‹ Aperçus généraux sur la doctrine positivisteChapitre 8 sur 40 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

ORIGIKES POSITinSTES ; COFISIDË RATIONS SUR L'oUXAinTi,

ET SUK L£S BOMHES SUPÉRIEURS; OPPOSTURlTt

DQ POSIIITISME.

LE FOSITIYISHE, DÉCOUTEBTE SOCIALE.

Le Positivisme n'est pas une invention individuelle, c'est une découverte sociale. Il a pu dans soD nom, suffisamment interprété, offrir une condensation des constructions qu'il édifie, bien différent à cet égard des doctrines, plus chimériques que subversives, qui ont inondé le dii-neuvième siècle. Ce mot Positivisme ne se borne plus à signifier ce qui est réel; agrandissant son acception vulgaire, il exprime désormais une combinaison méthodique des sept qualifications de réel, uUle^

certain, précis, organique, relatif et même synt~ pathique. De sorte que l'esprit positif n'embrasse pas seulement tout ce que nos conceptions ont offert d'utile et de i:éel : la réalité et l'utilité n'en constituent que les conditions fondamentales. Ses attributs intellectuels, dépouillés des superfluités métaphysiques, s'étendent de la certitude à la précision ; ses propriétés sociales se composent de tout ce que la pensée humaine a imaginé d'oi^anique et de relatif : elles ont atteint le sentiment, source morale du positivisme, par l'addition de ce qu'elle a' produit de sympathique. Les doctrines éphémères, destinées à n'apparaître que dans les jours de licence et de désordre, n'ayant, au lieu de caractères arrêtés, que des tendances vagues et indéfinissables, ont généralement cherché, dans le nom de leur inventeur, une vaine spécialité de dénominations.

Auguste Comte est le révélateur du Positivisme.

On a voulu faire de son nom le radical de celui de SCS adhérents. Ces tentatives, issues de cerveaux su^ierficiels, cédant aux entraînements de l'habitude, ont toujours heureusement avorté. Le positivisme eût abdiqué, si l'on eût pu le rapporter à un homme plutôt qu'à l'humanité. Né de

l'ensemble du passé, réclamé par le présent, c'est l'héritage des morts, recueilli par un philosophe au nom des vivants. Dernier degré de l'échelle historique, et terme suprême de la loi de continuité, qu'il consacre, il n'a pas été le fruit d'une invention sublime, mais il a répondu à l'appel d'un profond penseur, évocateur de rbumanité. Une découverte d'ailleurs est un phénomène social ; c'est la masse des aspirations publiques et des efforts du passé, se concentrant en temps opportun sur un individu supérieur. Nous ferons voir bientôt qu'un tel individu, assez grand pour subordonner son indépendance au concours général du présent et des siècles antérieurs, est supérieur i l'humanité elle-même.

Ce earactère collectif distingue au plus haut d^ré la découverte du Positivisme, dont il est facile de signaler l'origine et de suivre les traces à travers le monde. Rien n'est plus digne de notre attention que le rapide spectacle de l'évoluffon humaine, où Auguste Comte juge les hommes d'élite, en qui l'humanité s'est incamée à diverses époques, systématise toutes les tendances de l'esprit positif, et termine la longue préparation humaine par la conception de l'humanité- Nous

allons citer quelques pages de l'introduction du catéchisme positiviste, comme nous en citerons bientôt les dernières pages de la conclusion.

a Depuis que la reconstruction est à Tordre du a jour, l'attention publique retourne de plus en « plus vers la grande et immortelle école de Di- « derot et de Hume, qui caractérisera réellement « le dix-huitième siècle, en le liant au précédent « par Fontenelle, et au suivant par Condorcet. « Egalement émancipés en religion et ^en poli- « tique, ces puissants penseurs tendaient néces- « sairement vers une réorganisation totale et di- « recte, quelque confuse qu'en dût être alors la a notion. Tous se rallieraient aujourd'hui à la « seule doctrine , qui fondant l'avenir sur le a passé, pose enfin les bases inébranlables de la « régénération occidentale. C'est d'une telle école <x que je m'honorerai toujours de descendre im- <x médiatement , par mon précurseur essentiel, a l'éminent Condorcet.

a Mais à cette grande souche historique, j'ai a constamment rattaché ce qu'offrirent de vraia ment éminent nos derniers adversaires, soit « théologiques, soit métaphysiques. Tandis que <x Hume constitue mon principal précurseur phi-

