DE LA DÉVIATION EN ARRIERE OU GIBBOSITE
La gibbosité se développe pendant l'enfance , dans l'adolescence et très rarement dans l'cWe adulte. On la voit quelquefois survenir dans la vieillesse ; mais alors elle est due à la faiblesse des muscles du raclais , qui n'ont plus assez de force pour maintenir l'épine
dans sa rectitude naturelle. C'est particulièrement à, l'époque des dentitions^ de la première dentition surtout j que commence à naître la gibbosité. Elle se développe sous l'influence des mêmes causes qui produisent le racliitis ou ramollissement des os. C'est une inflammation chronique , qui attaque d'abord , plus ordinairement , les moyens d'union des vertèbres , et qui finit , si elle n'est pas convenablement combattue, par envahir les vertèbres elles-mêmes. Cette inflammation commence dans ce cas par le pél.4oste de ces os spongieux qui sont atteints eux-mêmes , presque en même temps; alors lesligamens et fibro- cartilages sont enflammés secondairement. Il faut dire qu'elle attaque les garçons aussi souvent que les filles.
L'apparition de cette difformité est toujours précédée de douleurs dans le point de l'épine qui doit être déformé , particulièrement quand le malade est debout ou que l'on appuie sur l'endroit malade. Cette douleur s'étend quelquefois à toute l'épine et elle peut durer quelques m.ois et même des années avant qu'on s'aperçoive de la saillie en arrière d'une ou de plusieurs apophyses épineuses. Quand ces apophyses commencent a s'éloigner de leur situation normale.
on peut s'apercevoir de ce premier déplacement en faisant courber le buste en avant; mais aussitôt que le malade a repris la position droite , la gibbosité disparaît. Alors la courbure en arrière n'est encore que passagère ; mais elle finit bientôt par devenir permanente. J'ai vu quelquefois ces sortes de difformités faire des progrès eifrayans en fort peu de temps, en deux ou trois mois, par exemple,, et même en quinze jours, surtout si l'on n'avait pas le soin de faire coucher l'enfant sur un lit dur ou si on le laissait assis. Il faut soigneusement interdire la marche et tout exercice , aux enfans attaqués de gibbosité , puisque la station verticale a naturellement pour ejBPet d'augmenter cette affection : en effet , la tête volumineuse de l'enfant a une grande propension à s'incliner en avant, et demande, pour être maintenue droite, une énergie que n'ont point les enfans malades et rachitiques. Aussitôt qu'un enfant est attaqué de l'inflammation lente ou chronique de la colonne vertébrale ou de ses ligamens , il devient indolent , languissant, et il cherche, s'il est très jeune, à se coucher sur les genoux de sa mère ou de sa nourrice Si l'on a l'imprudence de le laisser marcher , sa dé-
marche devient lente, embarrassée, chancelante; les jambes s'entre-croisent , et l'enfant fait des chutes fréquentes. Il ne marche plus qu'en appuvant ses mains sur la partie inférieure des cuisses , ou en s'accrochant à tout ce qu'il peut saisir ; s'il s'assied , il appuie les coudes sur ses genoux et saisit instinctivement sa mâchoire inférieure , sur laquelle il archonte ses petites mains , afin de soutenir moins difficilement l'énorme poids de sa tête. S'il est assis devant une table , il appuie ses coudes sur cette table et soutient sa tête comme je viens de le dire.
Dans cet état , les extrémités inférieures diminuent graduellement de grosseur, et perdent une partie de leur chaleur et de leur sensibilité naturelles; la force des muscles décroît d'une manière très rapide. L'enfant alors , particulièrement s'il est couché , pousse souvent des cris perçans, sollicité h ces démonstrations de souffrance par des mouvemens convulsifs dans les membres inférieurs. Si les progrès de la maladie ne sont pas arrêtés , l'enfant finit souvent par avoir les membres inférieurs paralysés , et c'est alors que les membres deviennent flasques et froids. Tous ces symptômes sont du^ à la compression delà moelle
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épinière , laquelle compression provient elle-même (du gonflement des substances intervertébrales. Tous ces désordres sont ordinairement précédés ou accompagnés de gastro-entérite ou d'entérite chronique.
La gibbosité peut commencer dans tous les points de la colonne vertébrale; mais principalement vers les deux ou trois dernières vertèbres dorsales et les deux premières lombaires. On s'aperçoit ordinairement du début de cette maladie, à la saillie d'une ou de deux apophyses épineuses , proéminence insolite , qui est bientôt suivie de la saillie en dehors des apophyses épineuses des vertèbres contiguës à celle-là , et la gibbosité finit souvent par envahir la totalité des vertèbres dorsales , ainsi que les trois ou quatre premières lombaires.il existe dans ce cas, entre les vertèbres épineuses , un écartement d'autant plus grand, qu'elles sont plus voisines de l'angle de la courbure. La région cervicale de l'épine , dans le cas de grandes courbures , se trouve déviée en sens inverse ; alors la tête se renverse en arrière , et la partie antérieure du cou devient très saillante en avant. En même temps, les parties latérales de la poitrine sont aplaties , et le sternum est proéminent. La respiration se
trouve fort gênée ; c'est même le premier symptôme qui dénonce une gibbosité dont l'existence était restée ignorée jusque-là.
