiseaux au brillant plumage voltigent au milieu des fleurs ; un service de platerie décoré dans un genre tout a fait nouveau, et enfin une série d’articles courants. M. Farge a compris que, dans une exposition, il fallait présenter à côté des œuvres d’art du bon à bon marché, et il offre au jury des choix charmants dans ce genre.
Certes, l’exposition de Limoges était déjà bien riche, mais on peut dire sans Crainte que les efforts combinés de MM. Fargq et Sazerat ont ajouté un nouveau fleuron à notre couronne industrielle.