II. — LES EXPOSANTS
MM. ALLUAUD.
La maison Alluaud, dont le chef est M. François Alluaud aîné, et qui a son siège à Limoges , livre à la fois au commerce des matières premières et de la porcelaine fabriquée ; elle se' présente à l’exposition avec ces deux branches de son industrie.
LA PORCELAINE
Les matières premières dont elle se sert sont extraites de diverses propriétés qu’elle possède dans les environs de Limoges.
Elle tire les kaolins des carrières de Marcognac , près de Saint-Yrieix-la-Perche. Ces carrières , découvertes il y a quatre-vingts ans , ont toujours appartenu à la famille. Elles fournissent annuellement une quantité moyenne de 25,000 quintaux métriques. L’exploitation s’en fait par trente-six manœuvres, louchant un salaire de 1 fr. ; quarante femmes payées à 60 c. , et dix enfants touchant chacun 50 c.
M. Aîluaud a découvert à Chanteloube, commune de Razès, des carrières de pegmatite, orthose, albite et quartz de granit à grandes parties, qu’il exploite depuis 1824 L Cette carrière produit annuellement 2,000 quintaux métriques ; elle occupe douze ouvriers manœuvres , dont le salaire moyen est de 1 fr. 10 c. par jour.
Les terres à gazette proviennent de La Malaize , canton de Saint-Juuien. Ce sont des argiles réfractaires dont l’extraction nécessite l’emploi moyen de dix manœuvres.
Enfin , il y a encore à Paynac , commune de Verneuil , des gisements de sables et de terre réfractaires qui occupent quatre ouvriers.
i On sait que les pegrnalites sont les roches-mères des plus beaux kaolins. L’orthose est un feldspath à base de potasse ; l’albile ou le leavelandite est un feldspath à base de soude.
MM. ALLUAUD.
La maison Alluaud possède deux usines à kaolin : celle de La Garde et celle du Château , à Aixe.
La première a été établie lors de la découverte des carrières de Marcognac. M. F. Alluaud l’a entière» ment reconstruite; mais il ne s’est pas borné à l’agrandir ; il y a établi des procédés particuliers pour broyer les pâtes et les sécher, que M. Brongniart a décrits dans son Traité des arts céramiques 1 . Ce savant cite surtout avec éloge l’appareil à filtration sur le vide dû à M. Alluaud. Ce moulin, qui livre annuellement à la consommation 15,000 quintaux métriques de matières, est mû par huit roues qui représentent une force d’environ trente chevaux. Il contient cinq grandes meules de 1^66 de diamètre; trente-six petites meules; un lavoir pour le caillou ; douze pilons pour pulvériser les tessons, le quartz, le feldspath, etc., etc. Il occupe vingt manœuvres, dont le salaire est de 1 fr. 25 c. par jour. On y trouve, en outre, un atelier de forge et un autre de mécanique.
La belle usine du château d’Aixe a été construite en 1854. Elle possède cinq roues motrices de la force de trente-six chevaux, qui mettent en mouvement trois grandes meules et soixante petites. Chaque grande meule vaut environ huit de ces dernières. Une petite meule produit environ 50 kilogrammes
1 Tome I, pages 100 et 108 de l’édition 1854.
LA PORCELAINE
de pâte par vingt-quatre heures, y compris les chômages , les terapà d’arrêt qui peuvent provenir des gelées, inondations ou sécheresses. Ce moulin, qui emploie quinze manœuvres, livre à la consommation annuelle 15,000 quintaux métriques de matières. Il renferme six presses à raffermir la pâte.
En 1798, M. Alluaud père avait construit, rue des Anglais, une petite fabrique de porcelaine. Cette usine n’avait qu’un four, et ce four lui-même ne mesurait que 2m66 de diamètre. C’est là que s'établit M. François Alluaud en l’an IX de la république, à son retour des armées.
Dès son début dans l’industrie, il attira sur lui l’attention des savants par des articles spéciaux publiés dans le Journal de Physique . A l’exposition de 1806, il obtint une mention honorable pour la blancheur de sa pâte et l’éclat de son émail. Le jury signala surtout son groupe des chevaux de Marly, « dont le beau mat et la blancheur égalaient la bonne réussite si difficile à obtenir dans des groupes de grande dimension. » En 1808, le rédacteur de la Statistique de la Haute-Vienne déclarait que « la porcelaine qu’on fabrique à Limoges, surtout celle de M. Alluaud, peut généralement rivaliser avec celle de Paris par son blanc et la solidité de la pâte. » Depuis cette époque , M. Alluaud n’a pas cessé ses études, et il suffit de lire le Traité des arts céramiques, qu’a publié l’illustre Brongniart, pour comprendre ce que la science lui doit.
M’M. ALLUÀÜD.
Sous l’Empire, la manufacture de M. Alluaud consommait annuellement 3,550 myriagrammes de pâtes et couvertes , 9,200 myriagrammes de terre argileuse pour les gazettes, et 3,000 stères de bois ; elle fabriquait soixante-dix fournées d’une valeur moyenne de 1,200 fr. chacune.
