DE LA FEMME DANS LE POSITIVISME
Une philosophie qui, après avoir satisfait aux besoins de l'esprit, vient combler les lacunes du cœur, exige la coopération des deux sexes. Quand leslois intellectuelles aboutissent, par l'intervention du sentiment, aux lois morales, le concours féminin n'est pas moins utile que le concours des philosophes. La vie publique et privée étant désormais subordonnées aux penchants sympathiques, l'influence féminine doit inspirer les tendances sociales. Notre intelligence s'épuiserait à la recherche de la vérité, sans trouver dans sa découverte une satisfaction suffisante, s'il lui manquait une impulsion extérieure, nonl'ambition, non la cupidité, mais la bienveillance et l'amour universels Le cœur doit guider l'esprit ; les femmes
APERÇUS GÉNÉRAUX SUR LA DOGT. POSIT. ^55
doivent guider le cœur; voilà leur mission et leur secret désir.
Elles y sont toujours restées fidèles^ autant que le comportaient et les temps et les mœur^. Sous le régime polythéique, leur influence s'éleva de la vie domestique à la vie publique , au pouvoir spirituel, jamais au commandement. Elles persuadèrent, elles dirigèrent, elles jugèrent, jamais elles n'ordonnèrent. La religion païenne fut aûse sous leurs auspices par l'intermédiaire des oracles, sortant souvent d'une bouche féminine. Les matrones romaines, les femmes de Sparte, les vierges gauloises furent les dignes inspiratrices des projets du peuple, qui trouvait en elles l'unique pouvoir modérateur.
Le moyen âge est plein de leurs vertus. Elles inspirèrent non-seulement les mœurs chevaleresques, suivant lesquelles le dévouement aux faibles était le principal devoir des forts, mais elles secondèrent l'autorité spirituelle du catholicisme dont elles furent les précieux auxiliaires. Leur culte y fut organisé de concert avec le culte relir gieux. En même temps la morale prédominait sur la politique, comme le prouvent tant d'exemples éclatants.
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Après cette époque, où triomphe le catholicisme, lorsque la révolution occidentale ébranla dès Je quatorzième siècle tous les régimes anciens, les femmes semblèrent rétrograder. Alors une espèce d'aliénation mentale désorganise tous les esprits. La religion abaissée cesse d'être le guide, et sert de prétexte aux plus graves aberrations politiques. Les Anglais envahissent la France, au mépris de la malédiction pontificale ; les Français envahissent 'Italie, à la suite de ce débile monarque, qui voulait rétablir, en dehors de la religion, la république chrétienne de Charlemagne. Les luttes religieuses ne cessent d'ensanglanter l'Occidentjusqu'au jour où le Concile de Trente parut les terminer par la confusion des deux pouvoirs. Le système social du moyen âge se décomposait de toutes parts; les éléments se séparaient, n'étant plus liés par une foi devenue insuffisante. Le pouvoir temporel aux abois se vit contraint de subordonner la morale à la politique. Les femmes ne voulurent jamais comprendre cette douloureuse nécessité, et dès le quatorzième siècle, elles disparurent de la scène, sans cesser de regretter secrètement le moyen âge. Mais cinq siècles ont épuisé la révolution occidentale. Le préambule négatif doit étrear-
rété; la politique doit reprendre le rang inférieur quelle occupa mille ans environ. La foi religieuse n'est plus basée sur la révélation^ mais démontrée et positive. La morale repose sur elle, la politique doit de nouveau reposer sur la morale. Les femmes doivent reprendre leur rôle, et sanctionner par leur adhésion la régénération du programme du moyen âge. Le catholicisme avait fait d'elles ses auxiliaires et les propagateurs du sentiment; le Positivisme dont la base est la subordination au cœur de l'esprit et du caractère, les appelle comme les plus purs représentants de ce principe fondamental.
La femme ^ représentant direct du principe (on-daraental. — Les nouveaux philosophes démontre* ront vainement que le sentiment doit l'emporter sur l'intelligence, si l'influence féminine ne vient consacrer leurs démonstrations. Ainsi que le dit Auguste Comte, en décrivant la transition positiviste : « Pour devenir un parfait philosophe il me <x manquait surtout une passion, à la fois profonde « et pure qui me fit assez apprécier le côté afféc- « tif de l'humanité. » Aussi les prêtres positivistes doivent-ils avant tout renoncer au célibat.
