‹ Aperçus généraux sur la doctrine positivisteChapitre 9 sur 40 · ORIGINES DU POSITIVISME · texte numérisé non relu

ORIGINES DU POSITIVISME

Qu'on nous permette donc un rapide examendes principaux événements de la révolution occidentale, afin de faire apercevoir le problème social qui s'était dressé en. face delà société païenne, se dressant une seconde fois, au début du dix-neu- >rième siècle, en face de la société chrétienne, mais simplifié par l'introduction du principal élément catholique, le sentiment.

La Grèce et la Rome païenne n'avaient mis en jeu que l'intelligence et l'activité; le monde une fois conquis, ces deux facultés humaines s'énervaient, lorsque le catholicisme vint les ranimer par l'amour, par la fraternité et la charité universelles. S'imposant la culture des afTections, il aurait peu à peu discipliné l'univers, si les mystères d'une foi souvent reniée par la science, n'eussent bientôt rendu incompatibles le cœur, l'esprit et le caractère. Le positivisme a surgi pour les concilier. Il a su y parvenir, et les grandes appréciations de son fondateur éclaircissent à cet égard les doutes les moins bienveillants. Puissent les gens de bonne volonté, auxquels est spécialement destiné cetopus-

cule, puissent-ils se rendre compte de son aptitude à cette heureuse conciliation, tâche immense léguée à notre siècle par les siècles passés I

La Révolution occidentale commence au début du quatorzième siècle, à la fin du moyen âge (1); elle a duré jusqu'à Vavénement récent du positivisme.

Où retrouve-t-on ses premiers germes ?

Dans les aspirations éternelles de l'humanité,

(1) Tous les historiens placent le terme du moyen âge à la fin du quinzième siècle ; il doit être avancé de deux siècles^ ainsi que le début réel de Thistoire moderne. Deux grands événements annoncent en effet la ruine de la constitution féodale et de la constitution spirituelle de la papauté^ Tinstallation des papes à Avignon en 1309^ et raffranchissement des serfs en 13i5. L'admission légale des commîmes dans le système politique devint alors universelle, en Italie^ en Angleterre^ eii France^ en Allemagne^ en Espagne; dans tous les pays, les insurrections populaires^ manifestèrent la force croissante des classes laborieuses contre des pouvoirs antipathiques. L'institution des armées soldées régla la vie publique en séparant les ouvriers des soldats. En même temps, des innovations capitales caractérisent une ère nouvelle, entre autres l'usage actif de la boussole et l'introduction des 1 armes à feu. La réalité d'un tel point de départ se vérifie encore par l'essor esthétique, qui par une filiation continue remonte jusqu'à l'élan poétique de Dante et de Pétrarque. A j cette époque la philosophie naturelle a commencé aussi par i acquérir une haute importance, et les développements de \ l'astronomie, de la chimie, de l'anatomie ont permis d'entrevoir la notion du progrès.

lées déjà par César et Trajaii, \ers une foi positive et une activité pacifique, en d'autres termes, dans le décroissement constant et continu du théologisme et de la guerre.

Pourquoi fut-elle orageuse et remplie de catastrophes politiques?

C'est demander les raisons de sa propre existence ; car si la science, l'industrie et l'art se développèrent avec fracas, s'ils ébranlèrent l'ordre social en secondant l'essor du progrès, si l'ardeur générale reposa sur l'orgueil et non sur la vénération, c'est que ces trois éléments de la révolution s'organisèrent entre les ruines de la morale du moyen âge et la naissance d'une philosophie positive, encore impuissante à lesdiscipliner. Cette foi commune, cette nouvelle terre promise réservée à leur triple concours, n'était pas encore trouvée, car la doctrine qui pouvait seule régler leurs perfectionnements dispersifs, ne pouvait surgir qu'après leur accomplissement.

Aurait-elle pu ne pas être orageuse, puisqu'après le catholicisme, nulle relij^iou surnaturelle n'était susceptible de contenir les forces immodérées, enfantées avec tant d'eH'orts? Le nou\eau régime devait être longtemps dissimulé par l'hosti-

lité du mouvement moderne envers Tordre antérieur. De sorte que la science, l'industrie et Fart étaient de plus en plus organiques isolément, et simultanément de plus en plus anarchiques envers l'ensemble du régime ancien. Dans le premier cas, c'est la progression positive, dans ^le second la progression négative, et si le mouvement fut disparate, c'est que la progression positive n'était pas encore capable de satisfaire à toutes les exigences, intellectuelles et sociales, résultées de la progression négative.

Mais pourquoi les révolutions ; en particulier, pourquoi cette révolution commune à tout l'Occident î vaste question qu'il suffit d^énoncer.

Quel est le but de l'humanité? c'est la paix universelle, l'équilibre social, la hiérarchie propre à tous les peuples, à toutes les classes de la société. Elle ne se reposera qu'au sein de ce triomphe admirable. Pour y parvenir, chaque peuple a donné son concours, sa religion, sa politique. Le fétichisme a ébauché la famille, le paganisme a conçu la notion de patrie, le catholicisme a fait entrevoir l'humanité. Ces grandes institutions ont poussé le monde vers la terre promise du bonheur, et lorsque cette tâche sublime a été accomplie, elles se

sont effacées devant un régime encore plus avancé, ne conservant de Taneien que les résultats en rapport avec les progrès du genre humain.

