PROGRAMME POSITIVISTE
Régulariser le présent, préparer Tavenir, glorifier le passé, développer en tous sens la grandeur de rhomme, par une philosophie fondant l'unité humaine sur la coordination de la vie spéculative , active et affective ; constituer la chaîne des temps, par la vénération régulière des ancêtres privés et publics ; déterminer, par une éducation générale , les principes fixes de jugement et de conduite, les mœurs et- les opinions, facilitant au peuple une digne incorporation à la société moderne.
Systématiser l'amour universel, en érigeant le
dogme de l'Humanité en principe fondamental,
améliorer la condition des femmes, devenues les
principaux représentants d'un tel principe; placer dans l'essor continu des instincts sympathiques, l'unique source du vrai bonheur; faire de la soumission la base du perfectionnement; gouverner avec les devoirs et non avec les droits ; garantir par la vie privée la vie publique, résumée dans le dévouement des forts aux faibles, et la vénération des faibles pour les forts; construire un ordre stable et progressif, en s' appropriant tout ce que les états précédents de l'Humanité ont offert d'utile et de réel, d'organique et de sympathique, en substituant le relatif à l'absolu, et la recherche des lois à la recherche des causes, en rétablissant la prépondérance de la morale sur la politique, et subordonnant à l'histoire la philosophie ; dissiper les inquiétudes des conservateurs, en représentant l'ordre comme la base et la condition du progrès, voué à son développement, confier cet ordre universel à la garde. d'un nouveau pouvoir spirituel ; tels sont les procédés du Positivisme.
Il vient mettre un terme aux utopies subversives, en les sommant de déterminer par quelles lois historiques elles justifient leur avènement, et par quelles nécessités sociales leur commune immoralité.
Érigeant le culte des Ancêtres en base de la religion universelle, il convie les Occidentaux au respect des croyances, qui les unirent au moyen âge ; il convie les Français émancipés à une déférence civique envers les rites officiels de la ma-* jorité du pays.
Les travaux d'Auguste Comte ayant fait généralement reconnaître que la révolution occidentale ne pouvait élre terminée que par la réorganisation religieuse, le Positivisme renonce au pouvoir temporel , car les réformes morales doivent précéder les régénérations politiques.
Du haut du trône spirituel, où l'ont élevé les découvertes des lois sociologiques, qui dirigent l'Humanité, il prononce sur le monothéisme le jugement que saint Paul prononçait jadis sur les dieux de l'antiquité ; il vient se substituer à lui, parce qu'il satisfait mieux les besoins moraux et sociaux, auxquels des croyances en désué* tude ne peuvent plus suffire. Mais il appelle sur elles une digne vénération, car elles furent les tuteurs naturels que s'imposa l'Humanité pour guider son enfance, et leurs modifications successives sont les jalons du progrès. C'est ainsi qu'après les fétiches des populations primitives vinrent
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les dieux des Grecs et des Romains; après les dieux, le monothéisme des peuples régénérés.
Aujourd'hui l'Humanité, parvenue à sa pleine maturité, secoue énergiquement le joug des institutions artificielles. Elle veut se gouverner ellemême, et devenir l'arbitre de ses destinées.
De cette émancipation est né le Positivisme. Il .dirige la marche systématique de l'Humanité substituée à une évolution spontanée ; il préside à sa transformation morale, effectuée sans les secours divins, en vertu des lois sociologiques, révélées par l'auguste fondateur. Grâce à la clarté qu'elles jettent sur le passé, sur l'avenir, sur le présent, les tentatives de réorganisation dont elles ne seront pas la base, ne paraîtront désormais qu'une puérile divagation. Les réformes inventées au dixneuvième siècle, sans souci du passé, en ont offert l'exemple ; mais si ces utopies, sur la famille et sur l'éducation, furent bizarres, elles n'en furent pas moins effrayantes, par le défaut d'ordre et le mépris de la discipline.