‹ Aperçu statistique de l'Exposition de Limoges en 1855Chapitre 35 sur 58 · L-IAIL’RIMERIE · texte numérisé non relu

L-IAIL’RIMERIE

années. Us consomment chaque année , en moyenne, 15,000 rames papier carré.

Une fabrique de cartons , qui produit 50,000 kil. par an, y est adjointe, et alimente leurs seuls ateliers de reliure.

Ils occupent à Isle, dans l’imprimerie et la cartonnerie, soixante-dix ouvriers.

A Limoges, ils ont un second établissement typographique, qui se compose d’un atelier de composition , d’impression et de stéréotypie , et qui occupe dix ouvriers.

C’est à Limoges que la reliure , le cartonnage , la brochure s’exécutent. Douze ateliers sont alimentés par eux, et ces ateliers, qui travaillent à façon , emploient au moins trois cents personnes.

Un seul atelier de reliure, peut-être le seul en France, fonctionne dans la commune de Panazol , près de Limoges : celui de Mme veuve Soudanas.

Dans ces divers travaux , MM. Ardant occupent donc environ quatre cents ouvriers.

Cinq voyageurs sont constamment en route, en France et à l’étranger, pour faire connaître leurs nouvelles publications, qui, comme la pensée, doivent chaque jour revêtir une forme nouvelle, mais qui, la plupart, s’adressent à la jeunesse de nos écoles et aux fidèles catholiques.

MM. Aidant et Barbou ont obtenu une mention en 1830, et une médaille en bronze en 1844. Cette

'mm. ardillier père et fils.

même année, la ville de Limoges leur décernait une médaille en argent de première classe.

Les ateliers de la maison Barbou sont à Limoges même. Ils contiennent trois presses mécaniques et neuf presses à bras. Des ouvriers spéciaux y travaillent au clichage, qui s’y opère sur une grande échelle.

MM. Barbou expédient chaque année de 1 ,300,000 à 1,400,000 volumes; le catalogue des livres de morale qu’ils éditent chaque année est aussi riche que varié.

Ils occupent environ, quatre-vingts compositeurs ou imprimeurs et autres ouvriers. Ils font faire à domicile la reliure, qui occupe continuellement cent cinquante personnes, y compris les plieuses et les brocheuses.

Dans ce chiffre ne figurent pas un grand nombre de mères de famille qui ne travaillent qua leurs heures de loisir.

Ils consomment par an 16,000 rames de papier.

Limoges compte encore quatre imprimeries.

MM. Chapoulaud frères utilisent trois presses à bras et une demi-presse mécanique, qui suffisent au travail de dix ouvriers. Cette maison fait les travaux administratifs, les ouvrages de ville et spécialement les impressions d’auteur ; elle consomme annuellement 3,000 rames de papier.

L’imprimerie Ard il lier père occupe quatre impri-

L'I'MPRIMERIE.

meurs sur deux presses à bras et deux compositeurs. Elle édite annuellement 150,000 Almanachs, 5,000 Alphabets syllabiques, 4,000 petits Paroissiens, la Bible, r Imitation de Jésus-Christ, les Heures, la Morale en action, etc. , et consomme 1,000 rames de papier.

En 1827, M. A rdi 1 lier père 'édita une Histoire populaire de Napoléon, dont il était l’auteur. Cet écrit fut frappé par la censure. M. Ardillier persisia cependant dans sa publication , et aujourd’hui elle a atteint le chiffre de soixante mille exemplaires et sa vingtième publication.

La maison Ardillier fils, indépendamment des travaux administratifs et de ville qui lui, sont confiés , fait plus particulièrement encore sa principale spécialité de l’impression des journaux. Depuis quatorze ans, *cette imprimerie qui occupe ordinairement dix compositeurs et quatre imprimeurs, a constamment imprimé ou édité tous les journaux d’ordre politiques ou judiciaires qui se sont publiés. Les trois presses qu’elle possède consomment annuellement de 2,000 à 2,500 rames environ de papier.

Le Recueil judiciaire et le 20 Décembre sortent de ses ateliers.

La maison Ducourtieux et Cî0 possède deux presses à bras, un choix de plus de cent cinquante types de caractères différents. Elle emploie habituellement

LA RELIURE

deux imprimeurs et trois compositeurs, et consomme annuellement 600 rames de papier.

Depuis quelques années, elle a édité quelques ouvrages sur le Limousin. Outre V Annuaire qu’elle imprime depuis 1849, et qui se fait remarquer par un classement méthodique et l’abondance des documents qu’il fournit, nous citerons une Revue archéologique et historique , guide du voyageur dans le Limousin, et un programme d’un cours d’archéologie.

On peut évaluer à quatorze cent mille francs la valeur des produits de l’imprimerie à Limoges. C’est quatre cent mille francs de plus qu’en 1844.

