LA MALADIE ET L'AFFECTION (I
La maladie et l'affection sont ordinairement confondues par l’or-
(1) Les idées exposées dans ce paragraphe sont empruntées en grande partie à l’enseignement de M. Bazin (Leçons sur la scrofule , 1857.)
1861. —Dezanneau. . 5 •
tous ses détails l’influence que l’état moral exerce sur la santé et sur la maladie; sans parler de l’aliénation mentale et de toutes les affections nerveuses où il joue comme cause un si grand rôle, on peut dire qu’il y a peu de maladies où il ne réagisse sur les organes d’une façon plus ou moins puissante, soit dans un sens favorable à la guérison, soit dans le sens opposé. Les états violents de l’âme, tels que la joie, la douleur, la colère, la peur, peuvent produire, quand ils sont subits, la mort immédiate, et dans ces circonstances, chose bizarre ! l’autopsie ne révèle d’ordinaire aucune lésion; toutes les passions, même sans être portées à l’excès, troublent les fonctions les plus importantes de la vie, l’action cérébrale, la circulation, la respiration, la digestion; ces mêmes fonctions et d’autres encore sont modifiées aussi par tous les sentiments tristes, elles passent de l’état de santé à l’état morbide, sous l’influence de la nostalgie, de l’hypochondrie, de l’ennui, de la mauvaise humeur et de tous les désirs non satisfaits ; ces troubles, quand ils se prolongent, peuvent aller jusqu'à compromettre la vie. Nous ne répugnons même pas à croire, avec un grand nombre de médecins, que des affections organiques aussi graves que le cancer, la tuberculisation du poumon, l’hypertrophie et les lésions valvulaires du cœur, ne soient souvent le résultat des passions tristes et surtout des chagrins prolongés. «Le chagrin, dit J. Frank, produit quelquefois la mort subite, mais il occasionne le plus souvent des maladies lentes, comme les affections du cœur et des veines, la pneumorrhagie, la phthisie pulmonaire, les obstructions des viscères abdominaux, le cancer de plusieurs organes, l’avortement. Quelle que soit la maladie que le
chagrin produise, elle est toujours plus grave que la même maladie dans les cas ordinaires; la nostalgie même, si on ne peut l'enlever de suite, hâte le plus ordinairement la mort; il faut noter aussi que le chagrin empêche le traitement des autres maladies et qu’il élude la vertu des médicaments. » Dans ces cruelles épidémies qui déciment les populations, le découragement ne contribue pas dans une faible mesure à augmenter la gravité de l’épidémie, et c’est une obser-
L'indication une fois posée, il ne s’agit plus que de la remplir ; mais ici que de précautions à prendre : il faut choisir non-seulement le remède le plus sûr, mais fixer encore la dose, le moment le plus favorable pour l’administration du remède, le mode d’administration le meilleur; il faut prévoir même les circonstances qui peuvent se présenter, et qui forceront à modifier l'emploi du médicament. Pour toutes ces choses, le savoir et l’expérience ne suffisent pas seuls, même au médecin vitaliste ; il a besoin encore, pour être un grand praticien, du tact médical, c’est-à-dire d’un bon sens exquis, d’une rare pénétration d’esprit, d'une finesse de discernement particulière, et d'une grande promptitude dans le jugement. En effet, l’expérience acquise peut être trompeuse; le savoir,,quelque étendu qu’on le suppose, peut se rencontrer aux prises avec des difficultés nouvelles et inconnues; et cependant il faut prendre un parti au milieu de ces situations obscures, il faut même quelquefois agir vite, sous peine de voir la maladie marcher et compromettre la vie. Le tact médical seul pourra triompher de ces difficultés; il est indispensable au médecin , et plus il sera développé chez lui, plus le médecin excellera dans son art. De son côté, le tact médical seul ne peut suffire sans le savoir et sans l'expérience ; il a même besoin d’être perfectionné par l’exercice. Mais qu’on n’espère point que l’exercice le fasse acquérir à ceux qui en sont privés ; le tact médical, comme le génie, dont il se rapproche, est un don de la