DE LA DÉVIATION LATERALE
La déviation latérale de l'épine est celle que l'on rencontre le plus fréquemment. Arrivée au maximum de son développement, elle est susceptible de nuire à Taccroissement du corps , d'entraver les fonctions du cœur , des poumons , des organes digestifs , de même que l'innervation. Elle se manifeste presque toujours durant la croissance; on l'observe générale-
ment entre huit et quinze ans cliezlesenfans des classes riches. Elle peut exister -'tns tous les points du rachis , et même le défoimer dans sa totalité. Il est rare qu'une seule région soit déformée : souvent deux , et même les trois régions , se dévient à la fois.
La courbure latérale est ordinairement désiç^née par les auteurs sous les noms de déviation latérale droite ou gauche , selon que la courbure du dos a sa convexité à droite ou h gauche. La courbure ainsi désignée existe ordinairement clans les six ou huit premières vertèbres dorsales , et fait proéminer l'épaule du côté de la déviation.
Ces expressions, au reste , sont tout-à-fait impropres; car la courbure de la région dorsale de l'épine n'arrive presque jamais que secondairement.
Chez les jeunes enfans, la déviation latérale commence presque toujours dans les régions lombaires ou cervicales (à moins qu'il n'y aitunramolissementdans quelques vertèbres dorsales ou dans leurs moyens d'union). Quand la déviation commence dans la région lombaire, elle a le plus souvent sa convexité dirigée à gauche , parce que le membre abdominal de ce côté est presque toujours plus faible que celui
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du côté droit: alors, le bassin restant immobile à cause de ses connexions, toute la partie moyenne du tronc se trouve inclinée du côté droit; et, pour maintenir l'équilibre du corps , la tête et le cou se portent à gauclie. Il résulte de là une double déviation, à convexité gauclie dans les lombes , et a convexité droite vers les épaules.
La déviation qui commence par la région cervicale a lieu indifféremment h droite ou à gaucbe. Elle est ordinairement la suite d'engorgemens glanduleux du cou , du torticolis ou du ramolissement des substances intervertébrales de la région cervicale. Par exemple, quand les engorgemens glanduleux du cou surviennent du côté droit , le malade , pour éluder en partie la douleur , incline la tête sur l'épaulé gaucbe; et, si cette pose de tête se prolonge (ce qui arrive presque toujours , ces sortes de tumeurs étant ordinairement chroniques ) , il en résulte dans la région cervicale une déviation à convexité droite. Or , comme pour rétablir l'équilibre , le malade incline le haut du tronc à droite , il naît de là une seconde courbure à gaucbe dans la région dorsale de l'épine. Le torticolis agit de la même manière, avec cette
différence cependant^ que le malade , pour diminuer la souffrance, incline la tête vers les parties douloureuses; et, de cette inclinaison prolongée, il résulte
I naturellement une déviation latérale dans la région
I du cou. Voilà, si je ne me trompe, l'origine de beaucoup de déviations latérales gauches, lesquelles sont loin d'être aussi rares que plusieurs auteurs estimables l'ont pensé.
Je vais rapporter quelques exemples de déviations latérales gauches, survenues, ou à la suite de luxations spontanées de la tête du fémur droit en haut et en arrière, ou Lien après une maladie du genou droit, circonstances qui avaient amené chez les malades , un sensible amaigrissement et une grande faiblesse du membre de ce côté. Je citerai aussi des cas de courbures du fémur ou des os de la jambe du côté droit, de pieds-bots natifs ou consécutifs du même côté, dernière difformité qui amaigrit singulièrement tout le membre; d'autres cas enfin d'engorgemens glanduleux du côté droit du cou , qui ont déterminé des courbures latérales gauches.