LA RELIURE

La reliure a suivi toutes les phases de l’imprimerie. Avant la révolution on comptait à Limoges trente relieurs qui avaient un grand nombre d’apprentis. « Ces derniers, dit la Statistique de 1808, » n’acquéraient jamais l’instruction nécessaire pour » ünir un livre propre, parce qu’ils étaient presque » toujours occupés à la camelotte; mais ils se dé- » paysaient aussitôt qu’ils avaient terminé leur ap- » prentissage ; c’est ce qui fait qu’à Paris, Lyon et » Bordeaux, et dans plusieurs autres villes considé- » râbles de France, on trouve beaucoup de relieurs » limousins. »

LA RELIURE

Eli 1808, il n’y avait à Limoges que six relieurs, et encore, dit la même Statistique, avaient-ils de la peine à se procurer du travail et à vivre de leur état. L Annuaire de la Haute-Vienne de 1855 donne le nom de dix-huit ateliers de reliure pour la seule ville de Limoges. Aucun de leurs propriétaires ne s’est décidé à exposer, et nous en sommes réduits à regretter de n’avoiç pas l’occasion de luire valoir le talent modeste, mais sérieux, d’habiles ouvriers comme MM. Fournier, Malinvaud, Parvit, Garrigue

La basane employée dans la reliure vient en partie de Paris et en partie du Limousin. On préfère les premières quoiqu’elles soient d’un prix presque double, parce qu’on reproche aux produits du Limousin d’être d’une qualité inférieure et de ne devoir qu'au pinceau leur coloration. Celles de Paris, au contraire, sont teintes à la cuve et y sont immergées assez longtemps pour que le cuir soit saturé de couleur.

MM. Ardant et Barbou emploient spécialement les cartonnages à la Bradel et la reliure en toile anglaise. On sait que les gaufrures et les reliefs qui décorent ce genre de couvertures , sont obtenus par de puissantes machines et rehaussés avec de l’or fin ou de l’or d’Allemagne. Les Bradel viennent de Paris; les toiles gaufrées sont imprimées à Limoges par de puissantes et belles machines.

Nous ne terminerons pas cet article sans faire un

LA PA PET K lll K.

éloge mérité des reliures riches de la maison Barbon. Le velours, l’écaille, l’ivoire en forment la base, el sont ornés de sculptures délicates et d’ornemenlations en or et en argent, On comprend que le texte de ces beaux livres est imprimé sur un papier superfin , digne en tout de la gracieuse clientèle à qui il s’adresse.

LA PAPETERIE

Avant la révolution de 1789, Limoges était renommée pour la fabrication de ses papiers d’impression ; on en faisait des envois considérables en Hollande, à Hambourg et à Lisbonne. L’imprimerie royale les employait de préférence pour quelques parties de son service, et partout on les recherchait pour les éditions précieuses destinées à enrichir les bibliothèques.

Ces usines fournissaient en outre les papiers bules ou lombards qui servent au pliage des épiceries et autres marchandises. On y fit même, pendant quelque temps, des papiers de timbre et des cartes à jouer.

Les guerres de la révolution fermèrent tous les débouchés étrangers, et Paris devînt le seul entrepôt de cette partie de nos produits. Cependant, en 1808, le département de la Haute-Vienne comptait encore quarante-sept cuves placées sur divers étangs, sur

LÀ PAPETERIE

la Vienne, l’Aurence , le Tarn, la Garlempe et la Glane.

Ces quarante-sept cuves fabriquaient l’un (jans l’autre 1,300 rames de papier par année, soit un total de 61,100 rames du poids moyen de 7 kilog. et demi.

Elles occupaient pendant deux cent trente jours de l’année cinq cent soixante-quatre ouvriers, y compris les femmes et les enfants occupés à étendre et à plier le papier. La proportion moyenne des salaires, répartie sur toutes les têtes? était de 75 c. par jour. Le chiffre total de la fabrication s’élevait par an à 397,150 fr. et laissait un bénéfice de 72,704.

A cette époque, on citait notamment MM. Georges Pouyat et Chapoulaud pour la beauté de leurs papiers fins à écrire, et M. Koulhac-Rochebrune , pour ses papiers carrés fins d’impression « qui sont supérieurs à tout ce qui s’était fait en ce genre dans les fabriques du Limousin. »

Vers 1834, le département comptait soixante-dix cuves en activité, qui produisaient au moins par jour 500 rames de papier, et qui fournissaient un chiffre annuel d’affaires d’environ un million.

Plus de deux cents familles y puisaient leurs moyens d’existence; plus de trente familles y étaient occupées. — C’était pour le roulage un poids quotidien d’environ 3,000 kil. G

Louis Arcjant : Statistique de S 854.

LA PAPETERIE

En 1839, M. Laforest écrivait dans les Nouvelles Ephémérides de la Haute- Vienne : « En parlant des » établissements auxquels la Vienne prête le secours » de ses eaux, nous nous trouvons naturellement » amenés à nous occuper des papeteries. Elles sont » nombreuses, et jouissent d’une réputation aussi )> ancienne que méritée — Aujourd’hui, les princi- » paux débouchés de ces papiers sont Paris, Bor- » deaux et Limoges même, dont les industries en » absorbent une grande quantité. MM. Koulhac , » Chapoulaud , Lacoste, Georges Pouyat, Disnema- » tin-de-Salles , Corret , ont droit à de justes éloges » pour les soins qu’ils ne cessent d’apporter à cette » intéressante fabrication.