Cette difformité peut se manifester chez des individus adultes,, et s'annoncer par une douleur fixe dans un point limité de l'épine dorsale , souvent dans toute l'étendue verticale d'un des muscles de cette région. Le malade ensuite éprouve un sentiment de faiblesse dans le dos, faiblesse qui peut devenir assez grande pour empêcher, durant quelque temps, de se tenir debout et de marcher; quelquefois même le malade ne peut rester sur son séant , qu'en tenant sa tête dans ses mains , ses coudes appuyés sur la partie inférieure des cuisses. Les muscles du dos diminuent bientôt de volume, s'alongent et deviennent grêles.
Les muscles de l'abdomen, et aussi le diaphragme, subissent des changemens de position , et il résulte de là que la respiration à l'accomplissement de laquelle ces muscles sont indispensables, se trouve peu à peu troublée, entravée ; et souvent même il ne tarde pas à survenir de l'oppression , un commencement d'asthme. Dans cette conformation vicieuse,
la cavité pectorale ne peut se dilater suivant £on diamètre latéral, parce que les muscles intercostaux, raccourcis par la difformité , ne peuvent plus élever les côtes autant qu'il le faudrait, et parce que les fibres du diaphragme , raccourcies de^ même latéralement , ne peuvent plus assez agrandir la poitrine en déprimant les viscèresabdominaux. Quant à l'expiration , l'inclinaison du corps en avant empêche les muscles abdominaux de réagir contre le thorax, et de presser les viscères contre le diaphragme autant que si ces muscles avaient leur longueur naturelle. Il en résulte que la respiration est souvent courte , irrégulière et gênée : le sternum ^se soulève et s'abaisse difficilement.
Tous les muscles servant à la respiration étant doués d'une moindre contractilité, et tous les muscles volontaires étant plus faibles, il est clair que les malades doivent être sujets à la dyspnée, h l'asthme, a la congestion des poumons; le sang dès-lors n'est plus autant oxigéné, ce qui dépend de toutes ces causes, et aussi de la gêne qu'éprouvent les nerfs spinaux que reçoivent les muscles servant h. la respiration.
EN ARRIERE. . \n
Dans la gibbosité, les muscles des membres supérieurs sont quelquefois affectés de mouvemens convulsifs ou d'engourdissement, comme ceux des membresinférieurs. J'ai vu souvent tous les membres dans un état de paralysie incomplète; mais les inférieurs sont presque toujours les plus affaiblis; cela même va quelquefois pour eux, jusqu'à une paralysie complète. La faiblesse, et la paralysie, ne paraissent pas toujours dépendre des progrès de la courbure; ces deux choses ne sont jamais dans la même proportion : beaucoup de cas de courbure excessive ne sont pas accompagnés de paralysie , tandis que des cas de courbure légère sont liés à une paralysie complète.
Dans quelques cas, la force de contraction des sphincters de la vessie et de l'anus se trouve diminuée ou entièrement détruite : alors il y a incontinence des matières fécales et des urines.
Dans les cas de gibbosité , quand les muscles dorsaux sont faibles, il se fait quelquefois aussi consécutivement, une courbure latérale, laquelle devient double; cette double déviation provient des efforts que fait le malade pour se soutenir ou se reposer
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quand il est assis ou debout , en se penchant sur un côté, alors qu'il est fatigué de s'incliner en avant.
DEVIATION DE l'ÉPINE EN AVANT.
La courbure d'une partie de l'épine en avant se rencontre assez souvent aux lombes et au cou, mais très rarement au dos.
La courbure en avant que l'on observe le plus fréquemment est celle qui occupe trois ou quatre vertèbres lombaires et quelquefois les deux ou trois dernières dorsales ; on la voit d'ordinaire chez les enfans qui ont le ventre gros , les articulations gonflées, chez ceux enfin qui sont scrophuleux , rachitiques, dont les cuisses et les jambes sont arquées en dehors. Alors les malades marchent en se balançant , à la manière des canards , et ils éprouvent beaucoup de fatigue pour le plus léger exercice.
La courbure antérieure du cou , a lieu le plus souvent chez les enfans à tête volumineuse et chez les rachitiques. Elle coexiste souvent avec la courbure de la région lombaire; souvent aussi elle est une suite de la courbure en arrière.