Dans l'année 1825, je fus consulté pour un jeune garçon de Rouen , âgé de dix ans , qui avait une dé-
viatlon latérale gauche à double courbure. La courbure inférieure , qui avait commencé la premiière et existé seule pendant plus de trois ans, comprenait les trois dernières vertèbres dorsales; elle avait sa convexité h droite et sa concavité à gauche. La supérieure , dirigée en sens inverse , c'est-à-dire ayant sa convexité à gauche , était formée par les 8^ , ye ^ ge ^ 5e et If vertèbres dorsales, qui étaient en même temps un peu portées en arrière. Il existait, en outre, une torsion de droite h gauche vers la ye ou 6^ vertèbre dorsale. Ces côtes gauches étaient fortement arquées en arrière, vers leur extrémité postérieure, vers leur angle, et elles soulevaient l'omoplate dans ce sens. Les côtes du côté droit étaient portées en avant, et applaties latéralement : la hanche droite et l'épaule gauche étaient très saillantes. Lorsque l'enfant se tenait debout , une troisième courbure se manifestait dans la région cervicale et dans le même sens que la courbure inférieure; mais cette courbure du cou était passagère : dès que l'on faisait coucher le malade elle disparaissait.
Après un examen attentif, je m'assurai que cette distorsion avait eu pour cause une luxation spontanée
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du fémur , effectuée vers l'âge de cinq ans , et qui avait retenu cet enfant au lit pendant plus d'une année , non sans augmenter notablement en lui une disposition scrophuleuse très prononcée.
Vers la fin de la même année, i825, je fus consulté pour une jeune fille des environs de Strasbourg, âgée de douze à treize ans, qui présentait une déviation latérale gauche , à double courbure, survenue à la suite d une affection du genou droit (tumeur blanche. ) Cette jeune fille était d'une constitution très lymphatique, elle avait de l'embonpoint, les cheveux blonds , les yeux bleus , etc. Elle avait fait une chute sur le genou droit , à l'âge de six ans , et il en était résulté une forte inflammation du genou qui avait nécessité le séjour au lit pendant six ou huit mois. Au bout de ce temps , tout le membre droit était demeuré comme atrophié , sans prendre aucun développement , pour ainsi dire ; de manière que la malade boitait beaucoup en marchant. Lorsqu'elle était debout, elle se posait toujours sur le membre sain, comme dans le cas précédent , en déversant le bassin de gauche à droite , soit qu'elle se tînt dans la station verticale ou qu'elle marchât. Quand elle eut huit ans.
ses pàrens s'aperçurent du commencement de la déviation , qui d'abord se prononça dans la partie inférieure de l'épine. Bientôt après l'épaule gauche devint sensiblement proéminente, et la distorsion fit d)3s progrès très rapides.
Quand on me présenta cette jeune fille , les vertèbres lombaires et les deux ou trois dernières dorsales étaient déviées k droite ; la courbure qu'elles formaient avait dix-huit lignes de concavité. La courbure supérieure , dirigée h gauche , formée par les huit ^premières vertèbres dorsales , présentait un sinus de quinze lignes. L'épaule gauche et la hanche droite étaient très saillantes. Les fausses côtes du côté droit formaient une saillie considérable en avant ; et la partie inférieure du sternum , tout-à-fait dirigée à droite, présentait une proéminence très sensible. Le gros faisceau musculaire de la gouttière vertébrale droite était excessivement saillant, et formait une courbe correspondante à la déviation de la région lombaire.