Ainsi dès la fin du treizième siècle, le moyen âge avait agrandi les facultés humaines par sa morale, sa politique et sa religion. Le monde avait fait un pas immense et se dégageait de ses pre- f

mières institutions devenues rétrogrades. La guerre défensive, élément temporel du moyen âge, avait préservé l'Europe des invasions des polythéistes du Nord et des musulmans. La République chrétienne s'était fondée par l'incorporation forcée de quelques populations converties au catholicisme, et par la libre association d'États indépendants, sous la dictature de Charlemagne et de ses successeurs germaniques, tels que l'illustre Alfred. La féodalité s'était établie, servant de base à ces héroïques expéditions, qui achevèrent de dissiper toutes les inquiétudes d'invasions musulmanes. Il n'est pas difficile de comprendre en effet, que les croisades furent défensives plutôt qu'offensives. Mais dès la fin des croisades, l'esprit militaire, n'ayant plus de mission extérieure, était devenu perturbateur au dedans.

D'un autre côté, le second élément du moyen

âge, son élément spirituel, le catholicisme, après avoir établi une morale universelle, dépassait ce but par ces tentatives insensées de domination temporelle qui agitèrent le règne deBoniface YDI. On vit dès ce moment l'esprit sacerdotal se relâcher, les hérésies s'accroître, tandis que les moyens violents employés pour les extirper annonçaient la fin d'un pouvoir spirituel, ne reposant plus sur l'assentiment des intelligences. C'était la Révolution, se décomposant en deux mouvements simultanés, l'un dé destruction du régime ancien, l'autre de construction du régime nouveau, que nous avons' appelé, l'un progression négative, l'autre progression positive.

La série d'événements qui remplissent la progression négative, dans le quatorzième et le quinzième siècle, est nombreuse et multipliée. Pendant que les métaphysiciens tournent leurs premières armes contre l'autorité spirituelle, les rois et les empereurs anéantissent le pouvoir occidental de la papauté. Les pontifes, fuyant la ville éternelle, deviennent les instruments passifs du pouvoir temporel : le sacerdoce abaissé se met au service des forts pour conserver son existence matérielle, compromise depuis l'événement qui termine le

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moyen âge, l'insfallation des papes à Avignon, en 1 300. En même temps, la conslitution féodale s'écroule, au profit de la royauté, secondée par les serfs affranchis. La société s'agite en tous sens, en proie à cette anarchie qui précède les grandes crises. Les vassaux, luttent contre les seigneurs, les seigneurs contre les rois, les rois contre les papes. Bientôt LouisXI concentre l'autorité royale et fonde la dictature monarchique, nouvelle force temporelle, surgie des débris toujours s'accumulant de l'ordre ancien, et nécessaire à l'ordre nouveau, ébranlé par la décomposition sociale, tant religieuse que politique {!).

Dans les siècles suivants, la République chrétienne déchirée laisse surgir les grandes nationalités. La France s'isole et forme une puissance compacte de plus eu plus redoutable aux agressions extérieures. L'Angleterre, régénérée par la dictature du protecteur, la Hollande, délivrée de

(l]De Louis Xl.celte dictature, quelquefois glorieuse et tou-

joun utile, devait passera Richelieu, à Louis XIV, à la Convention, à Bonaparte dès le ISbi-umaire, àLouiaXVIU, àl'empereur Napoléon 111. Elle fut comparable à celle deCromwell et du grand Frédéric, et, après avoir eu pour base la puissance rojale, elle doit finir par reposer sur la puissance populaire.

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la tyrannie espagnole, prennent un caractère national, de plus en plus indestructible....

Mais déjà les protestants et les catholiques divi* sent rOccident, l'oligarchie anglaise dégénère en un système d'égoisme et d'hypocrite compression ; la royauté française, ^cessant d'être progressive en cessant de lutter, devient rétrograde dès la seconde moitié du règne de Louis XIV. Voilà pour la progression négative, envisagée temporellement.

Il faut suivre en même temps la dissolution rapide de l'autorité spirituelle. Est-il nécessaire de signaler les métaphysiciens et les légistes parlementaires luttant contre les doctrines du moyen âge, les protestants armés de principes purement néga-

tifs, sapant au seizième siècle toute discipline par le principe du libre examen, s'insurgeant contre les morts par l'aveugle réprobation du moyen âge, faisant trembler les papes sur la chaire de saint Pierre, arrachant à la tiare ses plus riches fleurons, par la confusion du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel, ou de la religion avec la politique?

Au mépris des plus antiques lois de la civilisation etdes plus universelles, le protestantisme proscrit

sua LÀ DOCTBINE POSmviSTE. i7

ie culte des morts par l'abolition du Purgatoire ; il arrache les saints de leurs niches vénérables ; il dérobe au sexe affectif le type sublime de ses plus suaves perfections; il aurait rétabli le divorce, si une telle rétrogradation n'eût été incompatible avec les mœurs occidentales. Il dénature le profond sacrement qui résumekdoctrine catholique; il brise les règles salutaires imposées à l'instinct nutritif. Il marche, appuyé sur l'individualisme, rompant la continuité humaine, divisant les nations, les cités, les familles, séparant l'ordre du progrès, confondant le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, et jetant eotousUeux les germes de la maladie occidentale.

Ah I félicitons l'humanité, félicitons l'Occident d'avoir été, en majeure partie, préservés de l'ascendant protestant, grâce aux nobles répugnances féminines. Son universalité aurait dissimulé les conditions essentielles de la régénération, en faisant persister la confusion de deux pouvoirs, profond stigmate de la décadence et de l'impuissance sociale des Dations. L'Angleterre eu offre te meilleur type.

Tels sont les principaux événements, présentés dans leur ensemble et d'après l'effet produit, de la

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