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remonter si haut, interrogeons Hippocrate : Le père de Ia médecine nous dira: « Dans la semence même et de la femme et de l’homme tout le corps fournit; elle vient faible des parties faibles et forte des parties fortes. Nécessairement l'enfant y correspond et il ressemble à l'un et à l’autre en quelque chose. » Et encore : « L’épilepsie naît comme toutes les autres maladies par l’hérédité. Le sperme venant de toutes les parties du corps vient sain des parties saines, malade des parties malades ».
Hippocrate savait donc que certaines maladies sont héréditaires, il pensait même que ce sont les plus difficiles à guérir.
La plupart des médecins qui l’ont suivi ont partagé son opinion. Ce n’est qu’au xvin° siècle que nous voyons Louis soutenir que les maladies ne peuvent se transmettre des parents aux enfants ; les arguments dont il se sert à l'appui de sa thèse sont assez surprenants et appartiennent plutôt à la théologie qu'à la science expérimentale :
« Les germes, dit-il, remontent jusqu’à l’époque de la création des premiers parents qui les ont reçus purs des mains du Créateur ; l’organisation du nouvel être étant toujours instantanée, il n’existerait pas de germes dans les aïeux et leurs maladies ne pourraient, en l’absence des germes, être transmissibles à leur postérité ; les désordres de l’économie doivent tous s’acquérir par chaque personne et être tous individuels; un vice humoral du germe détruirait le germe ». Ce qui suit se rapproche beaucoup plus de la vérité : « Tous les enfants ne sont pas sujets à hériter du mal de leurs auteurs; la succession morbide n’est pas toujours directe. »
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Aujourd’hui, lPhérédité, aussi bien normale que morbide est universellement admise, mais les opinions divergent dès qu’il s’agit de déterminer la façon dont se transmet Phéritage physiologique et pathologique. Le nombre des théories émises à ce sujet prouve seulement une chose : c'est qu'il faut que, pour le moment du moins, nous « recognoissions nostre ignorance en plusieurs choses et soyons si courtois d’advouer qu'il y ayt ez ouvrages de nature auculnes qualitez et conditions qui nous sont imperceptibles et desquelles nostre suffisance ne peut descouvrir les moyens et les causes ».
Cependant, voyons quelques-unes des théories formées pour l'application d’un phénomène encore si mystérieux.
Nous devons tout d’abord nous adresser à Darwin : mais le naturaliste anglais n’emportera pas notre conviction, car il a la franchise de nous avertir que sa théorie est provisoire et qu’il n’a fait que modifier ce qui a été dit avant lui.
« On admet, dit-il, presque universellement que les cellules, ou les unités du corps, se propagent par division spontanée ou prolifération, conservent la même nature et se convertissent ultérieurement en différentes substances et tissus du corps. À côté de ce mode de multiplication, je suppose que les cellules avant leur conversion en matériaux formés et complétement passifs, émettent de petits grains ou atomes qui circulent librement dans tout le système et lorsqu'ils reçoivent uné nutrition suffisante, se multiplient par division et se développent ultérieurement en cellules semblables à celles dont ils dérivent.
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Pour être plus clair, nous pourrions appeler cesgrains desgemmules cellulaires,ou, puisque la théorie cellulaire
n’est pas complètement établie, simplement des gemmules. Nous supposons qu’elles sont transmises par les parents à leurs descendants, se développent généralement dans la génération qui suit immédiatement, mais peuvent souvent se transmettre pendant plusieurs générations à un état dormant et se déy elopper plus tard.