Galliot (Eugène), âgé de trois ans, passage Beaufort, n» 63, d'une constitution lymphatique et faible^
me fut présenté au bureau central des hôpitaux dans le courant de février 1 852. Il présentait alors une déviation latérale dirigée à gauche et en arrière, comprenant les six dernières vertèbres dorsales : une autre courbure , dirigée à droite , occupait la région lombaire. Ce malade avait aussi une déviation du genou droit en dedans , offrant un sinus de deux pouces de profondeur , outre une courbure du tiers inférieur des jambes en avant et en dehors. De plus , le ventre , les poignets et les malléoles étaient gonflés ; et il y avait alternativement de la constipation et du dévoiement. Voici maintenant dans quel ordre tous ces accidens étaient survenus. Le gonflement des articulations et les courbures des jambes avaient commencé après l'éruption des deux premières dents, vers l'âge de huit mois; le genou droit s'était dévié deux ou trois mois après , et les courbures de l'épine avaient commencé lorsque l'enfant entrait dans sa seconde année,
Brizou (Désirée) , âgée de trois ans, demeurant place Cambray, n? 2; enfant d'une constitution faible , fut amenée à mes consultations de l'hôpital
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des Enfans malades dans le mois de juillet 1 85 1 . Elle présentait : 1°. une déviation latérale gauche , formée par les cinq dernières vertèbres dorsales , offrant un sinus de dix lignes de profondeur; 2°. une courbure de la jambe droite en dedans; 5°. un gonflement des poignets et des malléoles ;, ainsi qu'une tuméfaction du ventre , fort douloureux d'ailleurs,
La courbure delà j ambe avait commencé vers l'âge d'un an , époque de la sortie de la première dent ; l'enfant avait éprouvé h cette occasion une gastro-entérite très intense , laquelle avait été suivie d'une entérite chronique qui durait encore. Quant h la courbure de l'épine , elle avait commencé vers l'âge de dix-huit mois. Lorsque l'enfant était tenue debout^ on remarquait aussi une légère courbure dans la région lombaire en sens inverse de la supérieure , et qui disparaissait aussitôt qu'elle était placée horizontalement.
Dubois ( Pierre-Marie ) , âgé de trois ans , rue du faubourg Saint-Antoine , n^ 187 , fut apporté à ma consultation de l'hôpital Saint-Antoine dans le mois de juin i85i. Cet enfant avait une déviation latérale
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à triple courbure : la supérieure , dirigée à droite , comprenait la plupart des vertèbres cervicales; la moyenne courbure, à gauche, était formée par les 5^, 4^, 5e, 6«, ye et 8^ vertèbres dorsales; le sinus en était de huit lignes ; l'inférieure , formée par les dernières dorsales et les deux premières lombaires, était dirigée à droite ainsi que la première.
Cet enfant avait joui d'une bonne santé jusqu'à l'âge de deux ans , époque où il commença à se plaindre de fortes douleurs occupant tout le côté gauche de la poitrine; alors il se remuait difficilement et anarchait tout d'une pièce. Quelques bains firent disparaître ces douleurs. Au bout d'un ou deux mois, il accusa de vives douleurs dans tout le trajet de l'épine, principalement vers la partie postérieure du cou, portion du corps qui devint bientôt engorgée. En même temps la tête se renversa en arrière , des engorgemens glanduleux se formèrent au côté droit du cou, et l'enfant porta sa tête inclinée sur l'épaule gauche. Ces engorgemens prirent un grand accroissement en très peu de temps , puis restèrent stationnaires jusqu'au moment où l'on me présenta l'enfant. Ce fut dans cet intervalle, c'est-à-dire , dans l'espace
iVti peu pr^s huit mois , que la colonue vertébrale sedéforma.
Biorry (Marie-Françoise), âgée de six ans, rue de Viarmes , n^' 55 , d'une faible constitution , me fut présentée le ii5 mai i852 au bureau central. Elle avait une déviation latérale h double courbure : la supérieure a^ait sa convexité à gauche, et l'inférieure à droite; le sternum proéminait en avant. En outre le genou droit était dévié en dedans , et présentait une courbure de trois pouces de profondeur». Le ventre et les principales articulations étaient tuméfiés.
La diiïormité du srenou avait commencé à se déva-
lopper à l'Age de dix-huit mois , h Tépoque où l'enfent s' était essayée à marcher seule; et celle de 1 épine, trois ou quatre mois plus tard.
Chez les jeunes sujets de l'âge de huit à quinze ans , la distorsion latérale de l'épine peut commencer vers cette légère courbure naturelle qui est diri-^ gée à droite et formée par les 5^, 4^, 5^ et 6^ vertèbres dorsales : et même toute déviation accidentelle , dans son début , peut être confondue par des méde-
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cii^ peu expérimentés en ce genre de maladies , avec cette courbure naturelle dont nous venons de parler.
