PRÉFACE. III
rite ce mode de publication. En même temps plusieurs de ses disciples annoncèrent de Douai et de Rome, l'exécution d'œuvres sinon semblables, du moins analogues à la mienne, et commencées avant son apparition. Cette double circonstance lui fît appréhender un déluge d'écrivains, au lieu de leur extrême rareté précédente, et le poussa vers une réserve croissante à l'égard des expositions de son système. Il déclara dès lors u que le positivisme est trop complexe « et trop récent pour que personne puisse de long- « temps en écrire un digne sommaire, qu'il avait lui- « même accompli dans trois opuscules inégaux, assis- « tés de quatre travaux accessoires ou préparaloires; « qu'il était résolu à ne plus donner de conseils que sur « les applications spécialesjl'ensembledu positivisme « n'ayant désormais besoin que de l'essor poétique. » En conséquence il m'exhorta à changer ce titre de iSï>mmaire, qu'il m'avait donné lui-même, après la lecture de mon manuscrit. « Comme vob^ vraie publication, « m'écrivait-il le lOjuillet 1857, n'est point accomplie «jusqu'ici, puisque la partielle insertion métaphyo sique ne doit pas compter, vous pouvez encore modi- « fier son titre. Remplacez Exposition sommaire du « positivisme par Indications générales sur le posi- « tivisme, et cela suivra pour placer vos lecteurs au « véritable point de vue qu'exige la saine appréciation « de votre opuscule. » Je ne me suis pas écarté de ce conseil, en le disant paraître sous un titre équivalent.
IV PRÉFACB.
11 est suivi d'un appendice. C'est une publication faite en 1 850 par un ami que j'ai eu le malheur de perdre dans sa trentième année. Issu d'une illustre famille polonaise , profondément catholique et monarchique, Charles Yundzill pratiqua jusqu'à sa dix-neuvième année la religion de ses pères. Nous avons passé deux ans ensemble dans une école préparatoire de Versailles, tous deux pleins de ferveur et de piété, peut-être les seuls représentants du catholicisme dans un milieu, soit indifférent, soit corrompu. Je croîs devoir ajouter que l'énergie des convictions de mon noble ami avait assez imposé à nos turbulents camarades, pour qu'il pût communier tous les dimanches, au milieu du recueillement général. Il quitta Versailles afin de se munir à Paris du diplôme de licencié es sciences. Ayant rencontré Auguste Comte, il le suivit à son cours gratuit de la 4* Mairie, et dès lors son esprit fut réglé. Après quelques débats intérieurs, après avoir essayé do concilier ses premières croyances avec le positivisme, il y aboutit complètement, comme peut en témoigner sa lettre à Auguste Comte, insérée par ce dernier dans la préface de la synthèse subjective. Mais sa famille vit avec inquiétude ce changement d'opinions religieuses, et la sollicitude paternelle, tournée vers la vie future, troublait souvent les méditations, déjà longues et profondes, du nouveau positiviste. Que de fois m'a-t-il fait apercevoir le désordre, ou des conflits pénibles, quoique toujours respectueux de sa part, jetaient son esprit, son cœur et son carac-
PHÉFACE. V
1ère! Néanmoins, plus il avançait, plus il lui (tevenait impossible de revenir en arrière. Voici une lettre d'Auguste Comte, datée du 6 septembre 1850, dont je transcris les passages relatifs à cette situation, si commune aujourd'hui, el qu'il se plaisait à relire à ses honorables parents.
« De tels conflits sont malheureusement communs « dans notre siècle, où le plus souvent ils ont une is- M sue funeste. Le positivisme offre à cet égard de pré- « cieuses ressources, par son esprit toujours relatif, « el d'après son aptitude nécessaireà rendre justice « aux diverses doctrines antérieures. Satisfaisant ^a- « lement ans besoins de l'ordre et à ceux du progrès, a il comporte partout des sjmpathies réelles quoique « jamais complètes, aussi bien avec les conservateurs « honnêtes qu'avec les progressistes siocères. Bomez- « vous donc à faire dans' chaque camp apprécier nos « points de contact, sans insister sur les divei^ences, «que TOUS ne devez pourtant nullement dissimufer en cas d'interpellation formelle. Quant à l'ensemble « de notre foi, vous trouverez rarement des cceurs et « des esprits disposés à le comprendre directemeui ; a. mais vous rencontrerez fréquemment des personnes « capables de sentir les aouveaus moyens que fournit « le positivisme, pour résoudre les difficultés dont elles « sont spécialement préoccupées. Tant que vous pour- « rez choisir ou modifier le terrain de la discussion, « contentez-vous de ce genre de relations dans un mi- « lieu mal préparé. Attachez-vous surtout à obtenir