‹ Aperçus généraux sur la doctrine positivisteChapitre 20 sur 40 · APERÇU HISTORIQUE SUR LES RELIGIONS · texte numérisé non relu

APERÇU HISTORIQUE SUR LES RELIGIONS

Ainsi le fétichisme a préparé le polythéisme, qui prépara le monothéisme, qui aboutit au positivisme. De sorte que depuis trente siècles TOccident subit une longue transition dont nous avons atteint le terme final. Cette filiation historique, où la logique se concilie avec la vérité, résume les âges de rhumanité. Un tel opuscule n'est pas destiné au développement de ces trois phases mémorables ; les œuvres d'Auguste Comte ont jeté sur la philosophie de l'histoire et sur la dynamique sociale d'assez brillantes lueurs. D'ailleurs ses grandes conceptions sont adoptées spontanément par tous les esprits, humbles et forts. Nous ne nous y arrêterons que pour montrer comment le catholicisme, après avoir succédé au culte des dieux, perdit à son tour toute influence et permit à son déclin

d'entrevoir dès le quatorzième siècle les syin{H tomes positifs de la religion de Thumanité.

Fétichisme. — Le fétichisme est l'état primordial des sociétés. 11 subsiste encore dans TAfrique centrale. Expliquant par des causes et des volontés extérieures, les phénomènes dont les races naissantes ne peuvent encore déterminer les lois, il reste naïvement Qdèle à la règle de saine logique : Former toujours la pltis simple hypothèse compatible avec r ensemble des renseignements obtenus (1). Ignorant les lois de la matière, les fétichistes modifient le monde à leur gré en attribuant, comme des enfants, des affections humaines aux êtres inanimés. Aussi ce culte fait prévaloir le type humain, car l'homme y sert de base à toute conception. Mais il est important, pour le bien apprécier, de reconnaître qu'il se rapporte moins à Tadoration de la matière qu'à celle du sentiment personnifié par d'arbitraires idoles. C'est par le sentiment spontanément ébauché, que ce culte primordial s'allie au Positivisme. Celui-ci le systématise, il en fait le régulateur universel; l'autre s'y abandonnait instinctivement. C'est la conviction confuse de sa suprématie future qui faisait dire à Rousseau,

(1) Voir la note 1 du Programme positiviste, p. 77.

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frappé de son énergie spontanée chez les sauvages, que rhomme sort parfait des mains de la nature. La vénération des fétiches suscitant l'amour du sol natal a fait naître le doux sentiment de la famille. L'on connaît les regrets intarissables des fétichistes arrachés à leur pays par la barbarie occidentale. Qui ne serait ému par le touchant épisode du nègre arrosant de ses pleurs un arbre de sa patrie 9 retrouvé sur le sol étranger! c'était un compatriote. C'est par un tel sentiment que le fétichisme a présidé à la première des révolutions sociales, le passage de la vie nomade à la vie sédentaire, révolution d'autant plus difficile que l'homme est naturellement vagabond, peut-être par un instinct égoïste, peut-être par un secret désir de se soustraire aux lois des sociétés. Le Positivisme remarque en outre que l'adoration des plantes et des animaux modérait les immenses destructions, nécessaires aux émigrations des peuples chasseurs et pasteurs. Les dieux inanimés

de l'antique Egypte , le bœuf Âpis, les légumes divinisés ne doivent donc paraître bizarres qu'aux esprits superficiels.

Longtemps borné aux dieux domestiques, le culte primordial cessa d'être privé par l'introduc-

tion des grands fétiches, tels que le soleil et la lune. Un sacerdoce surgit alors pour servir d'intermédiaire entre le ciel et la terre, entre Thomme et ces divinités inaccessibles. C'est ainsi que le fétichisme touche an polythéisme par Tadoration des astres. Les noms des principaux dieux du paganisme empruntés au ciel astronomique semblent le vérifier.

Polythéisme. — Issu du fétichisme par cette gradation insensible, ce nouveau culte inaugura dès son début la confusion du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel. Une pouvait procéder autrement, car les. prêtres chargés d'annoncer les volontés divines devaient commander au nom des dieux. On y voit tantôt les guerriers, descendant des immortels, investis des fonctions religieuses, tantôt les castes sacerdotales se transmettant un pouvoir héréditaire etgouvemant l'évolution politique. Outre l'institution des castes, réalisée dès Torigine, il fonda l'état civique, la patrie, source de ce sentiment viril, dont l'antiquité offre tant d'exemples.