La déviation latérale de l'épine doit être considérée à deux époques principales de la vie; la première s'étend depuis la naissance jusqu'à Tâge de sept à huit ans: c'est l'époque des deux dentitions ou de la première enfance. La deuxième époque, s'étend jusqu'à la puberté, c'est le temps de la seconde enfance.
Dans la première époque ou la première enfance, le tempérament lymphatique prédomine principalement chez les sujets faibles , lesquels sont le plus souvent disposés aux maladies scrophuleuses , aux tumeurs glanduleuses , aux inflammations chroniques du tube intestinal, aux affections du cerveau et aux convulsions. Ces différentes maladies se montrent le plus souvent lors de la sortie des premières dents. La première dentition chez eux est souvent difficile; l'irritation des gencives qui en résulte réagit bientôt sur le cerveau en raison des douleurs , et produit des convulsions. Mais c'est particulièrement et d'abord sur le canal digestif que la réaction
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a lieu ; ensuite , sur les glandes lymphatiques , sur les ligamens, les cartilages, les os, et en général sur tous les tissus qui protègent ou affermissent les articulations ou jointures.
Dans la deuxième époque ou la seconde enfance , les sujets les plus faibles ont de même un tempérament plus lymphatique que sanguin, joint à une grande susceptibilité des organes digestifs et du cerveau: en conséquence, les maladies les plus communes à cet âge sont les éruptions cutanées, les engorgemens des glandes, les altérations des jointures et les difformités de l'épine dorsale. Les progrès de l'accroissement sont alors plus sensibles dans le système osseux que dans les autres parties , partitîulièrement vers l'âge de quatorze à quinze ans , époque de la puberté.
Pendant la première enfance, la déviation latérale de l'épine se développe aussi fréquemment chez les garçons que chez les filles et beaucoup plus chez les en fans des indigens des grandes villes , que chez les enfans des riches et aussi des habitans des campagnes. Mais à la seconde époque , la déviation latérale affecte bien plus de fdles que de garçons : sur
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vingt cas de cette difformité , à peine rencontre-t-on deux garçons ; disproportion qui parait provenir de ce que ces derniers ont une constitution plus forte , des organes plus robustes; de ce qu'on donne plus d'essor à leurs niouvemens, plus de liberté h. leurs actions; sans compter que leur santé n'a rien à souffrir de toutes ces vicissitudes qui , chez l'autre sexe , sont le prélude de la première éruption des menstrues. Presque toujours, en effet, on empêclie les jeunes filles de courir librement; on leur recommande, on leur prescrit de se tenir droites; et pour les contraindre h garder cette posture gênante , on emprisonne leur buste délicat dans des corsets inflexibles; dernier moyen dans l'emploi duquel entre aussi pour beaucoup le désir de leur voir une taille plus mince, dût la santé en rester pour long-temps altérée. A cette gêne si contraire au développement des organes pectoraux et des muscles du tronc , on ajoute des leçons de toute espèce, ajfin de leur faire acquérir prématurément ces talens que le monde oisif et poli regarde comme indispensables.
Le défaut d'exercice et la compression du buste, chez les jeunes personnes d'une faible constitution ,
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entraînent nécessairement une légère courbure de la région lombaire de l'épine , sur laquelle porte finalement tout le poids de la partie supérieure du corps. Alors voici ce qui arrive. Si on tient ces jeunes filles long-temps à leurs travaux d'aiguille , au piano , h la harpe , au dessin , à l'écriture ; si surtout l'on n'a pas soin de leur donner des sièges \\ dossiers , rien alors n'offrant d'appui à leur faible taille, la partie inférieure de l'épine , bientôt fatiguée par le poids de tout le reste du tronc , particulièrement de la tête et des bras , et dépourvue d'ailleurs de l'appui naturel que l'articulation des côtes fournit à la région dorsale , finit par céder , par s'incliner et se dévier. C'est ainsi que s'engendrent la plupart des déviations de l'épine, auxquelles rien ne dispose autant qu'un tempérament lymphatique , la faiblesse native , des maladies antérieures , les attitudes vicieuses , la rigidité des vêtemens et l'usage presque exclusif de l'un des bras dans les grands exercices du corps.
