ETRES FICTIFS
L'homme a toujours adoré l'humanité.
Incapable de comprendre l'origine du milieu où elle vity se meut et se transforme, il imagina des êtres supérieurs chargés de présider à ce mystérieux phénomène. Pénétré de son infériorité d'autant plus réelle qu'il supposait à ces divinités de plus vastes attributs, il s'humilia devant elles et les adora. Elles lui inspirèrent directement de vives affections qui furent même plus puissantes sous les fictions les moins élaborées. Elles représentaient à ses yeux cet ordre extérieur dont il ne pouvait encore découvrir les lois ; elles étaient les
tuteurs fictifs dirigeant l'univers, d'autant plus adorés qu'ils se réduisirent à un plus petit nombre, par l'effet des progrès accomplis; jusqu'au jour où Jupiter fut vaincu par le Christ. Alors le Dieu du catholicisme, peuplant l'espace de son immensité, concentra dans sa trinité tous les attributs des divinités polythéiques.
Les puissances célestes avaient été d'abord conçues pour expliquer les causes de l'univers, et pour être ainsi les objets révérés de la foi religieuse. Les hommes ne tardèrent pas à les doter des perfections humaines suivant la naïve impulsion fétichique. Ils réunirent les plus profondes conceptions mentales, les meilleurs sentiments, et les élevèrent au-dessus de la terre, afin de les soustraire aux atteintes ^es mauvaises passions. Ils les confièrent à un tuteur artificiel, au Dieu éternellement parfait, qui résuma ainsi toute l'humanité. Alors l'amour céleste livra les âmes tendres à une exaltation mystique, et la Divinité fut adorée avec pompe ; mais ce n'était pas l'institution fictive qui était l'objet de ces adorations, e'était l'humam'té concentrée dans elle. Ainsi partout où furent les hommes, il exista une religion déguisant, sous des apparences diverses, l'adoration de l'humanité,
dans ses instincts supérieurs, et dans les causes de sa création.