‹ Aperçus généraux sur la doctrine positivisteChapitre 10 sur 40 · APERÇUS GÊNÉE AUX · texte numérisé non relu

APERÇUS GÊNÉE AUX

progression négative tant spirituelle que temporelle. C'est maintenant avec un secret enthousiasme que nous allons essayer de montrer, dans un glorieux parallèle, la marche ascendante et continue du mouvement positif.

L'esprit scientifique lui donne, en se séparant de l'esprit théologiqne et de Tesprit métaphysique, la première impulsion ; Bacon et Descartes, vastes penseurs au génie aussi hardi que profond, poussent les philosophes vers l'observation directe et analytique des phénomènes; la méthode expérimentale inspire l'indépendance, et le doute cartésien la recherche. Galilée, en soumettant la terre à des lois universelles, plutôt qu'au caprice de la Divinité, complète le triomphe des faits positifs, sur les conceptions idéales. Le relatif tend à se substituer à l'absolu. La doctrine du mouvement de la terre, la géométrie, la mécanique céleste fondent la cosmologie. Alors la science organisée, mais non encore complète, peut se séparer radicalement de la théologie. Les académies se forment à Paris, à Florence, à Londres, en Allemagne et même dans la ville éternelle, pour expérimenter et acquérir les lois positives. Quelques siècles plus tard, Fontenelle résume ce mouvement en

cherchant à substituer à « la philosophie des « mots, la philosophie des choses. »

L'art dontlaculturen'avaitpasété interrompue pendant le cours du moyen âge, prend dans la progression posilive un immense développement. On se croit reporté aux temps homériques. Qui ne connaît ces chefs-d'œuvre immortels éveillant les plusbeauxsouvenirft de la Grèce, et plus nombreux en cinq siècles que ceus de l'anliquilé entière? Un sentiment général d'admirah'on s'attache aux architectes du moyen âge, dons nous conservons avec un soin pieux les augustes monuments. La musique sacrée éveille les échos des basiliques par les sons majestueux de l'instrument solennel, sanctifié par le catholicisme.

L'industrie naissante prend un essor prodigieux, grâce au triple concours de ta poudre, de l'împrimerie, de l'Amérique (1) . La poudre, affran-

(l) La poudre fut iuyentée quand l'aeliTiié des Occidentaux se loursa vers l'industrie. Les bourgeois, les serra affranctais abandonnèreat alors la longue difffculté de l'ëducation militaire ; néanmoins ils durent subir longtemps encore la nécessité d'une défense spontanée, car les enTahissements Tréquents des puissants seigneurs du voisinage troublaient dans leurs travaux les soldats de l'industrie. Les chimistes qiu connaissaient par les traditions égyptiennes et par des expériences journalières, la force des eifdosions.

chissant les bourgeois des longues éducations militaires, les préserve par son emploi, non moins facile que terrible, des envahissements fréquents des seigneurs du voisinage, et protège leur activité pacifique; Fimprimcrie rattache la science à T industrie dont elle est Tétendard et le premier ma* nifeste (1). Enfin, Christophe Colomb réalise les aspirations des peuples trop resserrés sur l'ancien

durent chercher de concert un agent destructif, d'un emploi non moins facile que terrible. Alors^ peut-être, un heureux hasard de cornues et de réactioVis favorisa la combinaison chiraique,d'où jaillit l'éclair de la poudre; mais qu'importe! la découverte était faite puisqu'elle était nécessaire.

Ainsi se vérifie la loi qui préside à ces grands événements de l'esprit humain. Les paroles de l'Évangile : quœrite et mvenietis, ont à ce point de vue une véritable portée sociale.