Disons aussi que c'est très souvent lors de la puberté , à l'occasion de l'apparition des règles , que commencent à se montrer ou à faire de plus grands progrès les déviations vertébrales chez les jeunes personnes.
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Vers l'époque de la puberté , l'accroissement du corps est rapide , et si l'action nutritive se porte principalement sur les membres, les sujets grandissent excessivement vite; mais les autres parties en souffrent, principalement le thorax, qui ne se trouve plus en proportion avec les membres. Le cœur, les poumons, se trouvent gênés dans leur développement et dans leur action, et delà résultent des irritations pectorales qui compromettent gravement la santé et même la vie.
Les règles , chez les jeunes filles ainsi conformées, s'établissent difficilement et avec lenteur; ou bien, une fois établies, elles sont irrégulières. L'irritation des organes pectoraux empêche le sang de se porter vers la matrice; et delà, une foule de maladies qui altèrent totalement et quelquefois pour toujours la santé. Si l'on persévère, dans cet état de langueur et de faiblesse , à maintenir les jeunes personnes dans l'exacte réclusion des pensionnats; si, uniquement occupé de leur éducation morale, on néglige entièrement l'éducation physique, si utile au rétablissement des forces , alors elles deviennent contrefaites. Il en est de même pour les jeunes filles du peuple que l'oi\
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met en apprentissage vers l'âge de neuf à dix ans , et que l'on tient, pendant de lo ngues journées, assises, sans leur permettre ni leur conseiller aucun exercice, qui cependant leur conviendrait mieux alors qu'à toute autre époque.
La déviation latérale de l'épine , comme nous l'avons déjà dit, peut commencer dans toutes les régions du racliis ; toutefois elle attaque de préférence la région lombaire, et le bas de la région dorsale; alors , elle ^ le plus souvent sa convexité dirigée à gauche , parce que le membre abdominal de ce côté est ordinairement plus faible que le droit , et que , dans le cas de difformités des membres abdominaux, le gauche est presque toujours plus difforme que le droit; parce qu'en outre, le membre gauche se trouve plus souvent atteint de paralysie, de faiblesse, de courbure et de pied-bot. La déviation se montre d'abord dans les deux ou trois premières vertèbres lombaires et dans les dernières dorsales. Elle est d'abord temporaire , aussi bien que celles qui en sont la conséquence ; mais elle finit par devenir permanente ; et aussitôt qu'elle a deux ou trois lignes de sinus, le tronc porte à droite , l'épaule gauche est plus élevée ,
et la hanche gauche phis saillante que la droite. L'épaule droite est un peu moins haute, et la hanche droite s'élève, recouverte quelquefois par les fausses côtes correspondantes , qui sont abaissées. Les angles inférieurs des omoplates n'ont pas la même direction; celui delà droite est dirigé en dedans, et celui de la gauche proémine principalement en dehors. Le faisceau musculaire de la gouttière vertébrale gauche, dans la partie correspondante à la courbure lombo-dorsale , est saillant , tendu et courbé; les côtes droites sont déprimées, le sternum est dé v^ié à gauche ; la clavicule droite est presque horizontale , et la gauche un peu oblique. Cette courbure est généralement aussi un peu en arrière. Quand la déviation a existé quelque temps aux lombes , le dos ne tarde pas à en présenter une seconde en sens inverse ; alors l'épaule droite se soulève et la partie supérieure du tronc se porte à gauche , de sorte qu'il se forme dans la région cervicale une troisième courbure dont la convexité est à gauche , comme celle de la courbure lombaire. Mais cette troisième courbure n'est pas constante, car j'ai vu des cas d'extrêmes déviations vertébrales où l'on ne voyait point celte
