LOIS SOCIOLOGIQUES
Ces lois invariables, sur lesquelles repose le nouveau dogme, gouvernent non-seulement le
monde social, mais encore l'individu, avec la même inflexibilité des lois de la pesanteur envers la chute des corps. Elles se condensent en une seule que nous voudrions rendre familière, car elle est le fondement de toute philosophie, de toute politique, de toute morale.
C'est la loi des trois états (1), suivant laquelle
(1) Cette loi fait partie des quinze lois universelles qui composent la philosophie première, ainsi nommée par Auguste Comte, d'après Bacon. Voici l'énoncé de ces quinze lois qui constituent les principes universels de tous les phénomènes généraux, et sur lesquelles devait reposer par conséquent le dogme positif. Elles se divisent en trois groupes.
Premier groupe, — Le premier groupe est formé par la combinaison d'une loi logique avec deux lois scientifiques. La loi logique consiste dans le principe vraiment fondamental, qui partout prescrit de former l'hypothèse la plus simple, compatible avec les renseignemente obtenus. (Loi de la combinaison des sentiments avec les images et les signes.)
La deuxième loi consiste dans le principe relatif à Timmuabilité des lois quelconques, qui régissent les actes d'après les événements, quoique l'ordre abstrait permette seul de les apprécier. (Loi de Timmuabililé).
La troisième loi consiste dans le principe, suivant lequel les modifications quelconques de Tordre universel Vy trouvent bornées à l'intensité des phénomènes, dont l'arrangement demeure inaltérable. (Loi de la modificabililé.) On voit que ces lois universelles sont relatives non moins à la constitution intérieure de nos spéculations qu'à leur destination extérieure. (Ces trois lois sont dues au fondateur du Positivisme.)
76 APBRÇUS GÉNÉRAUX
les dieux des Grecs et des Romains; après les dieux, le monothéisme des peuples régénérés.
Aujourd'hui l'Humanité, parvenue à sa pleine maturité, secoue énergiquement le joug des institutions artificielles. Elle veut se gouverner ellemême, et devenir l'arbitre de ses destinées.
De cette émancipation est né le Positivisme. Il .dirige la marche systématique de l'Humanité substituée à une évolution spontanée ; il préside à sa transformation morale, effectuée sans les secours divins, en vertu des lois sociologiques, révélées par l'auguste fondateur. Grâce à la clarté qu'elles jettent sur le passé, sur l'avenir, sur le présent, les tentatives de réorganisation dont elles ne seront pas la base, ne paraîtront désormais qu'une puérile divagation. Les réformes inventées au dixneuvième siècle, sans souci du passé, en ont offert l'exemple ; mais si ces utopies, sur la famille et sur l'éducation, furent bizarres, elles n'en furent pas moins effrayantes, par le défaut d'ordre et le mépris de la discipline.