(t) Si la poudre fut nécessaire pour protéger le développement matériel de Tindustrie^ Timprimerie ne le fut pas moins pour seconder son essor intellectuel. Par elle, Tindustrie se rattacha à la science; elle naquit du besoin d'épancher les théories applicables et les idées nouvelles du quinzième siècle, qui depuis si longtemps fermentaient dans tous les cerveaux humains. Les livres sacrés et profanes, la Bible et l'Iliade, les chefs-d'œuvre occidentaux excitaient une soif générale d'autant plus irritante, qu'elle ne pouvait êlre assouvie. Le moment était opportun, et Gultemberg était né pour être l'instrument de son siècle, tant est puissante la réaction de l'hu- ^ manilé sur ses agents, et surtout sur les agents supérieurs, réaction dont il faut se pénétrer sans cesse, afin de mieiix concevoir la concordance du positivisme avec les événement présents.

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continent, en ouvrant les yastes solitudes américaines aux nouvelles relations industrielles (!)•

Telle est la rapide élaboration des trois principaux éléments de la transition occidentale. Us se

(4) Quand rAraérique fut découverte, la vie des peuples commençait à changer de régime. La fin des luttes générales au mo^en âge, source tarie des ravages de la guerre, faisait pressentir un accroissement indéfini dans les populations. Sous l'impulsion des découvertes, l'instinct destructeur s'émoussait^ et la scieiicc, l'industrie^ Tart subissant d*inimenses progrès^ l'activité pacifique prévalait sur l'activité militaire.

L'Occident, trop resserré dans Tancien continent, avait donc besoin de nouveaux débouchés, soit pour étendre les relations industrielles, soit pour créer des ressources à la grande multitude, qui semblait ne plus avoir de limites. Tous les esprits se tournèrent alors vers la découverte d'une route maritime vers l'Inde, parlant plus accessible que le chemin continental. Plusieurs pirates avaient échoué déjà sur les îles du Cap-Vert ; des explorateurs audacieux côtoyaient le Canada, ignorant qu'ils touchaient l'Amérique. Entin^ Christophe Colomb, poussé par les aspirations de tous les peuples^ fixant par son génie toutes les indécisions, planta l'étendard catholique sur le nouveau monde. Son erreur géographique témoigne des désirs publics par la nature du but qu'il croyait atteindre; il donne aux Antilles le nom des Indes occidentalies.

La popularité de cette découverte a suffi pour la faire généralement apprécier sous son véritable aspect. Mais on doit s'habituer aussi à voir la poudre, l'imprimerie et l'Amérique réunies dans un but commun, et secondant le même e^sor relatif à l'industrie.

perfectionnaient isolément, non autrement réunis riue dans leur commune hostilité contre le catholicisme qui les condamnait, n'ayant pu les conduire. Us produisaient ainsi, par leur indépendance inévitablement anarchique, les événements esquissés dans la progression négative. On y voit Tesprit et le caractère agissant sans la coopération du sentiment, de plus en plus discrédité depuis la iin du moyen âge. Aussi les progrès dispersifs ne se rattachaient à aucun but, qu'une philosophie positive pouvait seule définir. Sans conserver avec le ciel aucun lien modérateur, ils n'avaient avec la terre aucun lien systématique. C'est de la nécessité de les soumettre à l'empire du cœur, afin de les faire concourir de concert au triomphe de la sociabilité sur la personnalité, pour l'amélioration de l'humanité, qu'est né le positivisme.

Nous sommes arrivés ainsi jusqu'à la seconde moitié du règne de Louis XIV. A travers la rétrogradation de la royauté qui, dès lors, voulut étouffer les symptômes d'une révolution jugée anarchique à cause de son défaut d'ensemble, à travers la tyrannie de plus en plus violente des dictatures protestantes, rendues de plus en plus

méfiantes par la confusion des deux pouvoirs, nous atteignons le dix-huitième siècle.