courbure du cou. J'ai vu plusieurs cas de courbures lombo-dorsales insolites ; je veux dire qu'elles existaient sans autres courbures secondaires; mais alors elles comprenaient un grand nombres de vertèbres, les six ou huit dernières dorsales et les deux ou trois premières lombaires. J^ai vu aussi plusieurs cas de courbures dorsales à droiteouàgauche, également saiis complication d'autres courbures. Quand ces différentes courbures augmentent notablement j une torsion s'opère versleur centre, de la concavité vers la convexité; c'est-à-dire que pour les courbures inférieure et supérieure, dont les convexités sont à gauche, la torsion se fait de droite àgauche; et que, pour la moyenne ou dorsale , dont la convexité est à droite , la torsion s'opère de gauche à droite. Il résulte de ces différentes torsions que les apophyses épineuses , dans l'endroit tordu, sont dirigées totalement en arrière, et que les apophyses transverses , dans les grands degrés de courbures, sont dirigées d'avant en arrière. Celles des apophyses transverses qui répondent à la concavité de la courbure, sont portées en avant et sont pour ainsi dire dans l'abdomen ou la poitrine , tandis que celles qui répondent à la convexité, se trou-
vent à la place des apophyses épineuses , c'est-à-dire, sont souvent dirigées en arrière. Il arrive de ces rotations spinales , que le grand faisceau musculaire de la gouttière vertébrale , répondant à la courbure inférieure , se trouve soulevé par les apophyses transverses , et qu'il forme , dans cet endroit ;, une saillie allongée et courbée dans le sens des vertèbres. Alors le flanc gauche est plein , tandis que le droit est sensiblement déprimé. Dans la courbure de la région dorsale , la torsion opérée de gauche à droite , porte les côtes du côté gauche en avant , et les applatit en arrière et latéralement. Leur quart antérieur ainsi que leurs cartilages de prolongement (quant aux vraies côtes ) , sont plus arqués et soulèvent le sternum de leur côté; et k l'égard des fausses côtes , elles forment une forte saillie en avant du côté droit , les côtes correspondantes à la déviation sont plus arquées près de leurs têtes , et sont portées en arrière , aussi bien que l'omoplate qu'elles supportent, ce qui donne à l'épaule plus de rondeur et de saillie; mais elles sont, en revanche, aplaties et comme redressées dans leur partie antérieure , et par conséquent, elles attirent à elles le sternum , qui , à cause de cela , est
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tout déprimé. Quand il existe une courbure supérieure et que cette courbure comprend les deux ou trois premières vertèbres dorsales et plusieurs des cervicales contigiies , la torsion qui a lieu de droite à gauche élève souvent les deux premières côtes, de manière à leur faire former une saillie à la partie inférieure du cou. Si cette courbure ne comprend que les Z^, 4^, 5^ et 6c vertèbres cervicales, comme on l'observe le plus ordinairement , deux espèces de tumeurs paraissent simultanément au cou , l'une à sa base et du côté droit , et l'autre, à sa partie moyenne et du côté gauche.
Voilà comment se forme la déviation h convexité à gauche dans les lombes et vers les dernières vertèbres dorsales , et comment elle est ordinairement suivie de deux au très courbures secondaires, en vertu de l'action continuelle des muscles. Que la convexité soit dirigée à droite , à gauche , elle se forme toujours de la même manière.
Les torsions de l'épine sont indispensables au maintien de l'équilibre. La torsion de la courbure moyenne ou dorsale porte le poids de la partie supérieure du tronc , des membres supérieurs et de la tête , sur
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le côté droit , qui est ordinairement le plus fort ; et la torsion de la courbure inférieure dirige la hanche en avant , de sorte qu'à l'aide de ces deux torsions en sens inverse , les malades portent le côté gauche en avant quand ils marchent. Ces torsions opérées par les muscles , et rendues nécessaires pour le maintien de l'équiliLre , favorisent singulièrement la station et la progression , qui ne s'opéreraient que très difficilement sans elles. Les parties de l'épine où existent les torsions sont toujours dirigées en arrière , de manière que la torsion delà région dorsale rend plus sensible la difformité : on remarque même qu'une fois que la colonne vertébrale a commencé à se tordre, la déformation du buste fait des progrès effrayans.