Sans doute une plume féminine serait plus apte
à faire comprendre aux femmes comment le Por sitivisme envisage leur mission. Dans l'attente de voir se réaliser un tel avertissement, nous userons du même artifice qui nous a servi dans l'appel aux prolétaires.
Il faut désormais considérer les femmes comme les prêtresses de l'humanité, intervenant dans la société pour retremper, dans les sources de l'affection, les cœurs desséchés par l'industrialisme. Elles rappelleront sans cesse par leur exemple que le bonheur réside dans la suprématie du sentiment sur l'intelligence et sur l'activité. Elles apprendront à le placer non dans un vain exercice des droits politiques, mais dans la prépondérance des devoirs sur les droits. Transformant les débats en transactions , elles cesseront de s'effacer sous un grossier égoïsme. Fondant les mœurs positivistes sur le sentiment chevaleresque, elle^ représenteront la sociabilité triomphant de la personnalité.
Les femmes ne peuvent se passer de religion.
La satisfaction des besoins moraux les rattache encore au catholicisme ; quand elles comprendront que le positivisme y satisfait mieux, qu'il leur ouvre une noble carrière sociale, qu'il assure leuri^ justes satisfactions personnelles, elles don--
neront à sa devise mentale une impulsion irrésistible. Elles sauront guérir les philosophes de l'ambition personnelle, et les prolétaires des ins* tincts toujours renaissants de la colère et de l'envie^ en s'offirant comme les doux gages du bonheur* domestique. Le pouvoir modérateur leur devra sa principale influence, car leur feiblesse fera comprendre aux hommes que le dévouement doit descendre des forts afin de susciter dans les faibles l'amour, la reconnaissance, et > la vénération. L'estime .et le concours moral des femmes sera désormais la plus noble récompense des patriciens 'en même temps quellesera leur force, car la solidarité féminine, sacerdotale et prolétaire étant en dehors du pouvoir et de la richesse, penchera du côfé le plus affectif.
Cest aux femmes à faire reconnaître là supériorité sympathique du Positivisme sur les autres philosophies. Elles la sentiront et pourront la faire sentir dès qu'elles auront cessé de confondre la nouvelle philosophie avec son préambule scientifique. C'est, en effet,. par les affections morales émanées du sexe le plus tendre et le plus aimant, plus que par les affinités spéculatives que le Positivisme doit s'implanter en France. Déjà les femmes,
en faisant un appel au sentiment populaire repoussent mieux que les plus absurdes réfutations, les aberrations communistes, et les atteintes à la constitution de la famille ; elles atténuent par des répugnances spontanées les effets du divorce dans FÂllemagne protestante (1 ) : que sera-ce quand cette impulsion sera assistée d'une philosophie réelle, écartant les sophismes et dissipant les incohérences î
C'est dans les salons positivistes que les femmes, sans quitter leur existence domestique, pourront pénétrer dans la vie publique à l'aide de la vie privée. Les salons deviendront les laboratoires
(1) En considérant les déplorables discussions de notre siècle au sujet du divorce^ il est aisé d'y reconnaître encore que pour un grand nombre d'esprits actuels^ le grand principe social de l'indissolubilité du mariage n'a, au fond, d'autre tort essentiel que d'avoir été dignement consacrée par le catholicisme, dont la morale est ainsi aveuglément enveloppée dans l'antipathie qu'inspire depuis longtemps la théologie. Sans cette sorte d'instinctive répugnance^ en effets la plupart des hommes sensés comprendraient aisément aujourd'hui que l'usage du divorCjB ne pourrait constituer véritablement qu'un premier pas vers Tentière abolition du mariage, si le développement réel pouvait en être autorisé par nos moeurs^ dont l'invincible résistance^ à cet égards tient heureusement aux conditions fondamentales de la civilisation moderne, que personne ne saurait changer. (Philosophie positive, p. 687.)
périodiques de l'opinion. Là se développera une solidarité active et familière entre les trois puissances médiatrices. Les grands et les riches y viendront sentir que les supériorités quelconques sont destinées au service des infériorités, et que le plus grand sera le serviteur le plus complet des serviteurs de l'humanité.
Servus s$rvorum humanitatis.
