IV« OBSERVATION
Névralgie faciale simple , affectant depuis 5 ans les nerfs sous-orbitaire et mentonnier droHs. — Késeclion de ces nerfs. — Guérison.
Le 22 janvier 1852, vint à ma consultation Mlle Adeline Guiz..., de Varages (Var), âgée de 25 ans, d'un tempérament lymphatique, atteinte
depuis 5 années d'une névralgie faciale survenue subitement sans cause connue, et qui localisée d'abord dans une grosse molaire du côté droit , s'est propagée bientôt à tous les nerfs sensilifs de celte partie de la face. Elle se présentait avec les symptômes suivants: douleurs vives par élancements, irradiant du trou sous-orbitaire droit au nez, à la lèvre, au bord malaire , passant de là à l'épanouissement nerveux dn mentonnier , s'étendant quelquefois dans la branche auriculo-temporale jusqu'au sommet de la tête, au nerf sous-orbitaire, et d'autre part aux gencives, en avant de la voûte palatine , derrière les incisives supérieures autour du trou naso-palatin.
Durant les deux premières années, ces douleurs n'apparaissaient que par accès séparés par d'assez longs intervalles ; depuis trois ans, ils étaient devenus presque continus et présentaient des paroxysmes fréquents , (presque un par minute). Dans cet état, l'action musculaire devenait trèsfaible. L'acuité des douleurs est la même dans les rameaux du mentonnier et dans ceux du sous-orbitaire ; elles s'exaspèrent sous l'influence du travail, des émotions, du vent d'est . et des mouvements qui s'opèrent à l'origine des voies digestives et respiratoires. La vue est momentanément affaiblie dans l'œil droit ; d'ailleurs les autres organes des sens sont intacts, la menstruation régulière et l'état général satisfaisant.
La résection du nerf sous-orbitaire fut praliquée le 13 janvier, dans l'insensibilité cbloroformique ; les douleurs dans les parties auxquelles ce nerf se distribue furent abolies ; la déglutition put s'opérer sans peine, il y eut du sommeil; mais dans la journée du 14 et la nuit qui la suivit, le mentonnier devint le siège de souffrances si vives, si fréquentes , que le 15 au matin je dus procéder à sa résection. Elle amena la cessation des souffrances et un sommeil réparateur.
On remarquera avec soin, que dans ces deux opérations, la résection ne porta que sur les nerfs à leur sortie des trous sous-orbitaire et mentonnier; car l'étroitesse des trous ne permit pas l'introduction du cautère actuel ; la résection qu'il opère u'eut donc pas lieu dans l'intérieur des canaux, et partant, le nerf dentaire supérieur et antérieur, et le rameau incisif du dentaire inférieur restèrent intacts. Un moment j'eus l'idée de les atteindre à l'aide d'une couronne de trépan.
Cependant, le 16, à 7 heures du matin, une douleur se fit sentir, qui, partant de la gencive au niveau de la première petite molaire droite , arrachée depuis longtemps , retentissait dans la branche auriculo-temporale jusqu'au sommet de la tête , et se montrait aussi à la voùle palatine autour du trou incisif. Les dents incisives et canines des deux mâchoires et du côté droit, sont le siège de sensations insolites; elles paraissent plus longues, moins solides que dans l'état normal.
Ayant reconnu que la compression e^tercée avec les doigts sur la gencive, au niveau de la petite molaire absente, empêchait le retour des accès et calmait la douleur, le 19 j'appliquai sur ce point un cautère chauffé à blanc , pour y détruire la muqueuse gingivale. Cette troisième opération fut suivie de la cessation des souffrances, qui reparurent cependant sur les branches naso-palatine , auriculo-temporale, et sur quelques rameaux du buccinateur, pour cesser complètement le 25 janvier, époque à laquelle la malade retourna chez elle. Depuis cette époque , la malade m'a écrit que les douleurs étaient parfois revenues avec intensité. Hier, 18 août 1852 , par conséquent 7 mois après l'opération, j'ai appris de M. Arlaud,
de Varages , médecin de Mlle Guiz , que, depuis plus d'un mois,
l'état de l'opérée ne laisse rien à désirer.
On n'a pas pu s'assurer encore du retour de la sensibilité dans les parties paralysées après l'opération,