» La médaille obtenue, il y a quelques années , à » l’exposition, par M. Roulhac, dut être pour lui » une récompense d’autant» plus flatteuse, que long- » temps d’avance elle lui avait été décernée par les » suffrages de ses concitoyens.

» Outre les papiers d’impression, MM. Chapou- » laud et Georges Pouyat fabriquent des papiers à » écrire, qui, sans avoir encore atteint la supério- » rité de ceux d’Angoulême, sont d’une remarqua- » ble beauté. Il sort encore de nos papeteries beau- •» coup de papier lombard , plus ou moins commun, » destiné au pliage. »

Ainsi, à cette époque encore, nos papeteries étaient florissantes et prospères. Cinq ans plus tard , les choses étaient complètement changées. « A cette

LA PAPETERIE

» heure, s’écriait, dans l'Ordre du 11 avril 1844, un » de nos principaux industriels, à cette heure, c’est » à peine si nous comptons çà et là quelques fabri- » ques de papier. Elles sont presque toutes inactives » et désertes; fabricants et ouvriers ont disparu, et » les usines, ces valeurs immobilières qui, dans les » mains de l’industrie , sont une source de richesse , » ne sont plus qu’un motif de regret et de misère.

» Trois villes importantes, Limoges, Saint-Léo- » nard, Saint-Junien , ont vu tour à tour s’anéantir » cette vieille industrie que nos pères nous avaient » léguée florissante.

» Nous voudrions pouvoir proclamer bien haut » que, dans cette circonstance, ni notre force, ni » notre intelligence, ni notre volonté n’ont fait dé- » faut, et qu’il nous a fallu céder à une de ces néces- » sités industrielles qui, déplaçant les centres d’action, » privent forcément un pays de ses anciens avantages » sans qu’il puisse s’y opposer.

» Mais telle n’est pas notre pensée. Nous dirons, » au contraire, que l’esprit de routine, la crainte des » innovations utiles ont triomphé des intérêts du » pays, et ont paralysé dans nos mains les éléments )> puissants qui s’y trouvaient et qui, nous le disons » avec plaisir , s’y trouvent encore. »

Quoique bien triste encore , ce tableau a déjà pris, au moment où nous écrivons, des teintes moins sombres, et l’on voit déjà poindre pour la fabrication du papier un avenir plus riant. Une nouvelle indus-

LA PAPETEKIE.

trie, l’emploi de la paille pour la fabrication des papiers , s’est établie dans la Haute-Vienne et a déjà reçu d’heureux développements ; en même temps des papeteries mécaniques s’élèvent autour de Limoges, et promettent de pouvoir bientôt dépasser les besoins de la consommation locale.

Il existe aujourd’hui dans notre département, et notamment aux environs de Saint-Junien et de Saint-Léonard , quatorze à quinze cuves où se fabrique le papier de paille ; chacune d’elles occupe une moyenne de dix ouvriers , et toutes ensemble elles peuvent livrer au commerce 1,500 kil. de papier par jour , soit pour trois cents jours 450,000 kil. En outre , cinq fabriques de papier de paille à la mécanique font par jour chacune 500 kil. , soit en tout 750,000 kil. par an. Ce papier vaut en fabrique environ 28 fr. les 100 kil. ; c’est donc un chiffre annuel d’affaires d’environ 350,000 fr.

La papeterie mécanique compte deux usines eu activité. L’une, située au moulin du Buis, commune de Condat, appartient à MM. Chapoulaud, et fabrique de 1 5 à 16,000 rames de papiers, qui se vend à Limoges et dans quelques départements voisins. MM. Thibaut et Defaye ont établi la seconde sur l’Aurence; elle est en activité depuis environ six mois. Enfin , MM. Jouhaud frères en construisent une troisième sur la Vienne , entre Limoges et Aixe.

Il est à regretter que quelques échantillons du papier de paille n’aient pas été envoyés à l’Exposi-

LA PAPETERIE

lion. Nous en avons vu qui venaient de quelques fabriques étrangères au département et notamment de Paris et de Toulouse, et ils ne nous ont nullement satisfaits. Les uns conservent dans le corps de la pâte des débris de paille, les autres se déchirent au moindre froissement.

Les papiers de Paris sont faits avec la paille tirée de la litière des chevaux. Quoique soumis à un lavage énergique avant la trituration, ils conservent une teinte noirâtre peu flatteuse à l’œil.

Les produits de la Haute-Vienne, au contraire, sont d’un beau jaune, d’une souplesse suffisante et bien purifiés de matières étrangères. La ville de Saint-Junien se fait surtout remarquer par Sa beauté de la fabrication.

MM. Thibaut et Defaye envoient à l’Exposition cinq qualités de papiers mécaniques, très beaux et très blancs ; l’épaisseur de la pâte est égale partout et l’on ne remarque pas au jour ces espèces de nuages, ces taches blanches, trop communes dans la fabrication ordinaire.

il y a donc dans cette partie de nos produits un progrès; espérons qu’en grandissant, il fécondera d’autres industries qui ont pour base le papier et ses divers emplois.

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