En 1816, M. Alluaud construisit la fabrique des Casseaux, sur la rive droite de la Vienne. Depuis 1842, cette usine a pris un immense développement. A celte époque, elle ne comptait que deux fours. Il en a été construit un troisième en 1843, et le nombre s’est élevé à cinq en 1850. Tous ces fours sont à quatre alandiers. M. Alluaud exploite directement une grande partie des bois que consomment sa manufacture. Les approvisionnements se font au moyen du flottage sur la Vienne et le Taurion.
Aujourd’hui , l’établissement occupe cinquante tourneurs français et six tourneurs anglais, ayant un salaire annuel moyen de 1,060 fr. ; cinquante mouleurs et garnisseurs, payés à 1,000 fr. ; quinze mouleuses et garnisseuses, payées à 550 fr. ; trois modeleurs et couleurs de plâtre, à 1,500 fr. ; cinq gazetiers, à 1,200 fr. ; douze enfourneurs, englobeurs, émailleurs, à 900 fr. ; trente-six retoucheuses, au salaire de 1 fr. par jour ; trente enfants, de 40 à 80 c. par jour; quatre-vingts ouvriers, manœuvres, etc., à 1 fr. 40 c. ; trente engazeteurs, à 1 fr. 50 c. ; six useurs de grains et polisseurs, au prix moyen de 1,400 fr. par an ; huit emballeurs, à
LA PORCELAINE
700 fr. ; enfin dix chefs d’ateliers et employés divers ; en tout, trois ceot trente-un ouvriers.
Les matières consommées consistent en :
Pâte, 630,400 kil. ; émail, 200,000 kii. ; terre à gazette, 1,300,000 kil.; bois, 16,000 stères; plâtre, 40,000 kil. ; houille, 200,000 kil.
Le produit annuel de la fabrication de la porcelaine blanche est en moyenne d’une valeur de 600,000 fr. La majeure partie en est destinée à l’exportation.
Pour être juste, disons que la prospérité toujours croissante de cette manufacture n’est pas due seulement aux connaissances de M. Alluaud. Si la fabrication a fait des progrès sous l’impulsion de la science, il faut reconnaître qu’une bonne direction commerciale a puissamment contribué à son développement. Cette direction, confiée à M. Valade qui, depuis trente ans, consacre ses soins au succès de l’établissement , donne la preuve de ce qu’on peut obtenir par le travail uni à l’intelligence.
Les objets préparés pour une exposition peuvent classer en deux groupes principaux. Les uns ont pour but de montrer ce que l’on peut faire, les autres ce que l’on fait. Les premiers résolvent la question de fart, — les seconds celle de l’industrie.
La maison Alluaud n’a voulu présenter à l’Exposition universelle que ses produits courants.
Elle n’a donc fait aucuns frais spéciaux, et elle s’est bornée à prendre au hasard quelques services
MM, ALLUAUI).
parmi ses articles de choix. En première ligne, elle offre un service de toilette destiné à l’Amérique, de dimensions colossales ; le bain de pied et la cruche qui l’accompagnent sont de proportions énormes et d’une réussite parfaite.
Il ne faut pas croire qu’il soit plus facile de produire une pièce d’un service qu’un vase de luxe aux formes contournées. Le grand problème à résoudre en porcelaine est d’obtenir des pièces droites, régulières, et l’on conçoit dès lors que le genre rocaille présente plus de chances de succès que les formes unies d’un style pur et sévère.
La platerie ovale est un des articles les plus difficultueux. MM. Àlluaud viennent d’introduire dans leur fabrication un perfectionnement remarquable, dûaux travaux d’un modeleur expérimenté, aujourd’hui fabricant lui-même. Au moyen d’un procédé de calibrage très ingénieux, il est permis de donner à ces plats une grande régularité d’épaisseur, en meme temps qu'une grande légèreté; on évite ainsi en partie le gondolage, c’est-à-dire les ondulations disgracieuses qui rendent ces plats difformes. C’est un véritable progrès introduit dans la fabrication. Des plats ronds, de dimensions exceptionnelles, sont de même parfaitement réussis.
A côté des produits fabriqués figurent des échantillons de matières premières. On y remarque surtout un bloc magnifique de pegmatite kaoiinique (kaolin caillouteux du commerce) qui peut donner
LA PORCELAINE
par ses dimensions une idée de la richesse des gisements des carrières de Marcognac: Ce bloc, détaché de la masse par un coup de pioche, pèse environ 150 kil.
C’est ce kaolin qui forme la base des pâtes que M. Alluaud livre à l’industrie.
KL LESME
Le 6 avril 1853, M. Salvelat, l’habile chimiste de la manufacture impériale de Sèvres, adressait à la Société d’encouragement pour l’industrie nationale , présidée par M. Dumas,, un rapport où se faisait remarquer le passage suivant :
« M. Lesme, de Limoges, a résolu un grand pro- » blême : l’imitation des porcelaines chinoises, et il » l’a résolu d’une manière tellement satisfaisante , » que les hommes, même les plus habiles, les plus » exercés, ne peuvent saisir aucune différence entre » ses produits et ceux de la Chine. M. Lesme fabri- » que en outre des porcelaines vernissées rappelant » avec un bonheur étonnant les rustiques de Bernard » Palissy. Ces différentes poteries peuvent être consi- » dérées comme constituant deux sortes de produits » céramiques , tout à fait distincts : les porcelaines » chinoises et les poteries, façon Bernard Palissy, » que nous allons exposer successivement.
» Les porcelaines de M. Lesme, décorées dans le