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Les gants de Saint-Junien sont tous faits de peaux cbagncaux, tirées des départements du sud-ouest et
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de Limoges. Ces derniers sont dits agneaux de pays.
Dans l’achat de ces peaux, on traite à la douzaine pour les premières, qui sont les plus grandes et les plus chères, et quelquefois au demi-kilo pour les agneaux de pays. En général , les prix de la douzaine varient entre 13 et 28 fr. ; les agneaux de pays se paient de 3 à 4 fr. 50 c. le kil. ; mais la plupart, une fois débourrés, sont si faibles, si petits, qu’on n’en retire souvent que de la colle. Les peaux de Bordeaux sont à coup sûr la première qualité d’agneaux de France, pour la force, le nerf et la taille. Les agneaux de pays sont plus moelleux, plus fins, plus brillants, plus près de la nature du chevreau ; ils ressemblent à s’y méprendre aux agneaux de Turin , et donnent d’excellents gants façon chevreau. Mais la race ovine est si négligée dans les bergeries, le bétail paît si souvent dans des lieux humides et malsains, que la plus grande partie de ces peaux sont couvertes de taches , de durillons qu’on nomme farcin , et qu’il est besoin de n’employer que le premier choix.
Tandis que Grenoble demande à Annonay toutes les peaux mégissées dont il a besoin , Saint Junien les apprête lui-même ; les eaux de la Vienne sont excellentes pour la mégie, et, depuis vingt ans, les mégissiers de notre département ont réalisé de sérieux progrès dans celte partie de la fabrication. En ce moment même, MM. Rigaud frères montent sur la Vienne une usine dans laquelle, au moyen
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d’un mécanisme particulier, ils pourront donner aux peaux les premières façons et les dégraisser complètement. La distribution intelligente de cet établissement, l’économie avec laquelle l’eau se distribue dans toutes ses parties leur permettra bientôt d’opérer à peu de Irais, et, par conséquent, d’étendre encore le chiffre de leurs opérations.
Aujourd’hui, Saint-Junien donne très peu de peaux à teindre au dehors ; chaque maison s’est attachée un certain nombre de coloristes et d’ouvreurs qui y ont introduit les procédés les plus nouveaux. Le vieux système de teinture à 1 ’éponge est totalement abandonné, et l’on ne se sert plus que de couleurs fixes. Le jaune d’œuf et la farine sont employés pour assouplir la peau et lui enlever lacrelé que lui ont communiqué le sel et l’alun employés pour la mégie. Il faut de vingt à vingt-quatre œufs pour trente-six peaux , et quoique nos gantiers revendent facilement l’albumine, la chimie leur rendrait un sérieux service si elle trouvait une substance qui eût les propriétés du jaune d’œuf.
Les neuf maisons de Saint-Junien occupent environ cent vingt coupeurs, divisés en coupeurs forts et en coupeurs faillies, et quatre-vingts forts apprentis, cinquante coloristes et ouvreurs et environ quatrevingt-dix mégissiers. Le salaire des coupeurs est, en moyenne, de 2 fr. 25 c.; celui des mégissiers, de 1 fr. 90 c., et celui des coloristes, de 1 fr. 70 c.
La coulure des gants est confiée à environ cinq
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cents ouvrières de Saint-Junieri , de Chabanais et de Rochechouart. Ici nous avons à révéler un fait pénible : tandis que la mendicité dévore nos campagnes, tandis que le bureau de bienfaisance de Limoges inscrit par années de treize à quinze mille personnes, les gantiers de Saint-Junien manquent de couturières, et, pour répondre aux besoins de la consommation , ils sont obligés d’envoyer coudre leurs gants jusqu’à Lille et à Bayonne; le prix de ces façons s’élève parfois jusqu’à mille francs par jour.
La façon d’une douzaine de gants est payée 3 fr. ; combien de mères de famille, combien de jeunes filles ne pourraient-elles pas trouver par ce travail, fait dans leurs moments perdus, un allégement aux charges du ménage! n’est-il pas d’ailleurs triste de voir une partie de la fortune du département passer tous les ans sans profit dans des mains étrangères?
Nous voyons avec regret qu’aucune maison de de St-Junien ne s’est décidée à exposer. MM. Kigaud frères avaient demandé une place au palais de l’Industrie, mais certaines difficultés qu’ils ont éprouvées à Paris les ont engagés à y renoncer. Cette détermination est regrettable, non pas pour eux qui ont des succursales à Lille, à Bayonne et à Marseille, mais pour leur industrie en général. Les gantiers de Saint- Junien se plaignent d’être exploités par la capitale, et, en effet, leurs articles y sont tous vendus sous le titre de gants de chevreaux. Il en résulte que lé consommateur ignore les sources de la production et se
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trouve forcé de s’adresser à des intermédiaires, qui prélèvent un droit de commission et renchérissent ainsi les produits.
M. Dejean, de Limoges, représentera seul cette industrie. Il expose à la fois des gants et des peaux mégissées et teintes. Ces articles nous ont paru très bien travaillés; la couture des gants est parfaite et la teinture des peaux très unie et d’un beau ton de couleu r