Alors les dogmes critiques, surgis de Fesprit protestant et coordonnés par les successeurs métaphysiques de Bacon et Descartes, sont propagés par les littérateurs. Les écoles philosophiques se forment, les encyclopédistes s'emparent du pouvoir spirituel. Voltaire et Rousseau inaugurent leurs inconséquentesattaques, Fun voulant détruire Tautel en conservant le trône, l'autre voulant conserver l'autel et renverser le trône. Ces deux philosophes ne sont pas, selon l'opinion générale, les véritables représentants de ce siècle mémorable, mais Diderot, Hume, Fontenelle et Gondorcet, ces deux derniers le liant au précédent et au suivant. Voltaire n'est qu'un esprit supérieur du second ordre. Son esprit ne renfermait que l'élément critique, incomplètement élaboré. Rousseau n'a jamais possédé que le talent de la forme, impuissant à dissimuler le vice de ses conceptions. Le Contrai socia/ enseigne aux hommes à fonder la politique sur les droits, plutôt que sur les devoirs, aberration dangereuse : le traité de L'éducation a pour but d'en faire l'art de vivre; sans l'aide d'autrui, utopie antisociale.

Diderot, quoique porté par la nature de son prit vers les plus fortes conceptions, subit la réaction de son époque, et porta des coups terribles, d'abord à Tautel, puis au trône. Il résuma dan» une phrase célèbre, comprise uniquement par les âmes viriles, la théorie de la démolition, hélas, trop cruellement suivie ; il est assez connu.

Hume, ami passager de Rousseau, qu il méprisa profondément après l'avoir connu, sut mettre la morale en dehors de la religion, de la Providence et des miracles catholiques. Il essaya le premier d'introduire une critique sévère et positive dans l'examen des faits historiques.

Fontenelle, outre son éminent Traité de la plu-

rallié des mondes^ où se dérobe, sous l'apparence de la frivolité, une haute portée philosophique ; outre l'admirable clarté qu'il répandit sur les plus fortes conceptions de Descartes» sentit le premier la nécessité de chercher dans les religions leurs rapports avec les sociétés, et de démontrer qu'elles sont des institutions humaines plutôt que divines. Il résuma le mouvement qui s'opérait, en s'efibrçant, comme nous l'avons déjà dit, de substituer à la philosophie des mots, celle des choses.

Gondorcety principal précurseur d'Auguste

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Comte, a préiru ravénement de la sociologie dans son esquisse rapide des progrès de l'esprit humain (1). Il essaya, dans cet ouvrage mémorable, quoique avorté, de subordonner l'avenir au passé;

(1) Sans vouloir esquisser^ même à grands traits, l'histoire des travaux relatifs h la «ociologie, on ne peut s'abstenir dç mentionner d'abord la politique d'Aristote, type général de la plupart des travaux ultérieurs sur lé même sujet. Ces tentatives philosophiques ne doivent nous occuper ensuite qu'à partir de l'époque où Ton a réellement compris d'une part en quoi consistent les lois naturelles^ et de l'autre la vraie notion de la progression humaine. On ne peut donc remonter que vers le milieu du siècle dernier. La première série de travaux qui se présente alors, comme destinée à coDslituef la sociologie, est celle de Montesquieu, d'abord dans son traité sur la Politique romainey et surtout dans son Esprit des Uns. On y sent la tendance à concevoir les phénomènes politiques comme autant assujettis à d'invariables lois naturelles, que tous les autres phénomènes quelconques. Mais cette tentative avorta, parce que les conditions préliminaires les plus essentielles, tant scientifiques que politiques, étaient loin d'un accomplissement suffisant.

Depuis Montesquieu, le seul pas important, qu'ait fait la conception de la sociologie est dû, à Condorcet, dans son Esquisse d'un tableau historique des fyrogrès de l'esprit hu^ main. Son célèbre ami, le sage Turgot, avait sans doute préparé sa pensée sur ce sujet par sa théorie de la perfectibilité humaine. Pour la première fois, la notion scientifique delà progression sociale de l'humanité, à peine entrevue par Montesquieu, a été nettement introduite avec toute sa prépondérance. Le programme d'études de l'enchaînement des divers états sociaux, est admirablement tracé dans les pages

mais dans l'esprit de cet infortuné philosophe, le passé commençait au dix-huitième siècle. Les antipathies sociales, qui rayonnaient autour de lui, le poussèrent à réprouver le moyen âge. Aussi futil précipité dans Tinconséquence où tombent aujourd'hui les révolutionnaires, en maudissant leur origine.

