M. HAVILAND
M. Haviland a gracieusement convié tous nos concitoyens à visiter une exhibition préparatoire qu’il a établie dans les bâtiments de sa nouvelle usine , et l’impression produite est telle, que c’est pour nous un devoir de nous hâter et de nous faire les échos de l’admiration générale.
Disons d’abord ce qu’est M. Haviland.
On se rappelle sans doute encore les plaintes amères que les agents consulaires de la France, dans le Nouveau-Monde et la Chine, adressaient, il y a quinze ans, au gouvernement du roi Louis-Philippe , contre le commerce d’exportation ; ils dénonçaient à l’envi la mauvaise foi des commissionnaires et menaçaient la production nationale d’une dépréciation rapide et fatale.
C’était l’époque où M Haviland, négociant à New- York, commençait à acheter des porcelaines françaises. Jusqu’alors il avait demandé à l’Angleterre les articles de sa consommation ; mais , en ce moment , comprenant que nos articles , s’ils étaient bien traités , devaient prendre rapidement un essor considérable , il essaya de s’adresser au commerce de Paris. Il fut traité par les commissionnaires , comme l’étaient ses confrères des Etats-Unis.
Les marchandises qu’il reçut étaient d’une qualité inférieure , mal assorties , dépareillées même ; les ors s’enlevaient au simple frottement, et le mauvais goût le plus absurde présidait au choix des articles. Heureusement pour nous , M. Haviland ne se re~
LA PORCELAINE
buta pas ; loin de rompre avec l’industrie française , il comprit qu’il était de son intérêt de se rapprocher des sources de la fabrication , et il vint fonder en France une maison qui eut d’abord son siège à Paris, puis à Foëcy dans le Berri, et enfin qui vint s’établir définitivement à Limoges en 1842. Les deux premières années de son séjour dans cette ville se passèrent en tâtonnements, en essais ; il lui fallait sonder le terrain sur lequel il était appelé à marcher; enfin, en 1844, la maison commença sérieusement ses opérations.
Pour bien faire comprendre l’importance qu’elle acquit dès ce moment, et la proportion dans laquelle s’est accru le chiffre des affaires , il suffit de citer un document dont il est impossible de contester l’authenticité : c’est le tableau des exportations de la porcelaine française et de la porcelaine anglaise à New- York pendant la période de 1841 à 1853.
Cette statistique , dressée par le gouvernement de l’Union , présente les chiffres suivants :
Porc, française.
Anglaise.
Française.
Anglaise.
1,400 colis.
1,250 env.
2,650 co iis.
333 env.
(chiffres inconnus).
Les livres de M. Haviland démontrent que sa maison figure pour plus de moitié dans le poids total
de ces colis.
Si donc on veut bien remarquer qu’à l’époque de