Jamais l'intervention des femmes n'a été plus urgente. L'Occident est dominé par l'activité matérielle. Le progrès le plus inférieur, c'est-à-dire le progrès matériel, semble ainsi que le proclamait, dans la chaire métropolitaine, le révérend Père Félix, le progrès principal. Les classes aisées écartent avec un certain effroi les considérations sociales en forçant le prolétaire à consacrer sa vie entière au travail, sans songer qu'on ne peut que donner des garanties à l'ordre, en tournant son intelligence vers les sages études, et son âme vers la purification morale. Heureux de gagner sa vie à la sueur de son front, le prolétaire s'abandonne aux travaux matériels, sans souci de l'avenir social. C'est donc aux femmes de jeter à tous les vents, dans tous les coins de la société endurcie, la bonne semence, d'annoncer la bonne nouvelle, et de se-
parer Tivraie du bon grain. Quand le travail absorbe tous les instants de Thomme, et tend à le subordonner à l'égoisme, c'est à la femme à lui faire retrouver au foyer domestique les suaves douceurs du culte intime, la consolation, Tamour et l'espérance. Est-il besoin maintenant de détruire ces brutales aberrations, résumées par un héros rétrograde, suivant lesquelles la femme ne serait destinée qu'aux fonctions propagatrices de l'espèce î
Déjà les mœurs ont fait justice de ces éphémères monstruosités. Néanmoins, nous ne cesserons de rappeler que le Positivisme considère la femme comme épouse avant d'être mère, comme la compagne indispensable à la plénitude morale et au perfectionnement de l'homme, en outre de la conservation de l'espèce. Si l'instinct sexuel a suscité une tendresse destinée à ne plus s'éteindre, elle en devient bientôt indépendante, et subsiste par sa propre douleur (1). Le mariage réunit ainsi
(1) La tendresse est^ en elle-même, si douce à éprouver, que, quand elle a commencé sous une impulsion quelconque, elle tend à persister p^ar son propre charme, après ia cessation de la stimulation initiale. Alors l'union conjugale devient le meilleur type de la véritable amitié qu'embellit uneincomparable possession mutuelle. {Politique positive, t. i, p. 235.)
deux êtres qui s'aiment et se servent sans rivalité, goûtant dans son entier accomplissement le bonheur de vivre pour autrui.
La femme recevant V éducation encyclopédique. — L'éducation publique doit se faire par Tentremise des femmes. Toujours chargées de l'éducation des sentiments, elles présideront ensuite à Téducation générale dont elles auront semé les premiers germes esthétiques, depuis la septième année jusqu'à l'âge de puberté. Aussi le système didactique, que nous avons développé dans le chapitre précédent, s'étend naturellement jusqu'à elles, puisque les femmes doivent diriger toute l'éducation. Il faut, en effet, qu'elles y participent systématiquement, sous des professeurs communs aux deux sexes. Elles pourront ainsi devenir les véritables compagnes du mari, et les directrices des fils.
Après avoir reçu le sacrement de l'admission, les jeunes filles se réuniront une fois par semaine dans le collège sacerdotal pour entendre les leçons scientifiques. Les études se rapporteront, (nous ne craignons pas de le répéter, pour habituer les femmes au goût de la science, qu'elles regardent souvent comme dépravé) les études se rapporte-
ront d'abord à notre condition inorganique, ensuite à notre propre nature personnelle et sociale.
D'abordy c'est dans l'espace de deux années une leçon par semaine , la mathématique et l'astronomie, et les deux années suivantes, deux leçons par semaine, la physique et la chimie. Cependant elles ne seront obligées qu'à une leçon hebdomadaire, pendant ces deux dernières années; nous en avons déjà donné les motifs.
C'est dans cette première classe la préparation inorganique; l'étude de la biologie* lui succède, condensée dans quarante leçons et durant une année. Enfin, la sixième année, la science de l'histoire vient initier l'esprit aux vraies notions sur la structure et le mouvement des sociétés humaines. Alors l'ensemble de cette éducation sera dirigé dans la septième année vers sa principale destination sociale, par l'exposition de la morale, appréciée dans ses rapports avec la matière, la vie, la sociologie.
Bien plus que l'homme encore, la femme en recevant une telle éducation ne quittera jamais le foyer domestique, où elle exercera les fonctions filiales et fraternelles. Ces fonctions, qui d'ailleurs n'auront jamais cessé, deviendront, dès l'âge
de 21 ans, spéciales, jusqu'à l'heureux jour où le
titre d'épouse fera de la femme une prétresse de
Inhumanité. Alors elle sera les délices du mari,
selon l'expression biblique, car elle aura conservé
rinnocence et la pureté sous l'aile maternelle.
Nous sommes ainsi amenés au grand sacrement
du mariage, dont aucun motif sordide ne viendra
plus altérer la célébration, car le Positivisme vient
délivrer les femmes du joug honteux de l'argent.
