‹ Aperçus théoriques et pratiques sur les causes, la nature et le traitement de l'hydrocéphale aiguëChapitre 22 sur 44 · DEUXIÈME OBSERVATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME OBSERVATION

Un enfant de 7 ans est apporté à l llôtel Dieu, dans un état désespéré: malade depuis 3 jours, il était dans un coma complet; la pupille dilatée était immobile , lepouls vite et serré ; la face colorée inégaleme^F, le ventre bouffe , les déjections nul!es;la langue naturelle est contractée vers sa base ; on remarquait de temps en temps quelques mouvemens convulsifs dans les muscles de la face. Mon collègue M. le docteur Rougier, qui me remplaçait dans mon service ce jour-là, lit appliquer cinq sangsues derrière chaque oreille, il prescrivit les vésicatoires aux jambes et à la nuque; on lit passer un lavement avec la décoction de mercuriale et demi-once de vin

(i) Aujourd’hui ils paraissent se bien porter , tandis que le pere , si plein de santé alors , si plein de sollicitude pour les siens, est descendu dans la tombe à l’eté de la vie. Puisse-t-il, du séjour des justes où son âme repose, recevoir l’expression de la douleur que sa perte prématurée a fait éprouver à ses nombreux amis! .

émétique trouble ; on administra des boissons douces. Pendant la nuit, l'enfant fut moins assoupi; il poussa quelques cris. A ma visite du matin ( 2.e jour de son entrée à l'Hôpital ), je trouvai le pouls plus développé ; la pupille avait repris sa mobilité; la déglutition, gênée d'abord , était devenue plus facile. Je fis envelopper les extrémités inférieures avec du coton cardé recouvert de taffetas ciré ; je conseillai quelques grains de colomelas pour tenir le ventre libre, les mêmes boissons furent continuées. L’enfant témoigna l’envie de manger , et peu de jours suffirent pour compléter une guérison toute due à la première médication.

TROISIÈME OBSERVATION (i).

Charles B..., âgé de trois ans, sanguin, et d une forte corpulence, atteint depuis quelques jours d’une fièvre catarrhale légère, causée par un refroidissement, se plaint de douleurs de tête. Il y porte souvent la main, sa peau devient sèche et brûlante; son pouls bat avec précipita'

(i) Recueillie par M. le docteur Poliniêre , owr. cité 9 Püge 712"

lion. Les symptômes abdominaux et pectoraux sont insignifians ; mais b encéphale paraît être ie siège de la maladie. Quand le petit malade soulève ses paupières, qui restent presque toujours abaissées, on voit les conjonctives très-injectées, et les yeux sont brillans. Insomnie , agitation continuelle des membres , anxiété extrême , plaintes ou assoupissement interrompu à chaque instant par des soubresauts de tout le corps; alternative d’une loquacité avec délire et d’un morne silence; face vultueuse et agitée par des mouvemens spasmodiques ; arcades dentaires fortement serrées, et faisant entendre de petits grincemens de dents; on remarque de temps en temps une roideur générale des muscles, avec renversement du tronc et de la tête en arrière. Le médecin ordinaire de l'enfant voit, dans ces symptômes, un état purement nerveux. Il prescrit des fomentations , des lavemens et des boissons , où entrent le tilleul , la valériane , la % ueur d’Hoffmann, et la teinture de castoréum. Appelé en consultation, je reconnais une inflammation cérébrale dont la conséquence , va être un épanchement séreux dans les ventricules. Je propose d’opérer un large et prompt dégorgement sanguin par les sangsues aux jugulaires, et de se borner aux simples émolliens en boissons , lavemens et cataplasmes sur le ventre , et

aux sinapismes autour des pieds, après la saignée capillaire. Cette médication effraie le médecin ordinaire; cependant il expose mes vues thérapeutiques à la famille , tout en disant qu’il ne les partage pas. Les parens de l’enfant désirant que Ion tente la médication antiphlogistique, vu l’insuccès de celle qui avait précédé, sur-lechamp six sangsues sont posées sur les parties latérales du cou ( il était sept heures du soir ). Le sang coule avec une abondance si excessive , qu’à trois heures après minuit, on vient m’avertir que l’enfant perd tout son sang et va mourir* Je le trouve dans l’état suivant :

Extrémités fraîches et presque froides ; chaleur de la peau à l’abdomen, pouls fréquent et petit; traits affaissés, face aussi pâle quelle était rouge et vui tueuse auparavant ; paupières à moitié fermées; respiration lente , se faisant à peine entendre: en un mot, signe d’une syncope imminente. La garde m’assure que l’enfant en a eu une complète , dont il commence à revenir 9 mais que, depuis la chute des sangsues, le délire a cessé , et que le calme a succédé à l’agitation. Trois piqûres fournissaient un sang vermeil, comme si des artérioles eussent été ouvertes. Après avoir arrêté, non sans peine, l’hémorrhagie , après avoir réchauffé la peau par un cataplasme très-chaud sur le ventre , et des Jlanelles

trempées dans de 1 eau sinapisée très-chaude , cjui enveloppèrent les membres , le bien-être s établit d une manière rassurante. Le reste de la nuit se passa dans le calme; au point du jour, un lavement émollient et huileux provoque des évacuations alvines. Le médecin ordinaire , appréciant les excellens effets de la médication qu'il avait redoutée , est d’avis de la continuer sans y rien changer. Deux jours après, la convalescence était obtenue.

QUATRIÈME OBSERVATION (i).

Le nommé Beaulieu , après une course forcée de plusieurs heures , tombe dans la rivière , et se frappe violemment la tête; tous les symptômes de riiydrocéphalite se manifestent. Le point de départ est caractérisé; son siège est dans l'encéphale ; bientôt les voies gastriques sont fortement influencées par l’état du cerveau. Le danger est imminent ; mais une méthode physiologique, aussi sage qu’active, arrête la marche

(i) Recueillie par M. Repiquet , chirurgien en chef de Thospice de l’Antiquaille. Voy. Compte-rendu de la Soc . de Médecine de Lyon , par M. le docteur Mon tain jeune ? année 1824? pag. izj-

de la maladie ; les sangsues aux environs de l organe affecté , les fomentations, les cataplasmes émolliens sur la meme région, de puissans rérévulsifs forment les bases des principales médications , qui triomphèrent d une maladie si souvent funeste.

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