‹ Aperçu sur le traitement chirurgical des névraligies de la face, et particulièrement de celles des rameaux sous-orbitaire et dentaire inférieurChapitre 4 sur 14 · II« OBSERVATION · texte numérisé non relu

II« OBSERVATION

Névralgie faciale simple atteignant, depuis 15 ans, les trois branches du trijumeau droit. — Résection du nerf sous-orbitaire . — Guérison.

Mad. Cam,.., jardinière, douée d'un tempérament nerveux , est âgée de 58 ans. Venue à ma consultation, cette malade m'apprend que depuis 15 ans, en dépit de traitements variés, elle est atteinte d'une névralgie faciale qui lui rend l'existence insupportable. Des douleurs ayant surtout pour siège le nerf sous-orbitaire droit et s'étendant parfois à tous les nerfs de ce côté de la face, existent d'une manière continue et s'accompagnent fréquemment d'accès durant lesquels la malade ferme la bouche , tandis que les muscles des lèvres sont pris de mouvements convulsifs. Alors la parole n'a lieu qu'à voix basse , et, toute entière à ses souffrances, Mad. Cam — ne répond aux questions qu'on lui adresse que par des gémissements et des mots entrecoupés.

En une demi heure j'ai pu compter 10 de ces accès. Pendant les courts intervalles de calme, la mastication, la déglutition , la phonation, n'augmentent pas sensiblement les douleurs ; la narine droite semble moins perméable à l'air. Depuis quelques temps, la vue s'affaiblit dans l'œil droit , sans lésion appréciable ; le côté gauche de la face est sain.

Le 16 décembre 1851 , la malade étant plongée dans l'éthérisme (chloroforme), j'ai pratiqué la résection du nerf sous-orbitaire droit par mon procédé, la résection portant comme on l'a vu déjà, à l'aide du bistouri ou du fer rouge, sur les filets du nerf sous-orbitaire en dehors du trou , et sur

— sole nerf lui-même dans l'inlérieur du canal, jusqu'en arrière du point où il fournit le nerf dentaire supérieur et antérieur.

Le gonflement modéré de la joue fut combattu par l'application de cataplasmes ; les douleurs, qui avaient cessé après l'opération, reparurent le lendemain dans les nerfs mentonnier et frontal. Ces douleurs qui semblaient partir de la dent canine , réveillaient les contractions musculaires qui existaient avant l'opération et troublaient le calme dont jouissait l'opérée ; mais, peu à peu, elles ont complètement disparu, et le succès ne s'est point démenti huit mois après l'opération , malgré le retour manifeste de la sensibilité dans les parties où elle avait été abolie après la section du nerf.

IIP OBSERVATION.

Névralgie faciale simple, atteicjnanl depuis 34 ans les branches du trijumeau droit. — Résection des nerfs sous-orbitaire et mentonnier. — Guérison.

Doué d'une forte constitution quoique sans embonpoint, M. Jul.., âgé de 69 ans, est d'une haute taille, sans antécédents syphilitiques, n'avant jamais eu d'autre maladie que la gale. — Il y a environ 34ans que M. Jul.. s'étant couché sur le côté droit , près d'un ruisseau , fut pris le soir d'une violente névralgie faciale de ce côté. Le nerf sous-orbitaire fut pendant plusieurs années le seul affecté ; mais, peu à peu, le mentonnier. l'auriculo-temporal , le frontal , devinrent à leur tour névralgiques . de sorte que depuis plus de vingt ans. tous ces nerfs étaient douloureux.

Les douleurs qui dès leur apparition n'avaient laissé au malade que peu de repos, s'exaspéraient à l'occasion des variations de température, causaient des élancements qui, partant le plus souvent du nerf sous-orbitaire, s'irradiaient dans toutes les directions, et par leur excessive acuité donnaient lieu à des accès terribles. Les mouvements de la bouche , du pharynx ou du larynx les exaspéraient , et la déglutition très-difficile ne pouvait jamais être précédée de la mastication. Le côtégauchedela lèvre inférieure est creusé d'une gouttière formée par le tuyau de fer-blanc, à l'aide duquel le malade boit depuis plus de 20 ans ; les distractions des voyages, le jeu, faisaient quelquefois une diversion favorable, quand la force de l'accès

n'imposait pas le repos au lit; dans ces circonstances même. M. Jul — n'obtenait un peu d'amélioration , qu'en se coiffant la tête d'un oreiller en plumes. Il y avait un peu de larmoiement , mais les organes des sens étaient intacts , et les fonctions s'accomplissaient d'ailleurs assez bien.

Des médecins consultés, avaient par une impardonnable erreur de diagnostic, successivement fait arracher les 32 dents quoique saines ; ce moyen était resté stérile, aussi bien que de nombreux médicaments (élher, pilules de méglin , belladone, sulfate de quinine, opium, hydrocbloratede morphine, intùs et extra sétons, vésicatoires, bains divers, etc., etc.)..

M. le professeur Rostan conseilla au malade de changer de localité, ce qu'il s'empressa de faire ; pendant 4 mois la névralgie cessa, mais fut remplacée par un tremblement général, qui disparut à son tour quand la névralgie revint. Le 25 décembre 1851, l'anesthésie étant obtenue par l'inhalation du chloroforme jeté dans mon sac à éthérisation, je pratiquai successivement dans la même séance, la résection des nerfs sous-orbitaire etraentonnier, d'après mon procédé, et toujours en réséquant les nerfs hors des trous avec le bistouri, dans l'intérieur de leurs canaux, à l'aide d'un cautère chauffée à blanc.

Cette opération bien supportée , a été suivie de la cessation de la névralgie , d'un léger gonflement de la face, qui s'est dissipé vers le cinquième jour par des applications émollientes ; la guérison des plaies était achevée le trentième jour; cependant un point fistuleux restait encore à la plaie supérieure. Depuis l'opération , quelques élancements passagers se sont produits sur les nerfs frontal et auriculo-temporal ; aujourd'hui, 8 mois après, la guérison est complète. Notons ici que la sensibilité est revenue dans les parties que la double résection avait rendues complètement insensibles.

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