En même temps, le grand Frédéric, faisant gravir à l'incrédulité les marches du trône, fournissait le type le plus complet des dictatures transitoires.

Cependant l'esprit scientifique achève avec Lavoisier sa principale construction. La cosmologie, que nous avons vue naître, se complète par la chimie. La guerre seconde le travail colonial. L'invention, cette poésie de rindustrie, l'enrichit par la création des machines. Les banquiers se popularisent, et, par l'essor du crédit, par la facilité des transactions, dirigent l'activité matérielle.

En face de tant de progrès, la royauté française

immortelles de Tintroduction. Mais il est mal rempli^ par suite des influences révolutionnaires. On y voit à chaque instant cette étrange contradiction de l'immense perfectionnement de l'espèce humaine au dix-huitième siècle^ comparé à rinfluence rétrograde , attribuée dans le passé à toutes les doctrines, à toutes les institutions^ à tous les pouvoirs.

devenait de plus en plus rétrograde, au mépris de Tavertissement qui lui fut donné par le peuple aux funérailles de Louis XIV. On n'aura donc pas de peine à comprendre l'inévitable explosion qui termina l'ère des démolitions. Il suffit, pour s'en rendre compte, de suivre la révolution dès le début du quatorzième siècle jusqu'à nos jours : on la verra détruisant d'une main l'édifice catholique et féodal, posant de l'autre les assises du régime nouveau ; maîtrisant à grand'peine une nuée de démolisseurs ameutés contre l'Église par Luther et Calvin, par Voltaire et Rousseau ; inspirant sans relâche les pères de la science, Bacon et Bescartes, Leibnitz et Hume, et les créateurs de l'industrie moderne, Guttemberg, Colomb, Vaucanson, Watt. On verra sa marche de plus en plus envahissante jusqu'au jour où fut brisée la vieille monarchie française, qui, depuis Louis XIV, avait osé s'opposer à ses triomphes.

Le déisme, issu de l'incompatibilité de la science et de la théologie, un siècle après le protestantisme, devait présider à cette grande révolution, dont nous subissons encore les douloureuses fluctuations. Ouvert par une insurrection contre le régime théologique, le dix-huitième siècle finit

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par un mouvement social, où la bourgeoisie, tendant à remplacer la noblesse, appela à son aide les prolétaires français, ainsi introduits sur la scène politique qu'ils ne quitteront plus. C'est alors qu'apparut dans tout son éclat le double but de la révolution : incorporation des prolétaires à la société moderne, substitution d'une religion liant les hommes par Tamour à la religion réglant les âmes par le ciel. Elle s'acquittait de cette double tâche à sa manière, tant par le déisme et la proclamation des droits, que par l'apothéose de la raison. Le régime des castes avait disparu. La glorieuse assemblée, qui sut organiser, avec une admirable énergie, la défense républicaine, s'efforce de préluder par sa complète destruction à la régénération sociale. Pendant ces péripéties douloureuses, le déisme, incapable de rien diriger, ne sert qu'à prouver à l'humanité combien l'absence d'un culte peut rendre quelques hommes impitoyables, en les abandonnant, sans frein salutaire, aux orgies de l'instinct destructeur.

Ce souvenir devrait suffire pour faire sentir la nécessité de se rallier à une foi commune, dans la prévision de catastrophes politiques. Mais nous ne voulons raconter aucun des faits de cette

grande époque ; nous ne voulons en extraire que l'esprit. Nous ne raconterons ni la mort d'un roi malheureux, nuisible à la révolution, qu'il aurait pu servir en lui donnant un chef; ni la mort des Girondins, ces discoureurs dangereux qui voulaient décomposer la France en républiques, au temps où la plus redoutable agression extérieure exigeait la plus intense concentration. Mous ne jugerons pas le terrible comité de salut public, déshonoré par un sophiste sanguinaire, mais nécessaire pour maintenir l'ordre au milieu du désordre. Nous mentionnerons seulement que ces événements s'accomplissaient sous l'influence des trois écoles qui dominèrent successivement sans pouvoir présider à la rénovation sociale.