L'espèce de déviation qui commence parla partie inférieure du rachis , a lieu le plus souvent chez des enfans au-dessous de treize ans , plus tard elle peut commencer par la région dorsale de l'épine , à l'endroit où cette pyramide osseuse offre naturellement une légère courbure , et ensuite , être suivie d'autres courbures des régions lombaire et cervicale, par les raisons que nous avons déjà exposées.
Les côtes éprouvent de grands déplacemens et de
grandes altérations dans leurs formes, lorsque les distorsions latérales sont trèsdéveloppées.Cellesdescôtes qui répondent aux concavités des courbures latérales des vertèbres dorsales , sont abaissées et dirio^ées en dedans, et elles éprouvent, en outre, un mouvement de torsion dans toute leur longueur. Dans les grands degrés de courbure dorsale leur bord supérieur devient externe , et leur face interne devient supérieure. Elles se pressent les unes contre les autres , se déforment mutuellement , et finissent par adhérer l'une à l'autre au moyen de tissus qui , d'abord fibreux , deviennent quelquefois peu à peu osseux. Voilà pour le côté concave ; mais , du côté convexe , les côtes sont portées vers le haut, tordues en sens contraire et elles sont plus ou moins écartées les unes des autres , selon que la difformité est plus ou moins développée. L'angle qu'elles offrent naturellement, se trouve augmenté d'une manière sensible.
Dans les différentes déviations de la colonne vertébrale , les rapports des muscles sont constamment changés. Les uns sont alongés , et les autres raccourcis. Ils ne sont plus dans leurs rapports naturels, et de là résulte une grande débilité ou même une
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espèce d'atrophie , leurs dimensions sont changées , leurs proportions détruites : leur nutrition devient imparfaite. C'est ce qui fait qu'aussitôt qu'il existe une légère courbure de la colonne vertébrale ou d'un membre, alors on voit les muscles diminuer de volume , s'amoindrir , et même s'atrophier.
Tous les muscles du corps , dans les cas de grandes déviations vertébrales, sont considérablement amaigris , ce qui me semble résulter d'une altération de la moelle épinière.
Les déviations de la colonne vertébrale, pour peu qu'elles soient prononcées , ont pour résultat nécessaire de rétrécir la poitrine, décomprimer les poumons, de gêner la respiration, et d'entraver la circulation du sang, en mettant obstacle aux battemens du cœur. La moëile épinière, logée au centre des vertèbres, se trouve aussi presque toujours comprimée; de là proviennent des palpitations du cœur , le ralentissement du cours du sang , des oppressions , des digestions pénibles , et aussi des paralysies des membres , ou de grandes faiblesses. Lesjeunes filles surtout, deviennent pâles, maigres et faibles; cela va quelquefois jusqu'à causer les pâles-couleurs, jus-
qu'à supprimer les menstrues. J'ai observé que les jeunes personnes qui devenaient contrefaites vers la région lombaire de l'épine , ne se réglaient point ; ou que si elles avaient été réglées avant cette déviation , les menstrues diminuaient et cessaient d'être régulières; leur diminution s'opérant toujours en proportion des progrès de la difformité. J'ai vu beaucoup de jeunes personnes très contrefaites et qui cependant restaient bien réglées , parce que la région lombaire n'était nullement ou presque pas déviée. L'effet dont je parle ne dépendrait-il pas de la compression qu'éprouve la partie inférieure de la moelle épinière , laquelle fournit les plexus hypogastriques et sacrés , d'où proviennent les nerfs que reçoit la matrice ?