TRENTE -UNIÈME OBSERVATION
Le portier de la maison Mariéton, rue du Garet, âgé de 5o ans, à la suite de quelques excès dans les boissons vineuses , tomba malade. La face injectée, les yeux hagards, le délire furieux firent juger à M. le docteur de Laroa le cas grave ; et , attendu la difficulté de le traiter dans un logement étroit et peu commode, il F envoya à fHôtel-Dieu. Le délire furieux continuait : la tète était renversée en arrière, le pouls petit et serré donnait 100 pulsations par minute; la pupille était resserrée et immobile , le ventre bouffe, les extrémités froides, la déglutition impossible; le malade gardait les boissons un instant dans la bouche, et les crachait ensuite sur ceux qui Fentouraient. Je prescrivis dix sangsues
derrière chaque oreille, des sinapismes aux pieds, des fomentations sur les cuisses et les jambes, avec des linges trempes dans le vinaigre, dans lequel j’ai fait délayer de la moutarde ; on administre un lavement d’eau de mercuriale , avec 2 onces de vin émétique trouble. Après une heure de fomentations excitantes, le malade est enveloppé de coton cardé et de taffetas gommé; le pouls se développe, une sueur chaude, abondante et générale a lieu toute la nuit; vers minuit, le délire cesse, le malade témoigne l’envie de boire ; on satisfait à sa demande: on lui donne l’orangeade ; on lui ôte le corset ; depuis le lavement qui avait fait rendre beaucoup de matières, le ventre est libre et souple. Les boissons douces et acidulées, un Julep calmant, le bouillon, le coton et le taffetas sont continués pendant trois jours; alors le malade demande a être purgé. On satisfait à sa demande, et, peu de jours après, il quitte l’Hôpital complètement guéri (D).
TRENTE-DEUXIÈME OBSERVATION (i).
L’hydrocÉPHAUTE , dont le diagnostic est facile, peut être cependant simulée par ïa réaction sympathique sur îe cerveau d une irritation gastro-intestinale occasionnée par les vers. Dans ce cas, le plus souvent les accidens hydrocéphaliques surviennent promptement, convulsivement , et ont été précédés de quelques phénomènes indiquant une irritation abdominale. Mais, lorsque Fhydrocéphalite passe à 1 état chronique, les phénomènes qui la caractérisent sont permanens; ils ont été précédés par ceux de l'irritation encéphalique. Malheureusement , alors la maladie n’est que trop réelle , et il n est plus possible de la confondre. Cependant Fanalomie pathologique nous démontre souvent que d; autres affections cérébrales, aussi graves que l’hydrocéphale, peuvent en imposer pour cette maladie ; mais alors l’erreur du diagnostic ne peut être préjudiciable au malade , puisque la maladie est une véritable désorganisation.
Un petit garçon, âgé de 1 1 ans, est amené de la campagne et abandonné à Fliôtel-Dieu. La
(i) Par M. Gubian 3 mou collègue à FHotel-Dieu.
IG
soeur de service a eu pour tout renseignement que l'enfant était malade depuis plusieurs années.
Décubitus horizontal en supination, peu de maigreur, teint jaunâtre, face sans expression, regard fixe , hébété ; pupilles dilatées ; somnolence, assoupissement dont on ne le tire pas sans effort; la pupille de f oeil droit est constamment dilatée , et la rétine de ce côté ri est point sensible à la lumière ; 1 iris de l’œil gauche se contracte un peu à l'approche de différens objets, et l'enfant semble les apercevoir obscurément. Il n’y a point de mouvemens convulsifs*
L'intention de combattre une hydrocéphale fait recourir à l'emploi du calomélas et de quelques diurétiques purgatifs; point de changemens , seulement la prostration augmente , et au 17.® jour de son entrée, des mouvemens convulsifs signalent la mort de l’enfant*
NÉCROPSIE.
Viscères du tronc : état normal.
Tête : injection des sinus et des capillaires du cerveau; les ventricules latéraux contiennent un peu de sérosité , comme dans les morts ordinal-
res ; maïs le ventricule moyen est refoule de bas en haut par une tumeur développée à la base de la glande pituitaire. En soulevant le cerveau comme pour le détacher de la hase du crâne , on aperçoit au centre de cette région une tumeur de couleur bleuâtre, se perdant supérieurement dans le milieu du cerveau, et recouvrant par sa base la selle turcique, les sinus caverneux, et les apophyses din gratins ; elle présente à peu près deux pouces de hauteur, sa forme est celle d’un cône tronqué ; au point où elle refoule le cerveau, la dure-mère lui donne toute sa consistance. Cette enveloppe de la tumeur semble être le feuillet externe du sinus caverneux, considérablement développé en surface et en épaisseur. Cette tumeur comprimée donne la sensation d’un corps fibreux, élastique, rempli d’une substance demi-fluide; elle refoule de toute son élévation le ventricule moyen et l’entrecroisement des nerfs optiques, de manière que ces nerfs se trouvent fortement tirés en arrière et en liant de i intérieur de l’orbite. Le nerf optique droit très-aplati et mince, semble atrophié, surtout dans son milieu où il est de plus étranglé ; le gauche est aplati , mais sans atrophie. La tumeur ouverte laisse échapper une matière noirâtre, grumelée, spongieuse ; on dirait voir dans l’intérieur un tissu presque
caverneux. Le corps du sphénoïde, les apophyses d’ingrâtias n’existent plus, et la base de la tumeur s’étend jusque dans les fosses nasales.
Il paraîtrait donc , dans ce cas, qu’une rupture du sinus caverneux du côté droit a été le principe de cette énorme tumeur, et que sa dilatation , en comprimant le centre de la partie antérieure de 1 encéphale et surtout des nerfs optiques , a donné lieu au petit nombre de phénomènes observés pendant la maladie. L’atrophie du nerf optique droit est bien en rapport avec 1 absence totale delà sensibilité à la rétine; le gauche , seulement aplati , permettait encore à cette propriété la manifestation de son existence.