Mariage positiviste. — Le Positivisme supprime
les dots et les successions féminines ; il corrobore
cette règle définitive par l'axiome économique :
Vhomme doit nourrir la femme.
C'est par un tel précepte que la femme devient entièrement vouée à la vie intérieure, en se dégageant de tout travail extérieur. En faisant ressortir ainsi la vraie vocation féminine, les moeurs modernes éloignent la honteuse vénalité résultant de l'usage des dots, tandis que l'homme concentre sur sa tête les richesses et le travail. La suppression des dots et des héritages féminins sera donc le mot de ralliement des femmes émancipées, qui veulent purifier le mariage de ses tendances égoïstes, et cesser d'en faire un marché quelquefois dégradant. Une femme ne doit plus s'unir au plus
offrant, mais à celui qui ose la rechercher, s'il en est digne, lorsque les sept années de son éducation sont expirées. Il faut qu'à l'âge de 21 ans, la femme se présente à son époux, simplement parée de ses vertus, de ses grâces et des trésors moraux et scientifiques puisés dans les collèges sacerdotaux. Il faut que l'espoir du mariage cesse de dépendre de la mort des meilleurs parents. Les femmes d'ailleurs, même les plus riches, sont irritées de voir une froide jeunesse, passer indifférente devant la vertu sans argent, et s'arrêter souvent devant une fortune souillée. De moins en moins respectées par le délire occidental, elles ont corn* pris que le régime de l'argent était incompatible avec leur dignité. Peut-être l'élite de leur sexe est privée par l'absence de fortune du bonheur de la maternité. Le célibat prend des proportions funestes; il était temps que le Positivisme vint apporter le remède à une telle situation,
Ainsi les femmes n'avaient à demander à la régénération que deux règles immuables, la dispensation de toute activité extérieure, une juste influence morale. Elles doiveftt être satisfaites. En outre le Positivisme les récompense en imposant là reconnaissance envers leur ascendant moral, et
par l'institution de leur culte tant privé que public, regardé comme le premier degré du culte de l'humanité.
Nous profitons, dans cette suave institution, des souvenirs impérissables de la chevalerie qui re* naîtra non pour préserver la vie des faibles, mais leur liberté et leur fortune. Les nouveaux chevaliers verront constamment dans la femme l'humanité tout entière. Mais n'ést-il pas évident que ce sentiment ne peut renaître, que lorsque le sexe affectif aura cessé d'être soumis au joug vénal?
Gomme tous les sacrements, la suppression des dots et des successions féminines ne sera jamais obligatoire. L'opinion publique en fera un devoir, jamais une loi. Les pères de famille auront à cet égard la plus complète liberté, si l'on peut appeler liberté l'affranchissement des règles de la plus saine morale. Un tel usage, heureusement vulgaire dans le prolétariat, qu'on trouve ainsi sous beaucoup d'aspects disposé à l'état normal, permettra aux classes inférieures de s'unir aux classes supérieures. Une patricienne ne verra pas les lourds obstacles pécuniaires s'opposer à son mariage avec un noble prolétaire, que la parité
d'éducation lui aura fait apprécier. C'est ainsi que le nouveau régime aboutira peu à peu à la véritable fraternité, à la paix universelle. D'un autre côté, les richesses se concentrant davantage au lieu de se disperser, serviront avec plus d'efficacité au bien-être général.
La suppression des dots et des successions féminines est donc la meilleure garantie de la prospérité des mariages. Le préambule positiviste sera la meilleure garantie de leur pureté, en faisant ressortir au plus haut degré le but que l'homme et la femme se proposent dans leur union. Ce n'est pas, comme enseigne l'Église protestante, la procréation des enfants, l'antidote de la fornication et l'assistance mutuelle. C'est le perfectionnement des deux époux l'un par l'autre, c'est la formation de l'élément social, de la famille, par laquelle le Grand Être se renouvelle continuellement. Il est inutile d'ajouter que toute cérémonie religieuse sera précédée du mariage civil, et que les époux seront irrévocablement liés par le pouvoir temporel, avant de faire sanctifier leur union par le pouvoir spirituel.