L'école de Diderot, avec lesencyclopédistes, avec Gondorcet poursuivant dans la tempête les méditations régénératrices; avec Danton, le seul homme d'État, qui ait paru depuis le grand Frédéric. Cette école fut le foyer de la révolution.

L'école de Voltaire, école sceptique, frivole, apte à détruire, proclamant la liberté, mais dédaignant la réorganisation sociale ; purement critique, inspirant les Girondins.

L'école de Rousseau , école politique, anarchique, vouée à l'égalité déclamatoire avec le Contrat social pour Bible , inspirant les Montagnards , créant le programme des Droits de l'homme, dont l'immobilité contraste avec la notion du progrès.

Sous ses auspices, se dresse l'autel de l'Être suprême et commence par cette étrange restauration religieuse la plus grande réaction dont l'histoire fasse mention. Dès ce moment la Convention perd dans d'inutiles excès la force qui lui était nécessaire pour se transformer en dictature. Elle est bientôt remplacée par le Directoire, incapable de résister au nouveau pouvoir qui s'élevait, au pouvoir militaire. En s' éloignant du foyer deJa révolution, l'armée républicaine perdait en effet son caractère pour s'identifier avec ses chefs. En eux seuls se trouva bientôt une véritable puissance, et dans le malaise intolérable où tombaient les affaires publiques, on devait prévoir que tous les vœux appelleraient une dictature militaire, seule capable de succéder à celle de la Convention. Le dictateur n'avait qu'une ligne à suivre : maintenir avec énergie l'ordre matériel, seconder le mouvement industriel, respecter le développement intellectuel. De/^elle façon la doctrine sociale dont

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la révolution n'était que le prélude, aurait pu surgir si le penseur voué à sa construction s'était rencontré. Mais si le régime militaire vint clorecette ère redoutable, l'ordre matériel ne fut pas rétabli dans l'Occident, car la^guerre redoubla d'intensité. Néanmoins, au plus fort de la lutte et dans tous les points de l'Occident, les esprits éminents s'agitaient à la recherche d'une religion pouvant servir de lien entre les peuples. Joseph de Maistre, en appréciant dignement le moyen âge, faisait pénétrer dans les esprits le sentiment de continuité historique. Chateaubriand chantait l'héroïsme chevaleresque qui doit bientôt revivre; de Bonald, législateur religieux du passé, essayait de fondre la politique dans la révélation chrétienne ; Lamennais faisait un appel éloquent à la jeunesse pour la convoquer dans les temples, au nom de la raison et du sentiment. Goethe consommait dans son chef-d'œuvre une opération étrange, bientôt poursuivie par Byron, l'idéalisation du doute luimême, et découvrait les abîmes d'un cœur vide de toute croyance. Tous, en faisant sentir l'influence de la religion sur le passé, démontraient ainsi que l'avenir ne pouvait s'en abstenir. Mais ces efforts étaient sans résultats, et le déisme ne cessait

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de se présenter comme la solution universelle. Les essais de ces conservateurs éminents, en essayant de ramener les cœurs à la foi des ancêtres, poussèrent la plupart des monarchistes à se déclarer partisans de la religion naturelle, nom pompeux sous lequel se déguise le dernier appel de la métaphysique aux abois. Mais le déisme n'en fut pas moins le symbole de la dernière émancipation théologique, et comme il résumait la croyance surnaturelle, réduite à sa. plus simple expression, après lui le scepticisme envahit la société.