Le pjolythéisme dirigea la préparation mentale de l'humanité, en consacrant nos meilleurs attributs à des divinités spéciales. Les idoles y perdirent l'immobilité fétichique, pour prendre l'active direc-

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tion des sciences et des arts. Alors l'esprit humain acquiert un immense développement, car pendant qu'Homère, Eschyle, Phidias secondaient l'essor esthétique, Thaïes et Pythagore, Aristote, Hippocrate et Archimède fondaient la philosophie (!)•

(1) La haute intelligence de tous ces grands hommes indîstinctementy s'était profondément imbue de tout ce que la pensée humaine avait produit jusqu'alors de plus avancé en tous genres. C'était une aberration réservée à notre siècle que celle de prétendus poètes se glorifiant systématiquement de leur ignorance scientifique et philosophique, qu'ils tentent vainement d'ériger en garantie d'originalité. Il ne serait cependant point nécessaire de remonter jusqu'à l'exemple fondamental d'Homère, et ensuite de Virgile, et en général de tous les grands poètes de Tantiquité, pour faire ressortir hautement cette condition préalable du développement normal de tout véritable génie esthétique, de s'être d'abord intimement familiarisé avec toutes les éminentes conceptions contemporaines. L'observation même des temps modernes le manifeste spontanément de toutes parts, quoiqu'une telle obligation ait dû y devenir plus pénible, par suite d'un développement plus avancé. Dante, Arioste, Shakspeare, etc., étaient certainement au niveau général des connaissances humaines correspondantes, aussi bien que Corneille, Milton, Molière, etc.; tous avaient d'abord trempé leur génie dans la philosophie contemporaine la plus avancée, avant de l'appliquer à la plus éminente poésie. Il en est essentiellement de même envers les autres beaux-arts, comme le montrent pour la peinture les exemples si décisifs de Léonard de Vinci, de Michel-Ange, de Poussin, etc. De telles confirmations d'une maxime d'ailleurs évidente, peuvent faire convenablement apprécier le stupide orgueil de ces versificateurs qui s'applau-

Tous les esprits supérieurs se tournaient vers la culture mentale, car Tère des conquêtes n'avait pas encore commencé. Mais lorsque la guerre permit d'entrevoir la domination universelle, l'intelligence y perdit le souverain empire et se sub* ordonna à l'activité militaire. Le polythéisme, faisant alors des armées l'instrument du progrès, socialisa le monde connu. Scipion, César et Trajan* furent les héros d'une telle civilisation, aussi rapide qu'éclatante.

C'est ici qu'il faut signaler l'institution de Tesdavage, sur laquelle reposait l'ancien système politique, et qui fut le produit de l'activité guerrière et de la tolérance polythéique. On lui doit la réhabilitation du travail, dérivé de la malédiction divine. L'esclave, jusqu'à ce moment, massacré et dévoré, fut conservé («ervtis), pour travailler. Le travail devint ainsi le gage de la vie, de façon que la servitude antique améliorant en outre la nature humaine par raffaiblissement de l'instinct destructeur, ne peut être comparée à la monstruosité coloniale.

Rome, devenue enfin le centre de l'ancien sys-

dissent aujourd'hui d'en être restés encore à la physique de Lucrèce et d'Épîcure. (Ph. pos., p. 138.)

tème social, ne pouvait rester longtemps la maîtresse de l'univers. Ouvrons l'histoire aux. premiers siècles de l'ère chrétienne, lorsqu'une ère pacifique venait de commencer avec le règne d'Auguste, et que le temple de Janus, fermé par le maître de l'univers, ne devait plus se rouvrir sous les auspices des dieux. La politique romaine avait deux fois Iriomphé, socialement et intellectuellement, parla domination universelle et par la conquête de la Grèce, dont elle s'incorporait et les arts et les sciences. Rome était la reine et l'exemple de l'univers; César n'avait qu'un seul devoir, le pardon aux vaincus, la paix au monde.

Tu regere imperio populos, Romane, mémento !

Hœ tibi erunt arles, pacisque imponere molem, Parcere subjectis, et debellare superbos.

Mais Rome ne devait pas tarder à être précipitée de ce faîte élevé où elle régissait lespeuples.il faut surtout reconnaître les causes de la décadence du colosse impérial dans l'incompétence des religions qui avaient présidé à son exaltation. Le paganisme était militaire et non pacifique. La guerre conquérante était son élément et son unique moyen de civilisation, comme l'ont prouvé Alexandre, Scipion, César. Il perdit toute efficacité dans la paix.