Mais le principal caractère du mariage positiviste surgit de la loi du veuvage éternel, auquel
S engagent par serment les époux, le jour de la cérémonie religieuse qui termine le préambule. Dans l'origine , le catholicisme réprouvait les secondes noces. L'opinion publique leur est encore généralement contraire. Elles doivent cesser entièrement. Le lien conjugal ne doit plus être brisé par la mort. L'époux décédé ne cesse de vivre subjectivement et forme un des plus purs éléments du culte intime du survivant. Une femme épousant un veuf ne peut avoir pour lui ni estime, ni amour; car s'il a oublié sa première épouse, c'est un fâcheux pronostic pour la seconde ; sinon c'est une concurrence victorieuse. Cette polygamie subjective ne doit pas être regardée comme moins immorale que la polygamie objective. Quiconque réprouve le divorce, désire la loi du veuvage, car la pensée d'une inaltérable perpétuité donne au mariage sa principale efficacité. L'époux qui survit doit faire de celui que la mort lui dérobe, sa meilleure providence. Il doit en idéaliser le souvenir, le conserver dans toute sa pureté, l'évoquer quotidiennement, car la mort donne à l'influence d'un être humain toute sa plénitude. La sainteté du lien conjugal sera désormais
dégagée des critiques superficielles qui l'altèrent
depuis si longtemps. Il sera, regardé comme la source de toute moralité, comme la base de Ta*raour universel et le premier degré de la sociabîlité.Celui qui ne pourra s'attacher à l'être qu'il a choisi pour la plus intime association , paraîtra toujours fort suspect dans le dévouement qu'il étale pour une foule inconnue. Mais on sent que le mariage ne peut atteindre son but qu'on étant h la fois exclusif et indissoluble, et que le veuvage éternel en devient la suite naturelle. Les époux qui déclarent vouloir jouir du bénéfice de la consécration religieuse, s'engagent donc au veuvage éternel au nom de l'humanité. Ils sont liés alors comme le fait observer le prêtre, plus fortement que dans une religion quelconque^ car les religions précédentes n'étaient elles-mêmes que des institutions artificielles de l'humanité. Plutôt que de manquer à son serment, il vaudrait mieux s'y refuser, car il ne sera jamais obligatoire, de même que les autres sacrements.
Outrei ces grands avantages, la suppression des dots et la loi du veuvage étemel ont une valeur disciplinaire qu'il importe de faire remarquer. La femme qui, au mépris de tous les serments, trahirait son époux etses enfantsdoit être rejetée de sa fa*
millq comme un être impur et d'un contact dangereux. Les mœurs régénérées lui infligeaiit»ne éclatante réparation 9 les parents dont elle est sortie la repousseront comme un fardeau trop lourd et trop ignominieux. Seule, sans asile, bientôt méprisée par un séducteur non moins méprisable, elle n'aura que la misère en perspective, et la pitié publique l'empêchera seule de mourir de faim. Les enfants de son époux ne seront plus les siens; elle en perdra le nom, heureuse si elle pouvait en perdre le souvenir. Une cérémonie publique délivrera le malheureux époux du serment du veuvage, en cas de mort de Tépouse infidèle, vouée désormais au trépas subjectif.
Aujourd'hui, sous le régime de la dot et des successions féminines une séparation n'est souvent que l'heureux complément de l'adultère. Après ^l'avoir déshonoré, une femme coupable enlève à son époux ses enfants et la fortune apportée par elle, et trouve bientôt sous un autre toit les plai* sirs illégitimes, qui lui rendaient insupportable le domicile conjugal.
En outre, il n'est pas rare, de voir soit un jeune homme, soit une jeune fille s'aUier à la vieillesse, dans l'espoir hautement avoué de ne
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pas étendre longtemps une riche succession. U suffit d'énoncer de tels faits, pour faire apprécier l'opportunité de la loi du veuvage éternel, et de la suppression des dots et des successions féminines.
Il nous semble que si la mission si nettement définie de la femme , la renaissance des mœurs chevaleresques, la commune et encyclopédique éducation, la purification du mariage affranchi du joug vénal, ne suffisaient pas pour conduire les femmes au Positivisme, il s'implanterait au cœur de toutes les mères en leur iînposant la douce obligation de ne jamais se séparer de leurs enfants. Aujourd'hui les jeunes filles, encore frêles et tremblantes sont arrachées dès l'âge de dix ans au foyer domestique et englobées dans un avare pensionnat. L'éphémère * et complaisant succès y développe la vanité, et la captivité l'amour d'une liberté folle. Souvent une précoce corruption , difficile à réprimer, y altère la pureté native, et la jeune fille à peine délivrée se jette étourdiment dans ces mariages précipités, où la satisfaction d'un jour s'achète par lès larmes de toute une vie.