«Nous supposons que ce développement dépend de leur union avec d'autres gemmules partiellement développés qui les précèdent dans le cours régulier de la croissance. Nous verrons, lorsque nous discuterons l’action directe du
-pollen sur les tissus de la plante mère, pourquoi j’emploie le terme d'union. On suppose que les gemmules sont émises par chaque cellule ou unité, non seulement pendant l’état adulte, mais aussi pendant tous les états de développement. Enfin je suppose que dans leur état dormant, les gemmules ont les unes pour les autres une affinité mutuelle, d’où résulte leur agrégation en bourgeons ou en éléments sexuels. Donc, à strictement parler ce ne sont pas les éléments reproducteurs ni les bourgeons qui engendrent les nouveaux organismes, mais les cellules ou unités mèmes du corps entier. Ces supposi-
tions constituent l'hypothèse provisoire que je nn
sous le nom de panganèse. »
Des idées à peu près semblables ont été proposées par d’autres auteurs
Haeckel construit une autre théorie, celle de la périgénèse ; comme celle de Darwin, elle s'appuie sur des réalités n’existant que dans l'imagination de l’auteur. Nous
ne suivrons donc pas, dans leurs mouvements ondula-
toires et ramifiés, les wnités vitales, plassons et plastidules et nous mettrons en doute la mémoire de ces dernières, ne voulant pas être amené à conclure, avec l’auteur allemand, que l'hérédité est la mémoire des plasti-
dules.
Abordons avec le même scepticisme la théorie de
Weisman. D’après ce dernier auteur, l’'hérédité s'effectue
grâce à une substance particulière extrêmement complexe qu'il désigne sous le nom de plasma germinatif ;. mais cette substance n’est pas employée en entier à la formation du nouvel être ; une partie reste inutilisée ou, pour mieux dire, en réserve, et cette réserve non transformée, conservant toujours les mêmes propriétés histologiques et chimiques donnera naissance aux cellules germinatives du nouvel organisme. Ainsi, d’une génération à l’autre, la substance destinée à la fabrication de lindividu se maintientintacte et c’est, pourrait dire Weisman, la même pâte qui sert au moulage de tousles rejetons. Cette théorie, comme les précédentes, étant le fruit de l'imagination, est plutôt du domaine de la philosophie et par conséquent de Ferreur, car nous ne pensons pas que la philosophie, simple exercice d'esprit, mène à la vérité, surtout en pareille matière. La: vérité scientifique,
pour être admise sans conteste, doit être basée sur des
faits d'observation rigoureusement contrôlés, et l'observation n’a pas encore fourni grand chose à ce sujet. Que sävons-nous actuellement de bien certain? Que l’organisme futur dérive d’une cellule: celle-ci résulte de la fusion du pronucleus mâle et du pronucleus femelle ;
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chacun de ces deux noyaux primitifs, provenant, l'un du générateur mâle, l’autre du générateur femelle possède une substance chromatique. Celle-ci se divise en deux portions égales pour former les deux premiers noyaux de segmentation. La division karyokinétique se poursuit et ainsi, toujours à travers cette - série indéfinie de divisions cellulaires, on peut suivre la répartition des deux éléments mâle et femelle entre les cellules. Chacune des innombrables cellules de Pindividu est donc constituée de deux parties, l’une venant du pronucleus mâle et l’autre du pronucleus femelle.
Une méthode d’analyse encore à découvrir arrivera sans doute à déceler dans la cellule ces deux portions constituantes.
Tout ce que l’on peut donc affirmer, c’est que Le protoplasma des rejetons n’est qu’une division du protoplasma des ascendants. Il n’est donc pas étonnant alors que le fils ressemble à ses parents et tienne d’eux ses formes, qualités physiques, morales et (c’est ce qui nous occupe ici) ses maladies.
Cependant, cette façon d'envisager l'hérédité n’est peut, être pas une explication bien supérieure comme valeur à celles des médecins de Molière. Il faut reconnaître que depuis Montaigne il ne s'est pas fait beaucoup de lumière sur Cette question ; il est vrai que la découverte de l’étudiant de Dantzig, Louis Hamm, et celles qui ont trait à la karyokinèse auraient augmenté dans des proportions considérables l’'émerveillement du moraliste gascon, mais l’étonnementest de mise de nos jours encore.