POSITIVISME
La nature humaine toujours étudiée, toujours confusément appréciée, est enfin parvenue au troisième état, à Fétat positif. Le second volume de la synthèse subjective, destiné à paraître ea 1858, aurait vulgarisé les lois générales de la morale, comme la politique positive celles de Tordre humain, envisageccllectivement.il a fallu trente siècles pour établir s^s'émaliquementrexis^ tence de nos meilleurs attributs, et l'étude de rhomme peut aujourd'hui constituer une théorie positive, par la constatation de l'existence naturelle des instincts sympathiques.
Une telle existence fut toujours niée par le catholidsme; il n'a jamais parlé des passions bienveillantes : il les envisagea sans cesse comme s'il n'en existait que de mauvaises. Les chaires chrétiennes répètent encore que nous naissons imparfaits, que notre nature est vicieuse, nos impulsions perverses. L'Imitation , cette émouvante étude de l'homme , résonne des soupirs poussés
sua LA DOCTRINE POSITIVISTE. 89
vers le ciel par une âme avide de transformer en amour ^ en vénération, des inclinations fatalement coupables. La perfection dépendait d'une divinité capricieuse qui laissait aux uns la méchanceté native , et comblait les autres des bienfaits de la grâce , selon leurs destinées futures. Les catholiques, pénétrés de leurs imperfections, sollicitaient constamment le miracle des noces de Cana , le changement en force et en vertu de la faiblesse et de l'infirmité morales.
Les monastères , les cloîtres , les solitudes du désert n'ont pas une autre origine. Des hommes pieux, alléchés par Tespoir de la récompense éternelle, demandaient à l'isolement l'absence des tentations charnelles. Le châtiment des mauvais instincts fut souvent pour ces chrétiens sincères la cause d'un perfectionnement réel. Les uns , comme saint Siméon Stylite, sainte Thérèse, furent les l'eprésentants de la vie contemplative, et surent exercer un véritable pouvoir spirituel ; ils méritent notre vénération. D'autres, célèbres par leurs bizarres pratiques, n'ont pas dépassé la mortification d'une chair détestable. Ces martyrs vo lontaires méritent une indulgente pitié. Si de tels
exemples ne suffisaient pas pour convaincre avec
quel soin le catholicisme repoussait l'existence naturelle des instincts sympathiques, on pourrait dissiper tous les doutes par Texamen de sa doc- Irine, Mais le Positivisme, en venant constater une lelle existence, annonce à l'homme qu'il ne doit plus rien attendre d'un ciel glacial et illimité. Les penchants bienveillants sont les seules armes qu'il doit tourner désormais contre son énerçique égoïsme. Que la bonté, l'attachement, la vénération inspirent sa conduite ; qu'il cherche à faire prédominer sur l'égoïsme Yaltruisme. C'est la loi du devoir, qu'il peut aujourd'hui remplir sans le céleste secours.
Qu'on nous pardonne cet heureux néologisme, car ce mot , qui résume l'ensemble des trois instincts sympathiques, doit jouir dans la société régénérée d'une noble vulgarité.
Le Positivisme compose l'âme humaine du triple concours du cœur, de l'esprit, du caractère, et lui donne pour siège l'appareil cérébral (1). Le cœur
(1) D'après le Positivisme, l'âme est l'ensemble des dix -huit fonctions intérieures du cerveau.
RtSUMÉ DE LA TRtORIE CÉRÉBRALE.
L'eniemble de ces dix-huit organes cérébraux constitue Tappareil nerveux central, qui, d'une part, stimule la vie de nutrition, et d'une autre part, coordonne la vie de relation, en liant ses deux sortes de fonctions extérieures. Sa région tpéculative communique directement avec les nerfs sensitifs et sa région active
est r ensemble des moteurs affectifs, tant person-* nels que sociaux, en d'autres termes^ tant égoïstes qu'altruistes. Les premiers occupent la partie postérieure et les bords inférieurs du cerveau ; les seconds, moins énergiques et plus dignes, rayonnent vers le sommet de la tète. Les métaphysiciens consacraient l'entier appareil cérébral à Tintelligence, à laquelle l'homme leur semblait être uniquement voué. Cependant les anciens penseurs, frappés de Ténergie de Tégoïsme, sentirent
wec les nerfs moteurs. Mais sa région affective n*a de connexités nerreases qu'avec les viscères végétatifs, sans aucune correspondance immédiate avec le inonde extérieur, qui ne s'y lie qu'à Taide des deux autres régions. Ce centre essentiel de toute l'existence humaine fonctionne continuellement, d'après le repos alternatif des deux moitiés symétriques de chacun de ses organes. Envers le reste du cerveau, l'intermittence périodique est aussi complète que celle des sens et des muscles. Ainsi, l'harmome vitale dépend de la principale région cérébrale, sous l'impulsion de laquelle les deux autres dirigent les relations, passives et actives, de l'animal avec le milieu.
Instinct nutritif (1)
— sexuel (2)
— maternel (3)
— militaire (4) ) iooïsuB.
— industriel (5)
Orgueil ou besoin de domination (6)
Yanité ou besoin d'approbation (7)
Attachement W
Vénération (9) > alteoism.
Bonté ou amour universel (10)
Conception relative aux êtres (i M
— relative aux événements (t2)
— par comparaison, d'où 0fe/i^a/t>a/ion... (13) | L'ESPRIT.
— par coordination, d'où ^y«/mû^i.«arion. . (14) Expressionmimique, orale, écrite, d'où communication (15)
Courage (16)
Prudence. (i7)
Ferqieté,. d'où persévérance (18)
(Tiré da tableau cérébral, Catéchitme positiviêUfi^, 133.)