III. — GANTERIE
Lorsque Scarron, dans son Eneïde travestie, parlait du développement de la ville de Carthage, et qu’il disait :
Gants de Grenoble el gants de chien Y sont vendus presque pour rien.
il commettait une injustice envers la ville de Saint- Junien qui, tout aussi bien que Grenoble, pouvait alors revendiquer l’honneur d’alimenter la France de ses produits.
En effet, sans rechercher, comme l’a fait un gantier trop tôt enlevé à son pays, M. Rigaud aîné, si l’industrie des gants à Saint-Junien remonte à l’époque où Louis XI venait visiter le pèlerinage de Notre-Dame-du-Pont, ou lorsque la mère de Henri IV était vicomtesse du Limousin , il est certain que.
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sous Louis XIV, cetle industrie était florissante. .Voiture en parle dans ses épîtres latines, et Mme de Sévigné, envoyant dans nos pays des gants de Frangipane, dit que les Limosins ne doivent pas en être jaloux , car le marquis de Frangipani n’est pas un
gantier ordinaire Au commencement du xvine
siècle, avant que Paris fût le centre de cette fabrication , avant que Niort , Milhau , Lunéville eussent aucune manufacture , Saint-Junien étendait au loin sa réputation; car Savary des Brûlons disait, dans son Dictionnaire des Marchandises : « Les fabriques » du Limousin font des étoffes de laine; des cuirs, w desquels il y a plusieurs tanneries sur la Vienne , » dont les eaux sont très bonnes pour les apprêts ; » des gants qui se font en quantité à Saint-Junien » et dans quelques lieux voisins. »
Paris ne fabriquait alors que les gros gants ; Blois avait seulement « quelque ganterie » qui s’envoyait à Paris; Vendôme en comptait cinquante maîtres; Grasse, qui n’a plus l’ombre de ce commerce, était renommée pour ses gants parfumés; enfin Cosne, Clamecy, Saint-Fargeaud, Sainle-Menehould et quelques autres petites villes occupaient un rang secondaire dans cette industrie.
Cependant il ne paraît pas qu’à cette époque le commerce des gants se soit étendu à Saint-Junien sur une échelle considérable. La difficulté des communications et l’esprit peu hasardeux des anciens maîtres, ont dû nécessairement restreindre la fabri-
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cation. D’ailleurs les droits de fermage, les impôts pesaient lourdement sur les petits gantiers. Ainsi il y avait en 1698, dans le Poitou, à un endroit appelé La Barre, sur la route de Limoges, un bureau des traites foraines, où les fermiers de la gabelle rançonnaient les sels de Brouage , les cuirs et autres marchandises du Limousin. Plus tard encore et après la suppression de ce bureau, l’établissement du droit unique et général que percevait la régie fît éprouver à la ganterie de rudes échecs et lui causa de notables préjudices.
La révolution de 1789, l’établissement et surtout la chute rapide du papier-monnaie, faillirent enlever à Saint-Junien toutes ses ganteries. Pendant dix ans, on dut s’abstenir de fabriquer. L’Empire releva les usines, mais ce ne fut guère qu’après 1830 que cette industrie prit un sérieux accroissement.
Sous l’Empire , la fabrication des gants représentait tà Saint-Junien une valeur de 132,000 fr.
En 1844, elle s’élevait à 250,000 fr. ; aujourd’hui , il se confectionne à Saint-Junien 53,000 douzaines de paires de gants , représentant une valeur moyenne de 900,000 fr. , auxquels il faut ajouter le produit de la vente des laines des peaux d’agneau, de la colle et des débris, qu’on peut évaluer à