SDK Là DOCTRINE POSITIVISTE.. 5

« iosophique, Kant s'y trouve accessoirement lié : a sa conception fondamentale ne fut vraiment sys- « lémalisée et développée que par le positivisme. . « De même, sous l'aspect politique, Condorcel « dut être pour moi complété par De Maistre, a dont je m'appropriai, dès mon début, tous les « principes essentiels, qui ne sont pliis appréciés « maintenant que dans l'école positive. Tels sont, a avec Bicbat et Gall, comme précurseurs scienti- « fiques, les six précurseurs immédiats qui me a rattacheront toujours aux trois pères systémac tiques de la vraie philosophie moderne. Bacon, t Descartes et Leibnitz. D'après cette noble filia- K tion, le moyen âge, intellectuellement résumé « par saint Thomas d'Aquin, Roger fiacon et « Dante, me subordonne directement au prince « éternel des véritables penseurs, l'incomparable « Aristote. »

Tel est le prélude condensé du positivisme, pressenti bien avant son inévitable et nécessaire explosion. Il en est ainsi pour toute découverte. Cependant, poussés par cet instinct funeste qui pousse à renier le passé, les hommes préfèrent encore s'incliner devant le hasard que devant un système. On oublie les efforts accumulés, abou-

tissant à un grand résultat, pour se rappeler un puéril épisode. Py thagore invente les rapports des sons, en entendant les coups de marteau d'un forgeron. Les oscillations d'une lampe découvrent à Galilée les lois qui sont le fondement des sciences physiques, et président à la démonstration du double mouvement de la terre. La chute d'une pomme révèle à Newton les lois de l'univers. L'invention de la poudre s'annonce dans le creuset d'un moine épouvanté par une explosion subite et imprévue. Enfin, un vague instinct d'aventurier pousse au hasard Colomb vers l'Amérique.

Montons encore plus haut et nous verrons, avec Pascal, le nez de Cléopâtre influer sur les destinées du monde romain, le grain de sable de Cromwell changer la face de l'Angleterre. Enfin, quelques métaphysiciens, dénués de toute . portée historique, ont osé prétendre que Voltaire et Rousseau furent les pères de la révolution française. Dans leur ignorance naïve de la loi de continuité historique, consacrée par le positivisme, ils renient la mémoire de leurs ancêtres, qui, par tant de souffrances, par tant d'efforts patients et laborieux, ont préparé cette grande crise.

11 est temps d'ouvrir les yeux et de détrôner

sa majesté le hasard, suivant l'expression du grand Frédéric (1 ) . Le véritable esprit philosophique enseigne à chercher dans le passé les raisons de révénement présent. Tout progrès, pour être réel et durable, doit se rapporter non-seulement à l'intelligence, mais encore à l'activité, et par conséquent être collectif. Dans ces seules conditions, il atteindra la sociologie (2), où tout doit aboutir. Une découverte, qui ne serait qu'un fruit sec du hasard ou de l'intelligence, sans avoir sa source dans le passé, restera frappée de stérilité. Elle n'aura d'autre asile que l'esprit, nourri de chimères, des creux Théoriciens. (Il existe en effet une classe

(i) Les dés du hasard sont pipés, a dit Voltaire, et quano un événement s'accomplit dans une parfaite harmonie avec les besoins de la société, on dit que le hasard a de Tesprit.

(2) Je crois devoir hasarder, dès à présent, ce terme nouveau exactement équivalent à mon expression, déjà introduite de physique sociale, afin de pouvoir désigner par un nom unique cette partie complémentaire de la philosophie naturelle qui se rapporte à l'étude positive de l'ensemble des lois fondamentales, propres aux phénomènes sociaux. La nécessité d'une telle dénomination, pour correspondre à la destination spéciale de ce volume, fera, j'espère^ excuser ici ce dernier service d'un droit légitime, dont je crois avoir toujours usé avec toute la circonspection convenable, et sans cesser d'éprouver une profonde répugnance pour toute habitude de néologisme systématique.

(Philosophie positive, t. IV, p. 252.)

JJl PRÉFACE.

nements du dix-neuvième siècle, paraîtra dans le courant de l'année prochaine (1).

Je termine cette préface^ en recommandant au lecteur de lire l'ouvrage sans aucune longue interruption : l'enchaînement des chapitres est tel, qu'on ne saurait en omettre la moindre partie, depuis l'introduction inclusivement. Les notes elles-mêmes, outre leur intérêt propre, n'ajoutent pas moins à la clarté du discours qu'à Tentendement des aperçus généraux.

(1) Le titre de cet ouvrage sera : AUGUSTE COMTE, ou La vie d*un rénovateur au dix-neuvième siècle.

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