En même temps, le progrès moral demeurait nul ou stafionnaire, au milieu d'un énorme développement des instincts matériels. A ce point de vue, cette époque est la nôtre. Incapable d'inspirer des efforts vertueux dans les situations pacifiques, comment le paganisme aurait-il pu tourner vers un but moral les appétits de la sensuelle maîtresse de V univers? Il avait présidé à la conquête, il était impuissant à organiser la domination. Aux vainqueurs, avides de dévorer les dépouilles du monde, excités par la possibilité de toutes les jouissances, corrompus par les vices recueillis dans les pays conquis, pouvait-il opposer une armée de dieux dégénérés?

D'un autre côté, l'activité guerrière qui édifia l'empire l'abandonnait aux dangers de l'oisiveté. Le peuple avait beau tourner ses regards autour de lui ; il voyait le monde à ses pieds, et la Grèce l'avait dispensé de l'activité mentale en lui prodiguant ses trésors. Tant de forces privées des débouchés extérieurs, ne pouvant être réglées par le paganisme, se répandirent dans l'intérieur de l'empire et le bouleversèrent. On connaît l'histoire de sa chute, ses diverses péripéties politiques,

toujours dominées par un égoïsme effréné, présida

dant à des orgies inimitables. La régénération mofale était imminente. Déjà les esprits supérieurs, désabusés par les progrès de l'intelligence grecque des causes surnaturelles^ soupçonnaient l'opportunité d'une foi positive, venant régler une activité pacifique. Ce n'était pas en vain que le grand César, souverain pontife, avait repoussé en plein sénat la croyance en l'immortalité de l'âme. Bientôt le tendre Virgile, après avoir dépeint avec grandeur la politique romaine, devait témoigner, dans une poésie non moins admirable, de la désuétude des croyances théologiques.

Feiix^ qui potuit rerum cognoscere causas^ Atque metus omnes et inexorabile fatum Subjecit pedibus^ strepitiunque Acherontis avari!

Un essaim de forces théoriques avait surgi de l'intelligence ; l'activité militaire avait développé les forces pratiques, et le paganisme défaillant ne pouvait discipliner ni l'esprit ni le caractère. Le cœur n'avait pas encore été mis en jeu. Voilà la clef de la situation. Une religion plus pure, compatible avec les exigences sociales et les progrès accomplis, devait seule ébaucher cette tâche difficile, relier et régler tant de forces échappées de leur lien.

Catholicisme (1). — Le catholicisme surgit alors sous l'impulsion de saint Paul, venant offrir aux Romains de la décadence, l'émancipation, Ja paix, la soumission. Il vint régler l'intelligence et r activité, par le sentiment et l'amour. Il s'efforça de résoudre ce grand problème, en imposant aux supérieurs la bonté envers les inférieurs, aux inférieurs l'attachement et la vénération envers les supérieurs. Il imposa au nom de Dieu cette règle réciproque, comme base de la vie politique

(1) La dénomination de catholicisme me semble, à tous égards, préférable à celle de christianisme, non-seulement comme bien plus expressiye, pour distinguer nettement le yrai régime monothéique de toutes les organisations vagues, socialement impuissantes ou même dangereuses avec lesqueUes on Fa trop souvent confondu, mais surtout comme beaucoup plus rationnelle, en ce que, sans rappeler, ainsi que les noms de mahométisme, de bouddhisme, etc. aucun fondateur individuel, elle se rapporte directement à ce grand attribut d'universalité qui caractérise essentiellement l'organisation spirituelle, quoiqu'il n'ait pu toutefois être réalisé que très-imparfaitement par le catholicisme proprement dit, dont Fexacte appréciation ne saurait être mieux dirigée que d'aprèaun tel principe général. Chacun sait certainement encore ce que c'est qu'un catholique, tandis qu'aucun bon esprit ne saurait aujourd'hui se flatter de comprendre ce que c'est qu'un chrétien, qui pourrait indifféremment appartenir à l'une quelconque des mille nuances incohérentes, qui séparent le luthérien primitif du pur déiste actuel. (Philosophie positive, t. V, p. 299.)

et de la vie privée. Il fortifia l'intelligence en lui proposant sans cesse la plus difficile des questions insolubles, la création, lexistence du Dieu qui peuple l'espace. Il invita tous les croyants aux discussions rationnelles, afin d'acquérir l'assentiment universel, sa force vive. Il dissipa l'ancienne confusion des deux pouvoirs, issue du polythéisme; caries prêtres catholiques voulurent persuader et non commander. 11 étendit le pouvoir spirituel au domaine scientifique, en liant l'astronomie à la religion par la fête pascale, et en consacrant la médecine par le rétablissement de l'inhumation les morts.