Les parents, qu'une niaison d'éducation dé-
gage des devoirs paternels, n'en sont pas moins à plaindre. Quand l'enfance a disparu du foyer domestique, il a perdu sa meilleure sauvegarde. La liberté que laisse à la mère légère la réclusion de ses malheureux enfants, lui devient tôt ou tard un lourd fardeau. Seule elle a voulu être dans sa belle saison, seule elle restera quand l'âge aura blanchi sa tête, et chassé les dissipations de la jeunesse. Dans les cloîtres universitaires, l'absence de la famille, la dure captivité, éteignent dans le cœur des fils l'amour et le respect des parents. La foi, la religion n'excitent bientôt que l'indifférence, et ceux qui furent livrés purs de cœur et d'esprit, sortent de ces maisons dans un état souvent pire que l'ignorance.
Le Positivisme, en propageant par le ministère sacerdotall'éducation générale, arrêtera les tendances égoïstes qui caractérisent la majorité des familles : il saura défendre l'enfance contre les parents qui l'emprisonnent, afin de conserver une liberté souvent immorale. Les mères, initiées à toutes les sciences, pourront juger journellement des progrès de leurs enfants ; elles ne verront plus tomber les larmes que l'éloignement de la maison paternelle inspire aux plus insouciants. Déjà quel-
ques épouses positivistes font prévoir, par les heureux résultats qu'elles obtiennent, les résultats de l'état normal. Quelques professeurs, destinés au sacerdoce de l'humanité, popularisent cette éducation encyclopédique que les académiciens voudraient rendre si nébuleuse. De tels exemples sont contagieux, et j'ose assurer qu'à l'instar des familles patriciennes, les plus sages se distingueront bientôt des autres parla renonciation à l'éducation universitaire.
C'est ainsi que peu à peu, les divers pensionnats deviendront déserts, et que les parents qui persisteront à les peupler, seront accusés d'imprévoyance, d'égoïsme et de dureté.
Les prolétaires sont préservés par une noble pauvreté de cette aberration générale. Mais l'impôt de l'enfant issu de parents nécessiteux, c'est, quelquefois dans un âge tendre, le travail de Tateher. La nouvelle base sur laquelle repose le salaire positiviste pourra seule Ten affranchir. Les femmes n'en sentiront que mieux l'opportunité d'une religion qui fait aux parents un devoir absolu de ne pas se séparer de leurs enfants avant le mariage pour les filles, et l'âge de vingt et un ans pour les fils.
Le Positivisme a donc des titres légitimes à Tappui du sexe affectif; il ne cessera de solliciter son concours ; les positivistes s'efforceront de le naériter par la sagesse de leur conduite. Quelles que soient leurs fonctions, ils s'y distingueront par la bonté, par la justesse de l'esprit, la noblesse du caractère. Ils professeront envers tous les cultes un respect systématique, soutenus par une doctrine conciliante en faits^ inflexible en principes; ils éviteront toute discussion dogmatique, se bornant à exposer, sans jamais argumenter.
L'avenir leur appartient, c'est un fait acquis et généralement reconnu. C'est à leur zèle à le rapprocher davantage du présent.
Ils seconderont toujours la politique actuelle, car ils savent que l'ordre est la base du progrès. Libres penseurs de l'avenir, qu'ils assurent l'ordre matériel ; qu'ils calment les inquiétudes de la rue ; qu'ils écartent du peuple la tendance aux solutions matérielles, afin d'y substituer la tendance aux solutions morales. S'ils ont avec le cœur de la femme l'énergie du prolétaire, s'ils favorisent par tous les moyens honorables le développement du Positivisme, ils ne tarderont pas à triompher mo-
ralement en France, en Italie, en Espagne, en Allemagne, en Angleterre.
Cherchez donc, femmes, prolétaires, patriciens, philosophes, cherchez ensemble la conscience de la vie, le dévouement, l'enthousiasme de la vertu, Tamour et l'énergie. Que les sacrifices soient spontanés et jamais pénibles ; que tout cesse de souffrir et de gémir dans le monde ; que le plus grand mal soit celui que l'on fait aux autres. Â la contemplation des plus augustes vérités, joignez les inspirations d'une âme aimante et tendre. Que la charité ne suffise pas sans les affections ; que votre joie ne s'achète pas au prix de la joie d'un autre : plus de grandeur, plus de gloire, si elle doit faire souffrir le dernier de nos semblables. Que la vie enfin soit un saint partage entre l'humanité et les êtres particuliers qu'il faut chérir avec délices.
Fin DES APERÇUS GÉNÉRAUX SUR LA DOCTRINE VOSITIVISTE.