En même temps, la progression positive prenait un terme de plus ; le positivisme intellectuel que nous avons vu se fonder par la cosmologie, se complétait, à l'aide de Gall et de Bichat, par la biologie, où la science s'élevait de la mort à la vie. Une telle base scientifique, renouvelant l'esprit philosophique, l'ensemble du mouvement positif put aboutir à la sociologie, qu'annonçait déjjk la tentative immortelle de Gondorcet. Enfin, sous l'impulsion de Clotilde de Vaux, le créateur de la philosophie positive, Auguste Comte, consacra les lois de l'ordre universel au dogme de la religion de l'humanité.

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Les lois sociologiques yinrent, dès Tapparition de Touvrage fondamental d'Auguste G)mte, instituer l'unité cérébrale, en faisant converger la science et la politique. Les efforts de Gall et de Bichat avaient terminé l'initiation commencée par Thaïes et Pythagore. La sociologie, étude de l'ordre humain, vint la compléter au dix-neuvième siècle, et faire ainsi surgir le positivisme intellectuel, base de la nouvelle foi occidentale, exposée dans cet opuscule. Le fondement scientifique était en effet nécessaire à la religion nouvelle, car la philosophie sociale ne comporte une autorité irrésistible qu'en reposant sur la philosophie naturelle.

Mais nous renvoyons nos lecteurs à la philosophie positive , pour y contempler le spectacle de la science se transformant en philosophie, et à la poUtique positive pour y jouir du spectacle plus auguste de la philosophie aboutissant à la vraie reUgion, au positivisme reUgieux. Dans le premier l'esprit domine, afin de prouver la supériorité intellectuelle du positivisme sur un théologisme quelconque, et terminer l'insurrection de l'intelligence contre le sentiment, en lui procurant une pleine satisfaction. Dans le second, le cœur l'em-

porte, afin de faire ressortir Télé^ation morale d'une doctrine dont l'amour est le principe universel, suivant sa devise sacrée :

V amour pour principe ; V ordre pour base ; le progrès pour but.

Mais pour effectuer la prépondérance du cœur sur l'esprit, destinée à systématiser l'existence humaine, lès efforts d'un philosophe n'auraient pas suffi sans la réaction affective d'un type féminin. L'expansion réciproque des plus doux et des plus purs sentiments était nécessaire au développement des progrès religieux du positivisme. Désormais on ne peut en faire l'histoire, sans rappeler l'influence mémorable de Glotitde de Vaux sur la transition des deux positivismes , soit pour rendre hommage à cette sainte femme trop tôt enlevée par la mort, soit pour goûter les douceurs d'une reconnaissance infinie.

Nous ne pouvons maintenant mieux terminer le tableau des origines du positivisme qu'en repro-* duisant l'éloquente page du catéchisme positiviste , où Auguste Comte rattache l'avènement chronologique du positivisme religieux à l'irrévocable triomphe de la paix occidentale par la rentrée des Bourbons, et complète l'exposé historique

précédent par le tableau de la situation actuelle. Cette citation sera le complément de celle qui ouvre cette exposition.

(C. p.9 p- 379.) « L'absence prolongée de toute « doctrine organique conduit alors l'empirisme « métaphysique à tâcher d'ériger finalement en « solution universelle une vaine imitation du ré- « gime parlementaire, propre à la transition ance glaise; sa domination officielle pendant une « seule génération n'y servit réellement qu'à « régulariser une déplorable suite d'oscillations « entre l'anarchie et la rétrogradation , où l'unique « mérite de chaque parti consistait à nous préser- « ver de son rival. Pendant cette longue fluctua- « tion, qui constatait de plus en plus l'égale « impuissance de toutes les doctrines en circula- « tion, le désordre spirituel parvint à son comble, c( d'après le commun affaissement des convictions a antérieures ^ tant révolutionnaires que . rétroa grades. Aucune disposition partielle ne saurait « être réelle et durable. Or, le seul principe de la « discipline universelle, la prépondérance conti- « nue du cœur sur l'esprit se trouvait de plus en « plus discréditée, depuis la fin du moyen âge, c( malgré la sainte résistance de$ femmes, de

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