Le Positivisme s'honore de rendre hommage à cette religion qui acheva l'éducation de l'humanité, ébauchée par le fétichisme et continuée par le polythéisme. La Rome païenne avait soumis l'univers par la force des armes ; la Rome chrétienne fonda par la morale la république occidentale, association volontaire d'États indépendants, gouvernés spirituellement par la papauté. Mais les bienfaits de cette religion sont appréciés par les esprits éclairés ; les ténèbres révolutionnaires sont dissipées, la postérité a prononcé son jugement. La mémoire de Charlemagne est entourée des

honneurs dus au héros du moyen âge. La vénération s'attache aux belles natures pontificales des saint Grégoire et des Hildebrand, ainsi qu'au glorieux concours des saint Augustin, des saint Ambroise, des saint Bernard, des saint Thomas d'Aquin, des Théodose, des Constantin, des sain Louis, éloquents organes et puissants défenseurs de la nouvelle doctrine.

Nous ne rappellerons pas les heureux perfectionnements inspirés parle catholicisme, l'abolition de l'esclavage et du servage dans les villes et les campagnes, l'émancipation féminine et la consécration du sexe affectif, placé, ainsi que les faibles et les opprimés, sous la sauvegarde de la chevalerie, dont retentit encore la noble devise : « Fais ce que dois^ advienne que pourra, r> la discipline des premiers sentiments humains et la culture des premiers germes du régime final. Toutes les branches essentielles de la morale lui doivent des améliorations capitales, dignement appréciées par ses philosophes, surtout par Bossuet et de Maistre. Il a considérédes vertus individuelles comme la base de toutes les autres, et dans leur destination sociale plutôt qu'à titre de prudence personnelle. Telles sont l'humilité et la soumission . Il organisa la répro-

bation du suicide; il plaça à son véritable rang la morale domestique, qui cessa d'être absorbée par la politique, suivant le génie de l'antiquité et perfectionna ainsi la famille, dans laquelle il renferma les femmes. Il modifia par le sentiment de la fraternité universelle, vulgarisé sous la douce dénomination de charité, le patriotisme, énergique et sauvage, qui animait seul les anciens. Dans tout le cours de son existence, lorsque la philanthropie métaphysique n'a pu réaliser d'autre insti^ tution pratique que d'instituer des cachots pour ceux qui demandent du pain, il imposa l'obligation morale d'employer sa fortune et tous ses autres avantages quelconques au soulagement de ses semblables, à l'adoucissement des misères humaines (1). Enfin, grâce à des contacts toujours nou-

(1) Les pratiques hygiéniques^ imposées par le catholicisme, outre leur utilité indirecte pour entretenir de salutaires habitudes de soumission morale et de contrainte vo* lontaire, se rapportaient directement à l'action générale du régime sur Tensemble de notre nature^ dont la haute importance n'est plus douteuse aux yeux des bons esprits, et que la saine philosophie de^ra soumettre un Jour à une sage discipline rationnelle, destinée à réaliser, sous f assentiment éclairé de la raison publique, Tentière efficacité physique et morale, de ce puissant moyen de perfectionnement humain. (Pkiloiophii poiiHve, t. Y^ p. 436.)

veauiy il put, au moyen âge, par un concours assez étendu pour sembler universel, préparer la conception de l'humanité.

Mais tout progrès, toute investigation devaient se subordonner à la foi, selon la maxime de rimitation.

Omnis ratio et naturalis investigatio fidem sequi débet, Non precedere nec infringere.

Dès lorSy l'intelligence asservie ne devait pas tarder à lever l'étendard delà révolte. Cependant, de même qu'elle s'était soumise à l'activité militaire durant la phase conquérante et sociale du . polythéisme, de même elle lui resta soumise pendant la période défensive du catholicisme. La nouvelle religion s'efforça, pendant tout le cours du moyen âge, de la courber sous le joug de la morale miht^nte, de la discipline religieuse. Les sophismes intellectuels n'étaient pas à craindre devant ces immenses élaborations auxquelles tant de grands hommes prêtaient l'appui de leur parole ou de leur épée. Mais quand le catholicisme dut cesser d'être défensif, il ne put supporter les contradictions qui, dès son origine, avaient séparé l'empire romain de l'empire byzantin. Sa lutte

avec l'islamisme avait dissipé d'ailleurs tout espoir d'universalité de doctrine, et de communauté de mœurs et d'opinions.

