‹ Aperçus généraux sur la doctrine positivisteChapitre 6 sur 40 · VI PRÉFACE · texte numérisé non relu

VI PRÉFACE

« constamment par vos sentimento et votre conduite « un légitime respect pour vos opinions. Mais ne dé- « savouez jamais vos principes, même auprès de vos <( parents. La paii que vous obtiendriez ainsi ne serait « qu'apparente et précaire. L'attachement et la véné- « ration sincères que vous leur devez habituellement « vous rendront faciles les ménagements vraiment a convenables. En même temps à moins d'un aveugle « fanatisme, bien rare aujourd'hui^ leurs propres sena timents envers vous les disposeront à tolérer vos « dissidences mentales et sociales. Si vous les trouvez tt moins indulgents que vous ne l'êtes, rendez-vous a raison de cette différence naturelle^ qui manifeste a une nouvelle supériorité dans la foi positive. Mais, <x quels que soient vos justes ménagements» actifs ou a passifs, vous ne devez jamais pousser la condesc( cendance jusqu'à leur laisser croire que vous adoptez <x leurs principes rétrogrades. Le mensonge et la fai- « blesse ne guérissent rien. Ce serait d'ailleurs com- « promettre gravement l'ordre véritable que de sem- « hier reconnaître des autorités spirituelles évidem- « ment incompétentes. En insistant sur les conditions « logiques et scientifiques cpi'exige toute saine élabo- (( ration des doctrines sociales, vous pouvez également « écarter les anarchistes et les rétrogrades. Pourvu «que vous rappeliez dignement la prépondérance <( continue du cœur sur l'esprit, vous pouvez alors « obtenir l'attention et l'estime des gens sensés de a tous les partis, sans espérer jamais leur pleine adhé-

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«sioD. Tels soDt les conseils sommaires que me tt semble comporter votre présente situation, pour « vous procurer le seul genre de concorde qui soit u compatible avec notre temps. EfTorcez-Tous d'écarter « toute discussion directe de principes avec ceux qui « ne sont point assez préparés. Proposez à vos divers « adversaires de convertir ces débats sans issue en une a généreuse émulation, à qui développera réellement « les plus purs sentiments et la meilleure conduite. « Toutes les âmes honnêtes , et surtout chez les a femmes, pourront accepter facilement cette mate nière indirecte d'apprécier les opinions respec- B tives. »

Charles YtindziU devînt bientôt un des plus éminenls disciples d'Auguste Comte. En 1849 il &t sur la philosophie positive des articles remarquables, qui parurent dans une de ces Revues éphémères que la révolution tit surgir. Ils composent l'appendice, et nous essayons de les faire revivre pour honorer sa mémoire. Bientôt après, Auguste Comte le chargea de k biographie de Diderot, et l'introduction en était déjà terminée quand la mort le surprit. Quelques symptômes cruels avaient depuis trois ans alarmé ses parents et ses amis. Ses études l'affaiblissaient tous les jours davantage, car il voulait pour faciliter sa carrière scientifique, acquérir le grade de docteur es sciences. L'enseignement,d'ailleurs, auquel il s'était voué, achevait de dessécher sa poitrine malade. Des voyages fréquents dans sa famille, et dans les climats favorables,

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n'apportaient que des améliorations passagères. La toux déchirante et l'afiDreuse pâleur devenaient de jour en jour plus significatives. Enfin l'on dut désespérer de sa vie. Ses parents désolés n'avaient pas attendu ce funeste moment pour essayer de le ramener à la religion de son enfance ; ils se réunirent autour de cette âme étemelle^ effleurée par la mort, et la supplièrent de se tourner vers Dieu. Cette consolation leur fut accordée, car Charles Yundzill reçut les sacrements de l'Eglise catholique, et même avec une grande ferveur, ainsi que me le rapportait un témoin oculaire, La mémoire de cet infortuné ne doit en être que plus sacrée pour les positivistes.

Auguste Comte ne tarda pas à le suivre dans la tombe. Miné par une sourde affection organique, son amaigrissement progressif excitait l'effroi des médecins, qui avaient occasion de l'approcher. En même temps, des symptômes, sur lesquels il se faisait peut-être illusion, annonçaient des ravages intérieurs. Il espérait, grâce au régime trop sévère qu'il s'était imposé depuis dix ans, atteindre l'âge de Fontenelle, au moins celui de Voltaire. Vain espoir; sa vie s'épuisait goutte à goutte, et ne tenait plus qu'à un fil. Mais ce qui écartait pour ceux qu'il daignait recevoir la crainte d'un danger présent, c'étaient la netteté de son esprit, l'extraordinaire sûreté de sa mémoire, la hauteur de ses sentiments, l'énergie de son caractère. La maladie s'était déclarée par un vomissement de sang, qu'il regarda comme une crise salutaire. Mais Thydropisie des membres infé-

rieur, vint bieotôt jeter ses disciples dans la cuiisternation. Sa tranquillité resta la même, quoique le mal empirât de jour en jour ; il était incurable I

Auguste Comte sentait combien il avait besoin de "vivre pour achever son dernier ouvrage, dont a pani seulement le premier volume, sur la philosophie mathématique (1). Qui pourra couronner son œuvre, et faire une morale théorique, une morale pratique, UD traité sur l'industrie positive? Tels étaient ses soucis. Se sentant indispensable, ilvoulùt vivre i aussi, quelle énergie n'a-t-il pas déployée à ses derniers moments ? Quelle lutt« suprême de son cerveau contre son corps épuisé ! Il tomba, vaincu par cette imperfection d'après laquelle le cerveau pourrait vivre plus longtemps que lé corps, si ce piédestal n'était nécessaire à son existence. Ainsi meurent beaucoup de grands hommes, avant qu'ils aient rendu a l'humanité tes trésors dont ils furent les dépositaires. Faut-il citer les Bichat, les Vauveaargues, les Bellini, les Raphaël ?

Enfin le mal annonça la catastrophe par une dernière crise semblable à la première. Après ce second vomissement de sang, le reste de la nuit fut assez tranquille, tant il était affaibli ; il voulut se lever et suivant ses habitudes ordinaires, faire ses prières du matin ; même il annonça qu'il déjeunerait à dis heures.

{1} SYNTHÈSE] SUBJEcnVE, ou système irmEiSEL bu com- CEPTtoNS raoMiEa a l'état nomul de L'anEAKiTÉ. Tome 1", miitn-

aantïe Système de logique positive, ou Traité de philosophie mathématique.

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