‹ Aperçu statistique de l'Exposition de Limoges en 1855Chapitre 7 sur 58 · M. I.ESME · texte numérisé non relu

M. I.ESME

Faction d’un feu calculé, l’émail se vitrifie et laisse apparaître dans tout son éclat et avec sa couleur naturelle le sujet qu’il recouvrait.

Ce procédé a déjà reçu de l’inventeur plusieurs applications heureuses ; des vases ont été ainsi entièrement décorés par lui, et, sur d’autres, il en a entremêlé les effets avec ceux que produit la peinture ordinaire. Aussi ou verra à l’exposition deux belles potiches dont la décoration consiste en une série de losanges à fond d’or, contenant de petits dessins eu grisaille. Ces losanges sont séparés par des bandes transversales. Sur ces bandes, M. Lesme a dessiné une broderie de fleurs noires et les a recouvertes d’un émail translucide vert. A la mouffle, le noir a poussé à travers l’émail , et le dessin est devenu apparent, sans que la couleur ait coulé ou se soit dénaturée.

Nous ne croyons donc pas nous tromper en présentant M. Lesme comme une spécialité réelle, et en disant que, sur des études poursuivies avec ténacité, il a ouvert une voie nouvelle à l’art du peintre en porcelaine. Lorsque ces procédés, pour lesquels il a pris un brevet, seront tombés dans le domaine public, des artistes intelligents pourront les utiliser pour en tirer des effets charmants et inattendus. 11 suffit, pour s’en convaincre, de voir son exposition. M. Lesme envoie à Paris diverses pièces dont la principale est un plateau décoré avec des procédés. Sur un fond bleu semé d’abeilles, se détachent en relief les armes de l’Empereur ; les anses sont formées par des aigles terras-

sant l’hydre. A côté de ce plateau figurent deux grandes potiches aussi décorées en Palissy, avec de belles tètes de satyres pour anses. Puis viennent de beaux vases chinois d’un fini exquis, des imitations du Japon parfaites, deux vases bysantins décorés avec des émaux particuliers , un service à thé enrichi des dessins les plus délicats. Mais ce que nous trouvons de plus curieux, ce sont de grands et de petits plateaux tous remplis de poissons, de reptiles, de coquillages, de fleurs et de fruits , décorés à la façon des Rustiques. Il est impossible de voir rien de plus naturel : tout cela semble vivre et se mouvoir, tant les couleurs sont vraies, les émaux heureusement appliqués. Il y a surtout un tableau formé d’une plaque de porcelaine blanche sur laquelle sont posés des reptiles dans leur attitude la plus habituelle, qui, à lui seul, suffirait pour mériter à M. Lésme des suffrages qui , nous l’espérons , ne lui feront pas défaut.

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