D'un autre côté, l'industrie, qui se développait de plus en plus, remplissait les âmes de sollicitudes terrestres au détriment des sollicitudes célestes. L'essor scientifique, secondé par l'imprimerie, devenait de plus en plus hardi. La philosophie d'Aristote pénétrait dans le monothéisme chrétien. Les sectes pullulaient de toutes parts. L'intelligence secouait enfin le joug qu'elle avait si longtemps subi ; ne pouvant la régler, le catholicisme lui devint hostile et menaça Galilée des bûchers de l'inquisition. Le sentiment, ce puissant levier de la doctrine des apôtres et qui sut jmposer, pendant le moyen âge, la morale à la politique, le sentiment ne se conciliait pas avec la raison émancipée. La foi s'évanouissait; il en était du dogme catholique comme de ces hypothèses scientifiques, qui disparaissent après avoir facilité l'essor d'une théorie, et la découverte de ses lois.

En même temps la papauté voyait se tourner contre ses vains efforts de domination temporelle les forces dirigées naguère contre les infidèles. La discipline, qui fut longtemps contenue dans Tin-

térieur, pendant la période défensive, par la nécessité de rallier tous les efforts contre les invasions musulmanes du douzième siècle, commençait à chanceler. .Grégoire VII avait déjà rempli le onzième siècle de la querelle des investitures, afin d'émanciper la puissance ecclésiastique de celle des rois et des empereurs. Après trois siècles de luttes incessantes, où les rois et les papes eurent alternativement l'avantage, le différend fut terminé au quatorzième siècle par Tinstallation du souverain pontife à Avignon. Dès lors le clergé se mit au service des monarques absolus. Le chef du pouvoir spirituel dégénéra peu à peu en prince italien, et le sacerdoce, en perdant son indépendance, perdit sa dignité. Le catholicisme devient alors rétrograde et n'a plus d'efficacité morale. Le début du quatorzième siècle commence sa dissolution et la révolution commune à tout V Occident, que le Positivisme vient terminer.

Positivisme. — Nous renvoyons à l'introduction pour y voir l'exposition rapide de cette révolution et les origines du Positivisme (1 ). Nous avons essayé

(1) Cette révolution fut commune à tout FOccident. Pourquoi la France fut-elle le siège de son explosion ? Cette question vient naturellement à l'esprit du lecteur.

Cest que par son culte et par son régime, la France était

d'y montrer le Positivisme écartant peu à peu les Yoiles épais qui le dérobaient aux regards, et ter-

la mieux préparée des cinq populations occidentales gui composent la république européenne. En France dominaient la royauté et le catholicisme^ ailleurs^ Taristocratie ou le protestantisme. Or, l'asservissement des grandes familles seigneuriales au profit de la royauté avait bien plus détruit l'ancien système politique quç n'avait pu le faire l'abaissement de la monarchie au profit de l'aristocratie. En second lieu, la France calholique s'était émancipée sans devenir protestante^ sans passer par ces réformes qui prolongeaient le^ca'tholicisme en le combattant. Enfin, une noble émulation poussa toujours la France aux grandes initiatives^ comme l'avaient prouvé les croisades.

Ajoutons que trois événements expressifs y annoncèrent ce vaste ébranlement, pressenti depuis un siècle par les prin-, cipaux penseurs. Le premier fut l'abolition des jésuites, détruits par le système social qu'ils soutenaient et dont ils pouvaient retarder le déclin.

Le second symptôme résulta peu de temps après da grand essai de réformation, tenté sous le célèbre ministère de Turgot. Par ce fait, la royauté se proclamait elle-même en danger. L'insuccès prouva le besoin de réformes plus radicales^ et de l'intervention populaire.

Enfin la part que prennent les Français à la révolution américaine, manifeste les sentiments secrets qui les agitent et l'amour des grands et des petits pour la liberté. Bientôt sonne le tocsin. La religion, la monarchie, la propriété s'é» crouleut. Une haine aveugle arme les Français contre les institutions usées du reste de l'Occident. Mais au milieu dé désordres inévitables, le besoin de régénération est tellement imminent, que jamais contraste n'a été si décisif entre Téternité des espérances et la fragilité des créations.

miner la transition qui durait depuis trente siècles^ par la conciliation radicale entre le sentiment, l'intelligence et l'activité; heureuse solution ébauchée par le catholicisme. Il nous reste maintenant à exposer la religion de l'humanité. Dans la première partie du chapitre suivant, on trouvera peut-être des rapports avec le début de celui-ci ; mais ce n'est pas sans dessein, car on ne saurait trop faire comprendre le point de vue auquel il faut se placer pour concevoir l'adoration de l'humanité.

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